Le Glandeur

"Sensualiser le monde" — Poèmes, chroniques sur le genre et notes sur la guerre en cours dans et contre le désert partout présent

Le Vote : quelques réflexions

démocratie mon cul

Voter. Pour un bonhomme comme moi qui a toujours erré à proximité des pensées anarchistes, la question du vote est assez problématique. En effet, pour nous autres libertaires peu amateurs de cette « démocratie » telle qu’elle s’exerce en 2012, il y a, en amont de cette sempiternelle prise de tête « pour qui ? », l’importance du « pourquoi ? ».

Sur les cartes d’électeur il est inscrit : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». En France, ce n’est un devoir qu’au sens moral, et personne ne risque de sanction pour ne pas avoir été voter (contrairement en Australie ou au Luxembourg, par exemple). Quand on parle de « droit », c’est pour rappeler que cette situation de pouvoir choisir entre plusieurs dirigeants n’a pas toujours été une évidence, qu’il a fallu plusieurs révolutions pour cela – et plusieurs massacres ! –, que pour les femmes c’est un droit encore plus récent (1944), et je ne parle même pas des moins de 21 ans (1974).

Les discours moralisateurs font toujours chier, et qu’on me dise qu’en ne votant pas j’insulte la mémoire de ceux qui ce sont battus pour ce droit est assez pitoyable. La « démocratie », j’aime bien le concept. Ça me plait bien « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » (comme disait Lincoln). Mais qu’on la mette en place ! Quand les Athéniens inventent le mot et expérimentent le régime politique au VIe av. J.-C., cela n’a pas grand chose à voir avec ce que l’on connait actuellement ! Eux c’était plutôt : démocratie directe et tirage au sort. L’idée c’est de rendre impossible la création d’une certaine élite politique – les partis par exemple –, que jamais la gestion de la cité ne devienne l’affaire de professionnels. Du coup, la démocratie ne peut avoir de sens qu’à échelle réduite. (À ce sujet, voir les conférences de Chouard.) Bien plus tard, Rousseau pensera dans la même logique : pour lui, dès qu’un peuple se dote de représentants, il cesse d’être démocratique.

Aujourd’hui non seulement on est dans un espèce de culte des représentants – y’a qu’à voir tout le blabla médiatique provoqué par la présidentielle –, si bien qu’on ne parle plus du politique mais de la politique –, mais en plus ces « représentants » ne représentent plus grand chose si ce n’est les intérêts des gros groupes financiers.

Et les choses empirent. On en était déjà là : en France les deux principaux partis ont grosso modo la même idéologie, défendent les mêmes logiques socio-économiques. Du coup il n’est pas étonnant de voir que, pour 2012, UMP comme PS choisissent comme points centraux de leurs programmes austérité et sécurité. Certes ! depuis quelques temps l’UMP se teinte aussi d’un discours anti-immigration piqué au FN, mais c’est une autre histoire. [Encore que je suis mauvaise langue parce qu'il y a eu des trucs intéressants (du point de vue d'un mec de gauche) à observer ces derniers mois. Le phénomène Montebourg aux primaires PS par exemple (enfin un socialiste au Parti Socialiste : événement ! On n'y croyait plus.). Ou le fait que Mélenchon grimpe dans les intentions de votes et arrive à réunir jusqu'à 9 000 personnes pour plusieurs de ses meetings. Mais aussi : que Sarkozy lui-même se mette à défendre une sorte de Taxe Tobin, jusqu'alors plutôt portée par des orgas altermondialistes ; qu'on parle de plus en plus du « revenu de base », inconditionnel et garanti à tous de la naissance à la mort (en France ce sont un peu étrangement Boutin et Villepin qui se sont retrouvés à défendre ça, mais en Allemagne le Parti Pirate – qui a un écho bien plus important que les droitiers précédemment cités – l'a adopté dans son programme).]

Bref, on en était là, un système qui permet certes de choisir mais qui propose entre quelques projets de sociétés très très proches. Aujourd’hui c’est pire parce que les dirigeants ne se cachent même plus pour bafouer les lois les plus élémentaires de la démocratie. Des exemples ? Sarkozy faisant adopter le Traité européen alors même que celui-ci avait été rejeté par référendum quelques mois plus tôt. Les technocrates placés à la tête de gouvernement, à la place des élus du peuple (#Grèce #Italie) ou le fait que le référendum voulue à la base par Papandréou soit qualifiée de « populiste » par les instances européennes et, devant les pressions, finalement annulé. Et donc le plan de super-austérité imposé de force.

Mais en fait ce n’est même pas tellement pour cela que je ne suis pas un fan du vote. Certes les élections sont un spectacle de clowns tristes. Mais il y a des clowns bien pires que d’autres.

Où se cache donc le politique ?

J’ai du mal à me convaincre qu’il résultera vraiment quelque chose de ces élections. D’une part, je doute beaucoup quand au fait qu’un gouvernement ou une assemblée puisse représenter réellement un peuple de plus de 60 millions d’habitants. Par exemple parce que : en juin 1968, juste après un des événements les plus furieusement libertaires qu’est connu notre vieille France, qui gagne les élections législatives ? La droite, qu’est plutôt du genre réactionnaire. Donc bon. Puis il y a autre chose : même en imaginant que le futur président et son gouvernement aient les intentions les plus louables pour les petites gens (on peut toujours rêver, hein), est-ce qu’un schéma autoritaire, où les décisions vont du haut vers le bas, peut produire quelque chose de bon ? (C’est une vrai question.)

Je crois en la démocratie directe. Aux gens qui s’organisent entre eux, à la base, pour recréer des liens entre eux, entre eux et le monde. Je crois en l’autogestion collective de nos vies. Se bricoler des rêves ensemble et tout faire pour les expérimenter dans le concret, dans le présent passionnément vécu. Bien sûr que ça fait des différences si Sarkozy ou Mélenchon est président. Le premier n’a pas peur de faire appel au GIGN pour déloger des grévistes, le deuxième essaye de populariser la « démocratie participative » – et c’est quand même pas la même vision de l’humain derrière tout ça. J’avoue que je me sentirais plus à l’aise avec le deuxième de ces gus aux commandes. Il n’empêche : je n’arrive vraiment pas à me figurer que glisser un petit bout de papier dans une urne soit un acte davantage politique que, par exemple, s’organiser en groupe pour pouvoir se passer des supermarchés – si je choisis celui là (d’exemple), c’est parce qu’avec les glandeurs de ma coloc-maison on développe un projet pour bouffer bio et local en se fournissant directement chez les paysans du coin.

Anarchistes dogmatiques

Tout cela, c’est bien beau. Je vous ai donc expliqué pourquoi j’avais du mal à trouver de l’intérêt, ou même de la pertinence finalement, dans le vote. Mais, pour ne pas voter, encore faudrait-il qu’il y ait davantage d’intérêt – et de pertinence – à ne pas voter !

Étant contre toute délégation de pouvoir, les anars ont des réponses toutes prêtes à ce genre de questions. « Voter, c’est abdiquer » par exemple. L’idée, assez bien résumée par Marcuse, est celle-ci : « Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. » C’est pas forcément con comme idée, ce n’est même pas con du tout. Ça appelle à un véritable dépassement de la démocratie représentative. Mais la dérive, largement partagée chez les libertaires, c’est de dire « Tu votes donc t’es un bouffon qu’a rien compris ». Façon dogme.

Si encore le vote blanc ou l’abstention était reconnue, et qu’ainsi une élection soit invalidée si aucun des candidats ne dépassait le taux d’abstention. Mais ce n’est pas du tout le cas. L’exemple le plus spectaculaire est celui des élections européennes de 2009. Plus de 40% d’abstention dans toute l’Europe. (Et encore, il faudrait prendre en compte que ce chiffre est artificiellement gonflé par les pays où le vote est obligatoire. Et qu’on compte également tous ceux qui, par choix ou par contrainte, ne sont pas inscrits sur les listes électorales alors qu’ils sont en âge de voter – soit 40 millions de personnes environ. Et qu’on compte aussi tous les votes blancs.) Rapportons tout ça en France. L’UMP, qui avait alors « gagné » les élections, n’avait fait que 10,8% selon les statistiques officielles. Un électeur sur dix, même pas si on veut compter de façon un peu honnête : on est très loin du compte. Ça n’a empêché aucun leader de fanfaronner.

Du coup, pour résumer : Je suis plus que sceptique quand à l’utilité et la pertinence de voter, mais je suis encore plus sceptique quand à la pertinence et l’utilité de ne pas voter. Donc : votons. Mais comment ? Vote utile ou vote sans concession ? Le tout est de réfléchir stratégies.

© Mathieu Colloghan

Stratégies, donc

La mode depuis quelques élections, c’est le « vote utile ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire voter pour un des deux partis qui se partagent déjà le pouvoir depuis l’instauration de la Ve République – PS et UMP.

Il faudrait déjà définir ce que l’on entend par utile. Utile pour qui ? pour quoi ? Si notre objectif est de virer Sarkozy et sa clique de l’Élysée, il faut réfléchir à qui a la meilleure chance de le battre. Hollande ? Ce n’est même plus sûr. Certes ! les sondages le donnent favori. Mais les sondages se trompent souvent. Ils sont de toute façon testés sur si peu de personnes (Ifop par exemple se sert de moins de 1000 sondés) qu’ils ne veulent pas dire grand chose. Quand on compare les résultats des sondages avec quelques autres faits, on constate des étrangetés. Par exemple le fait que Mélenchon arrive à remplir des salles de 9 000 personnes (c’est-à-dire quasiment autant que Hollande) alors qu’il est bien plus bas dans les sondages et qu’il ne bénéficie pas du tout de la même couverture médiatique. Ou que le FN, plutôt haut dans les sondages pour une grosse élection comme la présidentielle, n’arrive presque jamais à gagner de petites élections comme les municipales (zéro maire en ce moment je crois, chiffres durs à trouver…). Alors, sur quel « cheval » se baser ? Qui sera capable de jouer les héros contre Sarkozy ? Hollande, Mélenchon, Le Pen ou même Bayrou ? Bien hasardeux métier que celui de pronostiqueur politique !

Plutôt que de changer de président, on peut vouloir – plus fondamentalement – changer de politique socio-économique (soit : arrêter d’être dans une logique libérale). Hollande n’a dans ce cas pas grande chance de constituer un « vote utile », lui qui défend l’austérité, qui ne compte pas revenir sur les massives suppressions de poste dans l’Éducation nationale opérées sous Sarkozy ou qui n’est jamais très clair quand il s’agit de s’opposer aux mesures ultra-libérales prônées par le couple Sarko-Merkel (exemple actuel : le MES).

Une fois Hollande écarté, il reste :
- Bayrou, qu’on peut rayer aussi pour les mêmes raisons (le « centre » a de toute façon toujours été à droite) ;
- Le Pen, ni vraiment libéral ni vraiment socialiste mais plutôt de l’ordre du… grand n’importe quoi. Le programme économique du FN, on dirait un peu qu’il a été écrit par un gamin de quatre ans. Du genre : « -Vous proposez quoi ? -On veut sortir de la zone euro ! -Comment mettrez-vous cela en place ? -Heu, on a qu’à dire que 1 nouveau franc = 1 euro et puis voilà ! » (même le Medef s’était senti obligé de pondre un texte pour expliquer que le FN n’était pas libéral mais « anti-économique ») ;
- Poutou, ou Arthaud, qui ont des discours plutôt intéressants (surtout le premier des deux candidats) mais qui se retrouvent isolé du fait des conduites et des choix passés de leurs partis respectifs ;
- Mélenchon.

Lui, j’l'aime bien. Si je vais voter ça sera pour lui. Parce que « utile » je le conçois seulement comme utile à mes intérêts de classe, moi qui fais partie – comme tant d’autres – de ce nouveau prolétariat que constituent les « précaires ». Et puis : pour une fois qu’il y a un candidat vraiment socialiste, de gauche, qui a l’air sincère quand il parle de casser la logique libérale, de « replacer l’humain au centre des priorités » et qui, surtout, a des chances d’être élu… Profitons en !

(Mais n’oubliez pas : le politique, le changement, ça passe d’abord pas vous. Il n’y aura jamais de sauveur qui viendra des urnes.)

Quatrain

J’aime les filles qui crépitent
Au feu-volcan des verres de vin
Jolies myrtilles qui trop vite
Accrocheront leur corps contre le mien.

Petit théâtre carmin

Bon j’ai eu cette histoire avec une fille. Une drôle d’histoire, avec beaucoup de mots, beaucoup de fuites. Dans les deux sens. Il ne s’est pas passé grand chose au final mais, au fur et à mesure, j’ai écrit toute une collection de rimes, dispersées sur des feuilles de papier ou des fichiers .txt ici et là. Il fallait bien que je rassemble tout ça, que je mélange pour en faire une sorte de récit – une mini pièce de théâtre en un seul acte ?

© 96dpi (Flickr)

Scène 1. De ta bouche

J’aime beaucoup tous ces potins
Que tu lances au grès du vent
Ces mots durs, brefs et assassins
Que t’inspirent les passants
T’as la cruauté d’une grande dame
La poésie d’un bourreau délicat
Un art certain pour tuer un quidam
Avec tes phrases puissance bazooka

J’aime beaucoup toutes ces soirées
Que tu me décris si longuement
Tes copines, c’est sur : je les connais
Sans les avoir jamais vues pourtant
Je sais tout de ta passionnante vie
Oh ! tu m’as si souvent raconté
Les joies, les délires entre amies
Tes potes, ta famille, ton chat castré

J’aime tant tes lèvres qui bougent
Pour dire souvenirs et nostalgies
J’aime ta bouche cernée de rouge
Qui commente soleils ou tristes pluies
J’aime même quand tu te plains
Parce qu’il fait si chaud ou trop froid
Et qu’alors tu me donnes ta main
Pour que je la serre tout contre moi

Mais il me faut pourtant te l’avouer
Quand je te regarde, jolie mamzelle
Importe peu ce que tu as à raconter
Je n’écoute ni tes consones ni tes voyelles
Moi je veux mêler ma langue à ta bouche
Et glisser mes mains sous ton pull-over
Te voir enfin nue, fière et farouche
Goûter à ta peau de toutes les manières

Scène 2. De tes lèvres

Et c’est aujourd’hui le Grand Jour
Celui où tes lèvres, coquines danseuses
S’approchent des miennes sans détour
Pour en tirer d’un croc la saveur juteuse
Mais que voilà ? Ma bouche, tremblante
Refuse alors d’emprunter le seul chemin
Qui amènerait dans ces régions déroutantes
Où l’ivresse des sens n’est pas celle du vin

Que fais-je ? Devant cette tendre offensive
Je fuis maintenant ton corps-brindille
Effrayé sans doute par la perspective
De me frotter de trop près à une telle fille
Tu sais, tu as les courbes tellement sucrées
Qu’un diabétique de l’amour comme moi
Prend des risques à chacun de tes baisers
Le risque de tomber raide dingue dans tes bras

J’esquive ton corps – peureux matador
Qui s’enroule au fond de son drapeau
Pour ne pas avoir à affronter encore
Le regard de tendres glaces du taureau
Qu’importe les cris, insultes des gradins
Je me cache sous les morceaux de tissus
Si tes fesses s’approchent de mes mains
De moi, je crois : je ne réponds plus

L’envie de croquer ton cou en fruits
Se mêle à une drôle de paralysie idiote
Les rêves collant mes lèvres à tes nuits
Se teintent du risque de devenir fiotte
Dans mon ventre : paradoxales injonctions
Qui me déchirent en quatre morceaux
Un s’envolant dans chaque direction
Vers des pays où tu ne peux trouer ma peau

Scène 3. De tes crocs

Un goût de chaud tapisse ma bouche
Du feu qui danse au bout de mes doigts
L’iceberg fond sur les draps de ma couche
Est-ce l’incendie que tu déclares en moi ?
On dirait bien que malgré mes fuites
Ta langue a trouvé comment accéder
À mon être, ma cabane exprès construite
Pour de tes crocs mon corps cacher

Tes lèvres dessinent brillantes aux miennes
Des sillons sans doute bien trop profonds
Je crève de ton goût, mi-ange mi-chienne
Qui réveille dans mon ventre violents typhons
Je te sais reine-louve des froids polaires
Rapide dévoreuse de cœurs de garçons
Le mien déjà mangé, que vas-tu donc faire :
Te lasser, m’oublier, me remplir de poisons ?

Princesse de l’Est, je ne suis pas de ceux
Qui, à l’aise dans les sociétés de cours,
Jouent à être le meilleur des amoureux
Pour obtenir quelque gage d’amour
Je ne me battrai jamais pour ta peau
Contre toutes tes armées de prétendants
Déjà tous prêts à hisser haut le drapeau
Qui ferait d’eux l’officiel, le commandant

Ton corps est une promesse de paradis
– Un continent tout entier à explorer –
Un Nouveau-Monde au charmant acabit
Yeux océans, jungles d’or et routes salées
Mais si tu m’embrasses un vendredi heureux
Pour m’oublier deux semaines durant
J’irai ailleurs jouer l’apprenti amoureux
Je n’aime pas beaucoup chérir le vent.


ShortÉdition

Pour la deuxième fois je participais à un concours organisé par ShortÉdition. Et pour la deuxième fois, j’ai remporté le deuxième prix !

Un grand merci à vous tous qui avez voté pour mon texte !

Je continuerai sans doute à concourir pour de tels prix, en attendant n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site ShÉ qui regorge de jolis mots.

— Mes textes primés sur ShÉ —
>> Blanche-Neige en automne 2011
>> Le Goût de Paris au printemps 2011

Encore une fois un merci adressé en particulier à Maud qui m’a fait découvrir ce sympathique site ! Et bravo à mes ex-compagnons cowbloguiens qui se débrouillent pas trop mal pour rafler eux aussi les mises (Axel, Tote, Autresrimes…).

Peuplons-nous

Je ne souhaite vivre qu’en communauté. Mon logement ? Une coloc-maison, une famille aux mille couleurs, un refuge où presque tous les murs sont déjà tombés. Si bien que je ne sais plus toujours très bien si l’on est 17, 19, 21 ou davantage encore à habiter ce lieu au « 32, RdPdM ». Je ne sais plus dire « chez moi », je ne connais que ce « chez nous » où l’on a accroché cette phrase, en guise d’invitation à rêver, créer ensemble : Les amis dans le fond, ce sont peut-être des gens à la recherche du même lieu imaginaire.

La solitude est la grande illusion de notre époque. L’idéologie régnante voudrait faire de chacun de nous des « moi-île », État individuel dans l’État sociétal, petite bulle autonome dans le grand bain du système. Mais non, on n’est jamais seul à être au monde. « La vie n’est pas quelque chose de personnel », disait Deleuze. Je suis mélange, chaos, métissage, mescladís (comme on dit dans le Sud). Directement intégré dans le flux des mondes que je traverse au quotidien, rattaché par toutes sortes de fils aux autres, aux objets, aux lieux, aux moments. Mon Je est bricolage, amas en équilibre de toutes les secondes où j’ai aimé, crié, bu, dormi, haï, parlé, ri, pleuré, craché, appris, perdu, découvert – vécu. Pourquoi chercher à le fixer ? Je me fous de pouvoir dire « je suis » ceci ou cela, je ne me battrai jamais pour une quelconque identité ; m’intéresse seulement le « je deviens », les métamorphoses.

Je ne souhaite vivre qu’en communauté car le mescladís que je suis cherche à se mêler encore, à se lier. « Je suis les liens que je tisse », poétise Jacquard. Les sourires que je croise, que je provoque ou dont je profite, leurs regards, les mots, les lèvres que je croque, les corps qui répondent au mien… tout ça est déjà un peu dans moi, est déjà un peu moi. Je veux participer, je veux apprendre avec vous à être au monde, à être présent à la situation. Par mes sourires, par mes mots, par mes doigts qui disent le chaud. Mes amis, je n’ai pour seule ambition que d’être les chemins que vous empruntez – parce que je sais bien que vos pas, loin de dissoudre mon Moi, enrichiront comme jamais ma subjectivité.

À travers vous m’arrive l’envie de vivre dense, d’être un garçon bien, de faire tomber toutes les barrières pour laisser davantage de place à notre valse de groupe, joyeuse et subversive. À travers vous traversent mes doutes et mes joies, mes peurs et mes luttes ; à travers moi vous semez vos utopies, vos craintes, vos obsessions.

Peuplons-nous, poursuivons le mélange, inventons-nous dynamiteurs de carapace-prison, creveurs de bulles, peintres du vivre-ensemble. Bricolons-nous, plus beaux encore.

Le Réveil de l’Amérique

Une situation radicale est un éveil collectif (…) Dans de telles situations, les gens s’ouvrent de plus en plus à de nouvelles perspectives. Ils sont plus disposés à questionner certaines affirmations qui avaient cours. Ils décèlent plus vite les couillonnades habituelles (…) Les gens en apprennent là plus sur la société en une semaine qu’après des années d’études sociologiques académiques ou de « prise de conscience » gauchiste. Tout semble possible et, donc, bien plus est possible. Les gens on du mal à croire ce qu’ils supportaient « avant » (…) La consommation passive est remplacée par la communication active. Des étrangers démarrent des discussions enflammées aux coins des rues. Des débats font le tour du cadran, de nouveaux arrivants remplaçant constamment ceux qui partent vers d’autres activités ou pour essayer de prendre quelques heures de sommeil, bien qu’ils soient en général trop excités pour dormir longtemps. Tandis que certaines personnes succombent aux discours des démagogues, d’autres formulent leurs propres propositions et prennent leurs propres initiatives. Des passants sont entrainés par ce tourbillon et vivent des changements d’une étonnante rapidité (…) Ces situations radicales sont de ces rares moments où les changements qualitatifs deviennent vraiment possibles. Loin d’être anormales, elles révèlent combien chacun est habituellement coincé. Elles font paraître la vie « ordinaire » semblable à une marche de somnambule.

Ken Knabb, La joie de la révolution

Le réveil de l’Amérique

Le mouvement des « occupations » qui balaie le pays depuis quatre semaines est d’ores et déjà l’explosion radicale la plus significative en Amérique depuis les années 60. Et il ne fait que commencer.

Cela a démarré le 17 septembre lorsque plus de 2000 personnes se sont rassemblées à New York pour « occuper Wall Street » afin de protester contre la domination toujours plus évidente d’une « élite économique » ultra-minoritaire sur les 99% de la population. Les participants commencèrent une sorte de camping sauvage dans un parc près de Wall Street (rebaptisé Place de la Liberté en guise de salut envers l’occupation de la Place Tahir en Egypte). Ils formèrent une assemblée générale qui fut reconduite chaque jour suivant. Bien qu’au départ totalement ignorée par les principaux médias, cette action inspira rapidement des mouvements d’occupation similaires dans des centaines de villes à travers le pays et d’autres dans le monde entier.

La classe dominante ne sachant pas d’où venaient les coups qui la frappaient s’est mise immédiatement sur la défensive tandis que les medias serviles tentaient de déprécier le mouvement en lui reprochant de ne pas avoir de revendications précises et d’être incapable de formuler un programme. Les participants ont bien sûr exprimé de nombreux griefs, assez évidents pour qui a prêté un peu d’attention à ce qui se passe dans le monde. Mais ils ont sagement évité de se limiter à une ou quelques revendications précises, parce qu’il est devenu absolument évident que chaque aspect du système pose problème et que tous ces problèmes sont liés. Au contraire, reconnaissant que l’implication de la population est le moyen essentiel pour parvenir à une solution réelle, l’assemblée de New York a émis une proposition déroutante quoiqu’éminemment subversive, incitant les peuples du monde à exercer leur droit de s’assembler pacifiquement ; occuper l’espace public ; créer un processus pour aborder les problèmes qui se posent et faire naître des solutions accessibles à tous. « Rejoignez nous et faites vous entendre ! »

Ce mouvement laisse tout aussi désemparés tous les « radicaux » doctrinaires qui restent à distance, prédisant frileusement qu’il sera récupéré ou lui reprochant de ne pas avoir adopté d’emblée une posture plus radicale. Ils devraient pourtant savoir que la dynamique des mouvements sociaux est plus importante que leurs positions idéologiques affirmées. Les révolutions sont toujours nées de ce processus complexe de débats sociaux et d’interactions qui atteignent une masse critique et déclenchent une réaction en chaîne – processus fort semblable à ce que nous vivons en ce moment. Le slogan des 99% n’est peut être pas une « analyse de classe » très précise, mais c’est une approximation suffisante pour commencer ; une excellente manière de couper court à tout le jargon sociologique traditionnel et souligner le fait qu’une vaste majorité de gens est asservie à un système régit par et pour une minorité dominante. Et il cible justement les institutions économiques plutôt que les politiciens qui n’en sont que les laquais. Les griefs innombrables ne constituent peut être pas un programme cohérent mais, pris dans leur ensemble, ils impliquent la nécessité d’une transformation totale du système. La nature de cette transformation se clarifiera à mesure que la lutte se développera. Si ce mouvement finit par contraindre le système à adopter quelques réformes importantes -dans un esprit de « New deal »- ce sera toujours ça de pris. Et cela créera les conditions permettant de pousser les choses plus avant, plus facilement. Et si le système se montre incapable de produire de telles réformes, cela forcera les gens à chercher des alternatives plus radicales.

Quant à la « récupération », il y aura évidemment de nombreuses tentatives de manipuler ce mouvement ou d’en prendre les rênes. Mais je ne pense pas qu’elles y parviennent facilement. Dès le début, ce mouvement des occupations à été résolument participatif et anti-hiérarchique. Les décisions des assemblées générales sont prises de manière scrupuleusement démocratique, le plus souvent par consensus. Un procédé qui peut parfois être pesant mais qui a le mérite de rendre les manipulations presque impossibles. En fait, la vraie menace est tout autre : L’exemple de la démocratie directe menace toutes les hiérarchies et divisions sociales y compris celles qui existent entre les travailleurs et les bureaucraties syndicales, entre les chefferies politiques et leurs adhérents. C’est pourquoi tant de politiciens et de bureaucrates syndicaux essaient de prendre le train en marche. C’est une preuve de notre force et non de notre faiblesse. (C’est lorsque nous nous laissons couillonner à monter dans leurs wagons que la récupération réussit).

Les assemblées peuvent, bien sûr, admettre de collaborer avec tel ou tel groupe politique pour une manifestation ou avec tel syndicat pour une grève, mais la plupart prennent soin que la distinction reste claire, et presque toutes se sont franchement tenues à distance des deux principaux partis.

Bien que ce mouvement soit éclectique et ouvert à tous, il est rassurant de pouvoir dire que son esprit est très fortement anti-autoritaire, tirant son inspiration non seulement des récents mouvements populaires d’Argentine, Tunisie, Egypte, Grèce, Espagne et autres pays, mais aussi des théories et tactiques anarchistes et situationnistes. Comme l’éditeur d’ « Adbusters » (Casseurs de pub) le fait remarquer : « Nous ne sommes pas juste inspirés par le récent printemps arabe. Nous avons étudié le mouvement situationniste. Ce sont les gens qui ont fait naître ce que beaucoup considèrent comme la première révolution globale, en 1968, quand le soulèvement de Paris inspira des insurrections dans le monde entier. Soudain les universités et les villes explosaient. C’était dû à un petit groupe de gens, les situationnistes, qui furent comme la colonne vertébrale philosophique du mouvement. Un des personnages clé était Guy Debord qui a écrit La société du spectacle. L’idée était que si vous avez un engagement assez puissant ; des idées assez fortes, et que le moment est mûr, ça suffit à déclencher une révolution. C’est de ce mouvement que nous sommes issus. »

De fait, la révolte de mai 68 en France fut aussi un « mouvement des occupations ». L’un de ses aspects les plus remarquables fut l’occupation de la Sorbonne et de nombreux autres bâtiments publics, qui inspirèrent l’occupation des usines dans tout le pays par plus de dix millions de grévistes. (Inutile de dire que nous sommes encore très loin de cela, qui ne pourrait se produire que si les travailleurs américains échappaient à la tutelle de leurs bureaucraties syndicales et menaient une action collective de leur propre chef, comme cela se passa en France).

Alors que le mouvement se répand dans des centaines de villes, il est important de noter que chaque nouvelle occupation et assemblée reste totalement autonome. Bien qu’inspirées par l’occupation de Wall Street, elles ont toutes été créées par des gens dans leurs propres communautés. Aucune personne ou groupe extérieur n’a de contrôle sur ces assemblées. Ce qui est bien ainsi. Lorsque les assemblées locales sentiront la nécessité pratique d’une coordination, elles se coordonneront. En attendant, la prolifération de groupes et d’actions autonomes est plus saine et plus fructueuse que l’« unité » imposée de haut en bas que les bureaucrates appellent toujours de leurs vœux. Plus saine, parce qu’elle rend la répression plus difficile : si l’occupation dans une ville est écrasée (ou récupérée) le mouvement sera toujours vivant dans des centaines d’autres. Plus fructueuse, parce que cette diversité permet l’expérience et la comparaison d’un grand nombre d’idées et de tactiques.

Chaque assemblée a son propre mode de fonctionnement. Certaines pratiquent le consensus, d’autres le vote majoritaire, d’autres encore une combinaison des deux (Par exemple : Une pratique du « consensus modifié » qui ne requiert que 90% d’accord). Certaines restent strictement respectueuses de la loi, d’autres s’engagent dans diverses sortes de désobéissance civile. Elles créent différents comités ou groupes de travail pour s’occuper de questions précises, et diverses méthodes pour s’assurer de la loyauté des délégués et porte-paroles. Elles décident la manière de se comporter avec les médias, la police et les provocateurs, et de la façon de se comporter avec d’autres groupes. De nombreuses formes d’organisation sont possibles, l’essentiel est que la situation reste transparente, démocratique et participative ; que toute tendance à la hiérarchisation ou à la manipulation soit immédiatement démasquée et rejetée.

Un autre aspect intéressant de ce mouvement est que, en contraste avec de précédents mouvements radicaux qui consistaient en une réunion pour une action un jour précis puis se dispersaient, les occupations actuelles s’installent sans annoncer de date où elles prendront fin. Elles s’installent dans le long terme, pour avoir le temps de laisser pousser des racines et expérimenter toutes sortes de possibilités.

Il faut y participer pour comprendre ce qui s’y passe. Tout le monde ne peut pas passer des nuits à occuper des lieux mais presque tous peuvent prendre part aux assemblées. Sur le site : http://occupytogether.org on peut se renseigner sur les occupations en cours et celles qui sont programmées dans plus de mille villes aux USA et plusieurs centaines dans le monde.

Les occupations rassemblent toutes sortes de gens venant de milieux très différents. Cela peut être une expérience nouvelle et possiblement déstabilisante pour certains, mais il est impressionnant de voir à quel point les barrières tombent lorsqu’on travaille en commun à un projet collectif excitant. Les méthodes du consensus peuvent, au début, sembler fastidieuses, en particulier si l’assemblée utilise la technique du « micro populaire » (Où l’assemblée répète à voix haute chaque phrase de celui qui parle afin que tous puissent entendre). Mais elles ont l’avantage d’encourager les gens à ne pas parler dans le vide, et après un petit moment, on prend le rythme et on commence à apprécier le fait que chacun se concentre sur chaque phrase et que chacun ait une chance de s’exprimer et voir ses préoccupations trouver une écoute respectueuse chez les autres.

Au fil de ce processus, on commence à goûter une nouvelle vie ; la vie que nous pourrions avoir si nous n’étions pas coincés dans un système social aussi absurde qu’anachronique. Tant de choses se passent, si vite, qu’on trouve à peine les mots pour le dire. Ce qu’on ressent, c’est : « Je n’arrive pas à y croire ! Finalement, ça y est, ou ça pourrait y être. Ce que nous attendions depuis si longtemps, le réveil humain dont nous rêvions mais dont nous doutions qu’il se produise de notre vivant. Maintenant c’est là et je sais que je ne suis pas le seul à verser des larmes de joie ». Une femme prenant la parole dans la première assemblée d’Oakland dit : « Je suis ici aujourd’hui, non seulement pour changer le monde, mais pour me changer moi-même ». Je pense que chacun des présents comprit ce qu’elle voulait dire. Dans ce nouveau monde, nous sommes tous des débutants. Nous allons tous faire des tas d’erreurs. Il faut bien s’y attendre. Mais ça ne fait rien. Oui, c’est nouveau pour nous. Mais dans ces conditions nous apprendrons vite.

À la même assemblée quelqu’un brandissait un écriteau qui disait : « Il y a plus de raisons d’être enthousiaste que d’avoir peur ».

Ken Knabb
Bureau of Public Secrets, 15 octobre 2011.
Traduit de l’anglais par Gédicus (18.10.2011)
L’original est dispo sur le site de l’auteur.

Métamorphoses

« Se libérer, ne croyez surtout pas que c’est être soi-même. C’est s’inventer comme autre que soi. Autres matières : flux, fluides, flammes… Autres formes : métamorphoses. Déchirez la gangue qui scande “vous êtes ceci”, “vous êtes cela”, “vous êtes…”. Ne soyez rien : devenez sans cesse. L’intériorité est un piège. L’individu ? Une camisole. Soyez toujours pour vous-mêmes votre dehors, le dehors de toute chose. »

« Peut-être est-il temps d’apprendre à boxer chaos debout contre le swing de la norme ? »

« N’acceptez pas que l’on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est à l’air libre. Je choisis mon vin, mes lèvres sont ma vigne. Soyons complice du crime de vivre et fuyez ! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et la main large, prête à s’unir, sobre à punir. Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason. […] Le cosmos est mon campement. »

Ces trois citations sont tirées des romans d’Alain Damasio,
La Zone du dehors et La Horde du Contrevent.
L’image, initialement en un seul morceau, vient de Flickr.

Blanche-Neige

© L.A. SCOWEN. (Flickr)

Petite perle de pluie
Fille des neiges de l’Est
J’ôterai chacun de tes habits
Comme on écrit un manifeste
Comme on entre au couvent
Les deux mains bien serrées
Pour prier des heures durant
Quelque dieu ou ton corps parfait

Toi, princesse si blanche
Et moi loup aux bras marqués
Par les rayons qui tranchent
Du soleil des causses aveyronnais
Pour me protéger du solstice
Je viendrai à l’ombre de ton corps
Nos amours seront métisses
Si nos peaux se frottent encore

Blanche-Neige, fleur du froid
Demoiselle aux sourires virtuoses
Ta peau est une mer de soie
Sur laquelle mes mains se posent
Timides peut-être, brulantes c’est sûr
Et dessinant étoiles, feux, nébuleuses
Comètes et même célestes ophiures
Le long de tes courbes délicieuses

Mes lèvres s’en viennent pareil
Butiner les tiennes d’or carminé
Ta langue, danseuse bien réelle
Valse dans ma bouche émerveillée
Je ne sais même plus les mots
Pour dire tes doigts, pour dire ton rire
Un épiderme à donner un sens nouveau
À ce que « caresses » peut vouloir dire

Et mes mains, glissant encore
Sous ces bouts de tissus volants
Se demandent bien quels trésors
Peuvent cacher tes sous-vêtements
Fille des nuits de neige, dis-moi
De quelle matière tes seins sont faits
Seraient-ils petits abricots de soie
Ou bien joyeuses pommes à croquer ?

Princesse de l’Est

Lorraine enneigée, © Fromveur

Il y a des pays si excentrés
Que le soleil, présent pourtant
Ne peut jamais vraiment baigner
De ses rayons aux dards brûlants
Les gens des ces pays lointains
Aux cheveux d’or et yeux océans
Qui parlent d’amour avec chagrin
Ont le corps beau et le teint blanc

J’ai rencontré, devant Septembre
La princesse des ces lieux glacés
Les yeux perdus dans une mer tendre
Où les amoureux viennent s’échouer
Septembre m’a dit : « prends garde à toi
Il y a des baisers qui sont poisons
Ils savent s’infiltrer, toujours courtois
Pour crocheter au cœur les émotions
Toi qui te crois plus fort que l’amour
Qui croque des lèvres en plein blizzard
N’oublie jamais qu’au petit jour
Ce sont les filles qui crient victoire »

Mais moi, je ne sais pas écouter
J’ai déployé mes grandes ailes d’anges
Et vers les cieux mon cœur j’ai envoyé
Décidé à goûter à de nouveaux mélanges

La princesse a les yeux tristes
Mais les doigts qui disent le chaud
Quand nos corps font du hors-piste
Enlacés à l’ombre de l’échafaud
Qu’importe alors les mers de glace
Au fond de son regard de ciel
Je saurai trouver assez de place
Pour faire de sa bouche couler le miel
Placé entre deux souvenirs douloureux
Mon corps est là, en plein présent
Je me collerais – jamais peureux –
Au sien pour tuer tous les néants.

Chansonnette à contre-courant

Qu’ils soient radeau ou frégate en majesté
Cargo solaire ou navire de guerre invaincu
Porte-avion aux armes toujours dressées
Voilier rouge et noir à l’indestructible cartahu
Qu’on les croise au tendre clair de lune
Ou parmi les nymphes océanes de Panopolis
Dans une dangereuse éruption de brumes
Ou au fond de la plus sombre des abysses
Ils me seront toujours insupportables
Ceux-là mêmes dont l’unique mission
Est de colporter, marchands d’égo infatigables
Leurs légendes au goût-poison de tourbillon

J’aurais beau m’enfuir et toujours voyager
Les océans jamais ne seront assez étendus
Pour contourner et encore une fois éviter
Ceux qui tempêtent plus haut que leur cul.

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