Le Glandeur

"Sensualiser le monde" — Poèmes, chroniques sur le genre et notes sur la guerre en cours dans et contre le désert partout présent

Catégorie: En vers et contre tous

Quatrain

J’aime les filles qui crépitent
Au feu-volcan des verres de vin
Jolies myrtilles qui trop vite
Accrocheront leur corps contre le mien.

Petit théâtre carmin

Bon j’ai eu cette histoire avec une fille. Une drôle d’histoire, avec beaucoup de mots, beaucoup de fuites. Dans les deux sens. Il ne s’est pas passé grand chose au final mais, au fur et à mesure, j’ai écrit toute une collection de rimes, dispersées sur des feuilles de papier ou des fichiers .txt ici et là. Il fallait bien que je rassemble tout ça, que je mélange pour en faire une sorte de récit – une mini pièce de théâtre en un seul acte ?

© 96dpi (Flickr)

Scène 1. De ta bouche

J’aime beaucoup tous ces potins
Que tu lances au grès du vent
Ces mots durs, brefs et assassins
Que t’inspirent les passants
T’as la cruauté d’une grande dame
La poésie d’un bourreau délicat
Un art certain pour tuer un quidam
Avec tes phrases puissance bazooka

J’aime beaucoup toutes ces soirées
Que tu me décris si longuement
Tes copines, c’est sur : je les connais
Sans les avoir jamais vues pourtant
Je sais tout de ta passionnante vie
Oh ! tu m’as si souvent raconté
Les joies, les délires entre amies
Tes potes, ta famille, ton chat castré

J’aime tant tes lèvres qui bougent
Pour dire souvenirs et nostalgies
J’aime ta bouche cernée de rouge
Qui commente soleils ou tristes pluies
J’aime même quand tu te plains
Parce qu’il fait si chaud ou trop froid
Et qu’alors tu me donnes ta main
Pour que je la serre tout contre moi

Mais il me faut pourtant te l’avouer
Quand je te regarde, jolie mamzelle
Importe peu ce que tu as à raconter
Je n’écoute ni tes consones ni tes voyelles
Moi je veux mêler ma langue à ta bouche
Et glisser mes mains sous ton pull-over
Te voir enfin nue, fière et farouche
Goûter à ta peau de toutes les manières

Scène 2. De tes lèvres

Et c’est aujourd’hui le Grand Jour
Celui où tes lèvres, coquines danseuses
S’approchent des miennes sans détour
Pour en tirer d’un croc la saveur juteuse
Mais que voilà ? Ma bouche, tremblante
Refuse alors d’emprunter le seul chemin
Qui amènerait dans ces régions déroutantes
Où l’ivresse des sens n’est pas celle du vin

Que fais-je ? Devant cette tendre offensive
Je fuis maintenant ton corps-brindille
Effrayé sans doute par la perspective
De me frotter de trop près à une telle fille
Tu sais, tu as les courbes tellement sucrées
Qu’un diabétique de l’amour comme moi
Prend des risques à chacun de tes baisers
Le risque de tomber raide dingue dans tes bras

J’esquive ton corps – peureux matador
Qui s’enroule au fond de son drapeau
Pour ne pas avoir à affronter encore
Le regard de tendres glaces du taureau
Qu’importe les cris, insultes des gradins
Je me cache sous les morceaux de tissus
Si tes fesses s’approchent de mes mains
De moi, je crois : je ne réponds plus

L’envie de croquer ton cou en fruits
Se mêle à une drôle de paralysie idiote
Les rêves collant mes lèvres à tes nuits
Se teintent du risque de devenir fiotte
Dans mon ventre : paradoxales injonctions
Qui me déchirent en quatre morceaux
Un s’envolant dans chaque direction
Vers des pays où tu ne peux trouer ma peau

Scène 3. De tes crocs

Un goût de chaud tapisse ma bouche
Du feu qui danse au bout de mes doigts
L’iceberg fond sur les draps de ma couche
Est-ce l’incendie que tu déclares en moi ?
On dirait bien que malgré mes fuites
Ta langue a trouvé comment accéder
À mon être, ma cabane exprès construite
Pour de tes crocs mon corps cacher

Tes lèvres dessinent brillantes aux miennes
Des sillons sans doute bien trop profonds
Je crève de ton goût, mi-ange mi-chienne
Qui réveille dans mon ventre violents typhons
Je te sais reine-louve des froids polaires
Rapide dévoreuse de cœurs de garçons
Le mien déjà mangé, que vas-tu donc faire :
Te lasser, m’oublier, me remplir de poisons ?

Princesse de l’Est, je ne suis pas de ceux
Qui, à l’aise dans les sociétés de cours,
Jouent à être le meilleur des amoureux
Pour obtenir quelque gage d’amour
Je ne me battrai jamais pour ta peau
Contre toutes tes armées de prétendants
Déjà tous prêts à hisser haut le drapeau
Qui ferait d’eux l’officiel, le commandant

Ton corps est une promesse de paradis
– Un continent tout entier à explorer –
Un Nouveau-Monde au charmant acabit
Yeux océans, jungles d’or et routes salées
Mais si tu m’embrasses un vendredi heureux
Pour m’oublier deux semaines durant
J’irai ailleurs jouer l’apprenti amoureux
Je n’aime pas beaucoup chérir le vent.


Blanche-Neige

© L.A. SCOWEN. (Flickr)

Petite perle de pluie
Fille des neiges de l’Est
J’ôterai chacun de tes habits
Comme on écrit un manifeste
Comme on entre au couvent
Les deux mains bien serrées
Pour prier des heures durant
Quelque dieu ou ton corps parfait

Toi, princesse si blanche
Et moi loup aux bras marqués
Par les rayons qui tranchent
Du soleil des causses aveyronnais
Pour me protéger du solstice
Je viendrai à l’ombre de ton corps
Nos amours seront métisses
Si nos peaux se frottent encore

Blanche-Neige, fleur du froid
Demoiselle aux sourires virtuoses
Ta peau est une mer de soie
Sur laquelle mes mains se posent
Timides peut-être, brulantes c’est sûr
Et dessinant étoiles, feux, nébuleuses
Comètes et même célestes ophiures
Le long de tes courbes délicieuses

Mes lèvres s’en viennent pareil
Butiner les tiennes d’or carminé
Ta langue, danseuse bien réelle
Valse dans ma bouche émerveillée
Je ne sais même plus les mots
Pour dire tes doigts, pour dire ton rire
Un épiderme à donner un sens nouveau
À ce que « caresses » peut vouloir dire

Et mes mains, glissant encore
Sous ces bouts de tissus volants
Se demandent bien quels trésors
Peuvent cacher tes sous-vêtements
Fille des nuits de neige, dis-moi
De quelle matière tes seins sont faits
Seraient-ils petits abricots de soie
Ou bien joyeuses pommes à croquer ?

Princesse de l’Est

Lorraine enneigée, © Fromveur

Il y a des pays si excentrés
Que le soleil, présent pourtant
Ne peut jamais vraiment baigner
De ses rayons aux dards brûlants
Les gens des ces pays lointains
Aux cheveux d’or et yeux océans
Qui parlent d’amour avec chagrin
Ont le corps beau et le teint blanc

J’ai rencontré, devant Septembre
La princesse des ces lieux glacés
Les yeux perdus dans une mer tendre
Où les amoureux viennent s’échouer
Septembre m’a dit : « prends garde à toi
Il y a des baisers qui sont poisons
Ils savent s’infiltrer, toujours courtois
Pour crocheter au cœur les émotions
Toi qui te crois plus fort que l’amour
Qui croque des lèvres en plein blizzard
N’oublie jamais qu’au petit jour
Ce sont les filles qui crient victoire »

Mais moi, je ne sais pas écouter
J’ai déployé mes grandes ailes d’anges
Et vers les cieux mon cœur j’ai envoyé
Décidé à goûter à de nouveaux mélanges

La princesse a les yeux tristes
Mais les doigts qui disent le chaud
Quand nos corps font du hors-piste
Enlacés à l’ombre de l’échafaud
Qu’importe alors les mers de glace
Au fond de son regard de ciel
Je saurai trouver assez de place
Pour faire de sa bouche couler le miel
Placé entre deux souvenirs douloureux
Mon corps est là, en plein présent
Je me collerais – jamais peureux –
Au sien pour tuer tous les néants.

Chansonnette à contre-courant

Qu’ils soient radeau ou frégate en majesté
Cargo solaire ou navire de guerre invaincu
Porte-avion aux armes toujours dressées
Voilier rouge et noir à l’indestructible cartahu
Qu’on les croise au tendre clair de lune
Ou parmi les nymphes océanes de Panopolis
Dans une dangereuse éruption de brumes
Ou au fond de la plus sombre des abysses
Ils me seront toujours insupportables
Ceux-là mêmes dont l’unique mission
Est de colporter, marchands d’égo infatigables
Leurs légendes au goût-poison de tourbillon

J’aurais beau m’enfuir et toujours voyager
Les océans jamais ne seront assez étendus
Pour contourner et encore une fois éviter
Ceux qui tempêtent plus haut que leur cul.

Les Fleurs du mâle

Danse, ballerine, à mes reins plantés droit
Dans les couleurs exquises de tes intimes fleurs
Du jardinier je n’ai que la bêche et le doigt
Qui butine hasardeux tes premières chaleurs
Je profite du plus joli des tendres panoramas
Si tes hanches, païennes, sur les miennes appuyées
Vont vibrer foutraque mon vit entre les draps
Rosis de désir de ta fleur déployée

Qui invitera-t-on, dans cet endroit charmant
Jardin aux délices mille et une fois sucrés
Qui saurait apprécier, gourmet et gourmand
Les rondes pétales de tes fesses présentées ?
J’ai le cœur qui rechigne, hésite et se crispe
À partager ces odeurs de stupre empourpré
Me faut-il donc, vieux jaloux, prendre en grippe
Ceux qui plongent du regard vers ton fessier ?

Ne nous prostituons pas, veux-tu mon amor ?
Tant pis pour les quelques deniers et le pécule
Je saurais trouver sur ta peau bien assez de trésors
Pour combler un – comme moi – jongleur de virgules
Nous n’aurions pu d’ailleurs faire assez d’espace
Pour accueillir ici tout le bon peuple de Rome
Mais pour moi, ton jardin, ah ! quel palace
Cette vie délicieuse entre tes deux pommes.

Amoureux tout le temps

Mais comment font donc les gens
Pour ne pas tomber amoureux tout le temps
Est-ce mon cœur pauvre artichaut
Ou mes yeux ne regardant pas assez haut
La première jolie fille qui passe dans la rue
Sur mon corps grave son prénom dessus

Je passe l’automne le ventre à l’envers
Et mes sourires s’effritent à chaque hiver
Au printemps ce n’est qu’à peine mieux
Et tous les étés je tombe amoureux
J’ai toute une collection de petites amourettes
De baisers furtifs échangés en cachette
Histoires d’un soir sans grand lendemain
Bisous volés après quelques verres de vin
Mais mon ventre ce vieil avare
Conserve méticuleux dans ses placards
Et rien d’autre ne semble aimer
Que rappeler à mes yeux l’amour passé

Si bien que je vous fais confesse
Ces pensées canailles couleur hardiesse
Inondent mon cerveau d’un rouge vif
Et font trembler de désir le frêle esquif
Mon corps sature sous les violents assauts
De ces drames d’amours joués en huis clos
Mon crâne est l’infatigable théâtre
D’orgies sanglantes aux reines d’albâtre
Princesses de sel qui brûlent mes nuits
Filles-vergers aux bouches en fruit
Sorcières en haillons qui vous immolent
D’un baiser qui crépite de mille lucioles
Je ne suis qu’une cible toujours trouée
Des flèches d’amour qu’elles ont lancées

Si Vénus dans ses inavouables secrets
A choisi pour repaire mon myocarde usé
Et que les traits d’un Cupidon vagabond
Dessinent sur ma peau ses intentions
Je vous en prie mes chers amis
Ne me présentez plus vos dulcinées
J’ai le cœur si tendre que ces chéries
Le déchirent d’un regard trop affuté.

Rien que du vide

Il n’y a même plus de barricades
Sur les veines de mon myocarde
Ni ruisseau de pluie ni vive cascade
Pour me purger de cette humeur blafarde
Rien d’autre que ce vide partout
Pour se glisser dans chaque interstice
Combler de noir le moindre trou
Plus de faille d’espoir dans ma bâtisse

J’ai le cœur comme une ville désertée
C’est donc comme cela que tout finit ?
Sans vrai tristesse à vous briser
Ni crues de larmes dans la nuit
Je voudrais tant détruire le barrage
Qui bloque le flot de pluies salines
Mais la réserve vide du moindre orage
S’assèche et laisse nos amours orphelines

Où te caches-tu donc, dieu des foudres
Pour ainsi oublier mon corps affreux
Viens donc réduire mon être en poudre
D’un seul de tes éclairs fabuleux
Électrifier l’architecture de mes nerfs
Qui s’écroule sous le poids trop grand
D’une solitude aux accents sanguinaires
D’un vide d’elle, d’un nous noyé dans l’océan.

Chez moi

Je me serais perdu souvent
Dans ces nuits de brouillard dense
Où la pluie et même le vent
Strient mon visage en abondance
Le contour flou de mes entrailles
Se serait déversé déjà
Si dans l’orage et la grisaille
Tes lèvres ne disaient Halleluya

Même les longues insomnies
N’ont plus ce goût de terreur
Et la plus noire des nuits
Conserve encore quelque saveur
Si d’aventure tu t’égares
Entre mes maigres bras accortes
Et que pour refuge d’un soir
Tu choisis le pas de ma porte

Ta peau c’est des poèmes
Que tu chantes par à-coups
Laissant quelques traces blêmes
Sur les courbes de mon cou
T’as la tendresse d’un vaurien
Un peu brusque, un peu sauvage
Des baisers qui mine de rien
Ont le goût des longs voyages

Et même si dans ce brouillard
J’ai du mal à trouver mon chemin
Si j’utilise l’alcool comme exutoire
Les mots pour me prendre en main
Il y a toi depuis huit mois
Pour me surprendre en plein délit
Je peux me sentir chez moi
Quand je m’endors dans ton lit.

Le Goût de Paris

Dans les nuits salines
Où mon corps tout entier
Se décompose en bruine
Pour glisser sur les pavés
De la rue des souvenirs
Où je t’avais reléguée
Pour ne pas me détruire
Dans des cages de rosiers fanés
Je suis cet animal sauvage
Et tu es la brebis carnivore
Qui a foutu en l’air tous les adages
Qui faisaient de moi le plus fort

J’ai gardé de toi le souvenir
D’une longue caresse entre mes reins
L’écho d’un ombrageux plaisir
Que tu attrapais à pleines mains
Des promenades sous la Lune
À errer comme des loups affamés
Des enfants de la Commune
Qui se seraient trompés de charnier
Je sais de toi les obsessions
Qui me contaminent parfois
Transformant mon corps de lycaon
En garou ivre de froid

Si jamais je t’oublie
Si jamais j’essaye seulement
Dans ces soirs où la pluie
Est d’abord mon déguisement
C’est que la ville tu sais
S’est accrochée à mes bras
Et que les griffures qu’elle fait
Ont partout le goût de toi
Sur les murs du métro
Sur les crachats du trottoir
Sur les affiches, sur les bistrots
Ton odeur comme vistemboir.

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