La théorie du genre n’existe pas
En écho à la demande de plusieurs députés pour virer des manuels scolaires de SVT la référence au genre, on a vu fleurir sur la Toile de nombreux billets venant soutenir l’attaque contre les bouquins Hachette.
Tous s’en prennent à la « théorie du genre ». Mais voilà, la théorie du genre n’existe pas. Il n’y a qu’un concept, le genre ou gender, utilisé en sciences humaines (sur lequel je suis déjà revenu) pour désigner le « sexe social » (Delphy) : cet ensemble de codes sociaux qui font qu’on allie à chaque sexe des comportements et des valeurs particuliers.
La « théorie du genre » est une invention des penseurs de droite et des cathos conservateurs, expression malheureusement reprise par les politiques et les journalistes qui ne donnent pas toujours l’impression de savoir de quoi ils parlent. D’ailleurs, sur Wikipédia, on ne trouve pas de page « Théorie du genre ». Une sur le concept de genre en sciences sociales, oui, une autre sur la Théorie Queer (mouvement le plus radical parmi les études sur le genre), aussi, mais c’est loin d’être la même chose.
Parler de « théorie du genre » donne l’impression qu’il existe un consensus autour de la notion de genre, qu’on a même là une idéologie (le mot est lâché plusieurs fois sur les blogs, ici ou là par exemple). Mais non : parmi la multitude de chercheurs utilisant ce concept, il y a une pluralité d’approches et de travaux scientifiques.
Une impression étrange se dégage des textes attaquant cette prétendue « théorie du genre ». C’est comme si leurs auteurs avaient un fantasme : être les victimes d’une conspiration de féministes et d’homosexuels qui voudraient convertir leurs enfants, via les manuels Hachette, à une nouvelle idéologie décadente qui pratique la négation des sexes et souhaite – horreur suprême ! – que chacun soit libre de choisir son orientation sexuelle.
Parler de genre revient simplement à dire : il y a une différence entre être mâle et être masculin. Où certains voient là-dedans une « négation de la différence des sexes » ?
Mais peut-être que le plus dérangeant quand on parle de genres, c’est que cela signifie qu’il n’y a pas de « nature » féminine, ou masculine. Les femmes seraient plus intuitives, plus tolérantes ou douces, dotées d’un “instinct maternel” ? Les hommes seraient davantage portés vers l’action, soumis à un « besoin sexuel » plus important, auraient un meilleur sens de l’orientation ? Et tout ça grâce à la biologie et à l’anatomie des corps respectifs ? Vastes foutaises.
Oui, c’est sans doute ça qui dérange avec le genre. Ce concept peut-être utilisé comme une arme par tous les oppressés – femmes, homosexuel.les, garçons qui refusent la virilité-prison. S’il n’y a pas de « nature féminine » il n’y a pas de raison que les femmes restent à la maison, pas plus que les pédés ne sortent pas du placard, ou que tout un chacun ait envie de dépasser les barreaux de l’hétérosexualité pour jouer avec son identité sexuée. Les inégalités et les oppressions entre les sexes, les genres, ne sont pas des données « naturelles ». Ce sont des faits sociaux. On peut donc les renverser.
Il y a quand même un sacré décalage : alors que les queers s’activent pour envoyer valser l’idée qu’il n’y a que deux genres, voilà que les députés et quelques autres viennent remettre en cause l’existence même des genres…