Le Glandeur

"Sensualiser le monde" — Poèmes, chroniques sur le genre et notes sur la guerre en cours dans et contre le désert partout présent

La théorie du genre n’existe pas

En écho à la demande de plusieurs députés pour virer des manuels scolaires de SVT la référence au genre, on a vu fleurir sur la Toile de nombreux billets venant soutenir l’attaque contre les bouquins Hachette.

Tous s’en prennent à la « théorie du genre ». Mais voilà, la théorie du genre n’existe pas. Il n’y a qu’un concept, le genre ou gender, utilisé en sciences humaines (sur lequel je suis déjà revenu) pour désigner le « sexe social » (Delphy) : cet ensemble de codes sociaux qui font qu’on allie à chaque sexe des comportements et des valeurs particuliers.

La « théorie du genre » est une invention des penseurs de droite et des cathos conservateurs, expression malheureusement reprise par les politiques et les journalistes qui ne donnent pas toujours l’impression de savoir de quoi ils parlent. D’ailleurs, sur Wikipédia, on ne trouve pas de page « Théorie du genre ». Une sur le concept de genre en sciences sociales, oui, une autre sur la Théorie Queer (mouvement le plus radical parmi les études sur le genre), aussi, mais c’est loin d’être la même chose.

Parler de « théorie du genre » donne l’impression qu’il existe un consensus autour de la notion de genre, qu’on a même là une idéologie (le mot est lâché plusieurs fois sur les blogs, ici ou par exemple). Mais non : parmi la multitude de chercheurs utilisant ce concept, il y a une pluralité d’approches et de travaux scientifiques.

Une impression étrange se dégage des textes attaquant cette prétendue « théorie du genre ». C’est comme si leurs auteurs avaient un fantasme : être les victimes d’une conspiration de féministes et d’homosexuels qui voudraient convertir leurs enfants, via les manuels Hachette, à une nouvelle idéologie décadente qui pratique la négation des sexes et souhaite – horreur suprême  ! – que chacun soit libre de choisir son orientation sexuelle.

Parler de genre revient simplement à dire : il y a une différence entre être mâle et être masculin. Où certains voient là-dedans une « négation de la différence des sexes » ?

Mais peut-être que le plus dérangeant quand on parle de genres, c’est que cela signifie qu’il n’y a pas de « nature » féminine, ou masculine. Les femmes seraient plus intuitives, plus tolérantes ou douces, dotées d’un “instinct maternel” ? Les hommes seraient davantage portés vers l’action, soumis à un « besoin sexuel » plus important, auraient un meilleur sens de l’orientation ? Et tout ça grâce à la biologie et à l’anatomie des corps respectifs ? Vastes foutaises.

Oui, c’est sans doute ça qui dérange avec le genre. Ce concept peut-être utilisé comme une arme par tous les oppressés – femmes, homosexuel.les, garçons qui refusent la virilité-prison. S’il n’y a pas de « nature féminine » il n’y a pas de raison que les femmes restent à la maison, pas plus que les pédés ne sortent pas du placard, ou que tout un chacun ait envie de dépasser les barreaux de l’hétérosexualité pour jouer avec son identité sexuée. Les inégalités et les oppressions entre les sexes, les genres, ne sont pas des données « naturelles ». Ce sont des faits sociaux. On peut donc les renverser.

Il y a quand même un sacré décalage : alors que les queers s’activent pour envoyer valser l’idée qu’il n’y a que deux genres, voilà que les députés et quelques autres viennent remettre en cause l’existence même des genres…

Détour via Tumblr

J’aime bien les photos.

Et Tumblr est un site magique. Simple d’utilisation et conçu pour favoriser les “reblogged” il se présente comme un gigantesque archipel où viennent s’entrelacer les subjectivités. Puisque la plateforme ne pratique absolument aucune forme de censure, on y voit naître toute une constellation de nouvelles esthétiques au croisement du charme, du trivial, du porno et du quotidien.

Je m’y suis mis à mon tour. Sans vrai but.

C’est un blog sur les garçons, tous, sur ces corps qui se battent et pleurent, se perdent et s’inventent. Au hasard des découvertes.

Qu’ils soient virils ou non, qu’ils soient hétéro, bi, pédés, altersexuels, queer ou jenesaisquoi, qu’ils soient chanteur, ouvrier du bâtiment ou prostitué, qu’ils préfèrent prendre ou être pris, je m’intéresse ici aux hommes, à ces masculinités en mutation-construction, qui se croisent et s’influencent.

>> Les Fleurs du mâle <<

Quelques députés UMP, les genres et la biologie

Quatre-vingt députés UMP (dont le détestable Christian Vanneste, au hasard) viennent d’écrire à Luc Chatel, sinistre de l’Éducation nationale, pour lui demander le retrait de manuels scolaires qui expliquent « l’identité sexuelle » des individus autant par le contexte socio-culturel que par leur sexe biologique.

Selon eux, la théorie des genres est une « théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique ». Étudiants, souvenez-vous en : pour cette droite-là, réactionnaire et visiblement anti-intellectuelle, les sciences sociales ne sont pas dignes d’être considérées comme scientifiques.

Mais ce n’est pas cela le plus navrant. Revenons sur cette fameuse « théorie des genres ». Pour les non-initiés, qu’es aquò ? Dès les années 1930, grâce à plusieurs ethnologues – dont Margaret Mead – on se rend compte qu’en fonction de l’endroit du globe où l’on se trouve les valeurs et les comportements associés au maculin et au féminin divergent radicalement : dans la tribu des Chambuli en Nouvelle-Guinée, être masculin signifie avant tout ne se préoccuper que de danse et de coquetterie par exemple ! Le terme « gender » a donc été utilisé pour désigner le « sexe social », tout cet ensemble de codes sociaux qui construit notre identité sexuée, qui fabrique des hommes et des femmes en quelque sorte, à partir du sexe biologique.

Les députés signataires, faisant preuve d’une inculture assez incroyable et navrante, entendent donc revenir sur quatre-vingt années d’études ethnographiques et sociologiques qui s’attachent à expliquer comment « on ne nait pas femme, on le devient », pour reprendre les célèbres mots de Simone de Beauvoir (remplacez « femme » par « homme » ça marche aussi).

Eux ne veulent se baser que sur le « biologique ». Sauf que… la sexuation humaine est un bazar innommable, rétif à toute classification, et ceux qui voudraient encore aujourd’hui classer les individus en « homme » OU « femme » se retrouvent bien emmerdés.

Et cette réalité est tristement méconnue, si bien que quand Rue89 s’attache à démontrer l’imbécilité du projet UMP le journaliste écrit, en toute bonne foi (et c’est bien cela qui est triste), « Il y a donc bien une réalité naturelle indépassable qui fait limite, une assignation chromosomique sexuée à partir de laquelle on dit de telle personne qu’elle est un homme, et de telle autre qu’elle est une femme ».

En vérité, c’est faux. Par exemple on peut posséder les chromosomes XY et être pourtant doté d’un vagin et d’une apparence parfaitement féminine, c’est le cas des « testicules féminisants ». En se basant sur les dernières découvertes de la médecine, il faudrait considérer qu’il y a quatre sexuations chez l’humain : une sexuation anatomique (vagin ou pénis, ou autre chose pour les cas d’enfants nés interxes), une sexuation gonadique (ovaires ou testicules), une sexuation chromosomique (XX ou XY), une sexuation hormonale (testostérone ou œstrogène). Ce à quoi il faudrait rajouter le sentiment d’appartenance à un sexe, qui semble se conduire de façon indépendante de tout le reste.

La combinaison des quatre éléments offre de nombreuses possibilités. On peut, par exemple, avoir des gonades masculines (des testicules) mais une production d’hormones plus féminine. Le fait que l’un de ces éléments soit masculin n’implique pas forcément que les autres le seront aussi, même s’il y a une certaine relation, puisqu’avoir des chromosomes XY semble permettre la formation des testicules.

Et c’est même encore plus complexe car chacun de ces éléments n’est pas soit masculin soit féminin, mais toujours plus ou moins masculin ou féminin. Exemple avec les hormones. Les androgènes sont des hormones mâles, les œstrogènes et la progestérone sont des hormones femelles. Pourtant, on trouve toutes ces hormones dans le sang des hommes comme des femmes. C’est seulement le dosage qui détermine le sexe : les hommes produisent beaucoup plus d’androgènes, et de la progestérone à faible dose seulement. Cette situation est d’ailleurs si ambiguë que le CIO (Comité international olympique) a imposé en 1999 un « certificat de féminité », par peur que des hommes d’apparence féminine courent à la place des femmes.

On continue pourtant à diviser l’humanité en hommes OU femmes alors qu’on devrait plutôt reconnaître l’existence d‘une multitude inconnue de sexes, c’est bien que le regard social posé sur cette réalité biologique des sexes, difficile à appréhender parce que diversifiée, est si fort qu’on adapte notre vision de la sexuation humaine en fonction de la théorie qui dit qu’il n’y a que deux sexes-genres.

Donc, ces députes UMP, qui feraient mieux de retourner à la fac au lieu de nous gonfler de leurs inepties, affirment deux principales absurdités :

  • que la « théorie des genres » n’est pas scientifique alors qu’elle a, en quatre-vingt ans, de multiples fois fait ses preuves ;
  • qu’il faudrait se baser uniquement sur le biologique MAIS ils semblent ignorer que la réalité biologique dément justement leurs fantasmes de garçons et filles bien à leur place et chacun de leur coté.

Il est vrai que, dans les rues, on ne croise encore presque que des “hommes” et des “femmes” – ces comédiens du genre – et peu de genderfuckers, mais ça change. Dans cette époque où les identités sont en crise, et l’identité masculine peut-être particulièrement, les positionnements à la fois personnels, communautaires et politiques face au système sexe-genre-sexualité ne peuvent que bouger. Le carnaval permanent est en marche.

(Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, je conseille un bouquin qui fait le tour de toutes ces questions et qui est plutôt bien écrit – c’est loin d’être toujours le cas en sciences sociales ! – et facile à lire :
DORLIN Elsa, Sexe, genre et sexualités, Paris, éditions Presses universitaires de France, 2008)

Les Fleurs du mâle

Danse, ballerine, à mes reins plantés droit
Dans les couleurs exquises de tes intimes fleurs
Du jardinier je n’ai que la bêche et le doigt
Qui butine hasardeux tes premières chaleurs
Je profite du plus joli des tendres panoramas
Si tes hanches, païennes, sur les miennes appuyées
Vont vibrer foutraque mon vit entre les draps
Rosis de désir de ta fleur déployée

Qui invitera-t-on, dans cet endroit charmant
Jardin aux délices mille et une fois sucrés
Qui saurait apprécier, gourmet et gourmand
Les rondes pétales de tes fesses présentées ?
J’ai le cœur qui rechigne, hésite et se crispe
À partager ces odeurs de stupre empourpré
Me faut-il donc, vieux jaloux, prendre en grippe
Ceux qui plongent du regard vers ton fessier ?

Ne nous prostituons pas, veux-tu mon amor ?
Tant pis pour les quelques deniers et le pécule
Je saurais trouver sur ta peau bien assez de trésors
Pour combler un – comme moi – jongleur de virgules
Nous n’aurions pu d’ailleurs faire assez d’espace
Pour accueillir ici tout le bon peuple de Rome
Mais pour moi, ton jardin, ah ! quel palace
Cette vie délicieuse entre tes deux pommes.

Vivre avec des morts

 

“De quoi auraient-ils peur puisqu’ils
Suivent la norme et vont par deux ?
Ces apôtres suivent dociles
Leur clan, leur chef ou leur dieu
Plus de tonte, la brebis s’épile
Le royaume des morts est à eux”

“Ceux qui peignent la vie en rose
En deux ou trois coups de pinceaux
Signent en bas sans voir les clauses
Des décrets faits par les bourreaux
Qui leur refourguent une bonne dose
De bureaucratie au kilos”

“N’arrondis rien, garde abrupte
La forme de ton utopie”

Vivre avec des morts du groupe Un Tondu Un Chevelu. Une bien jolie chanson, riche de trouvailles versifiées. En boucle depuis 2009 dans mon lecteur mp3.

Amoureux tout le temps

Mais comment font donc les gens
Pour ne pas tomber amoureux tout le temps
Est-ce mon cœur pauvre artichaut
Ou mes yeux ne regardant pas assez haut
La première jolie fille qui passe dans la rue
Sur mon corps grave son prénom dessus

Je passe l’automne le ventre à l’envers
Et mes sourires s’effritent à chaque hiver
Au printemps ce n’est qu’à peine mieux
Et tous les étés je tombe amoureux
J’ai toute une collection de petites amourettes
De baisers furtifs échangés en cachette
Histoires d’un soir sans grand lendemain
Bisous volés après quelques verres de vin
Mais mon ventre ce vieil avare
Conserve méticuleux dans ses placards
Et rien d’autre ne semble aimer
Que rappeler à mes yeux l’amour passé

Si bien que je vous fais confesse
Ces pensées canailles couleur hardiesse
Inondent mon cerveau d’un rouge vif
Et font trembler de désir le frêle esquif
Mon corps sature sous les violents assauts
De ces drames d’amours joués en huis clos
Mon crâne est l’infatigable théâtre
D’orgies sanglantes aux reines d’albâtre
Princesses de sel qui brûlent mes nuits
Filles-vergers aux bouches en fruit
Sorcières en haillons qui vous immolent
D’un baiser qui crépite de mille lucioles
Je ne suis qu’une cible toujours trouée
Des flèches d’amour qu’elles ont lancées

Si Vénus dans ses inavouables secrets
A choisi pour repaire mon myocarde usé
Et que les traits d’un Cupidon vagabond
Dessinent sur ma peau ses intentions
Je vous en prie mes chers amis
Ne me présentez plus vos dulcinées
J’ai le cœur si tendre que ces chéries
Le déchirent d’un regard trop affuté.

OGM ?

On ne devrait pas utiliser l’abréviation OGM pour la bonne raison que ce terme est une invention de Monsanto. En transférant certains gènes d’une espèce à une autre, deux chercheurs inventent en 1973 en Californie ce qu’ils appellent une « chimère fonctionnelle ». Mais l’expression n’est guère séduisante, pas vraiment vendeuse. Les service de relations publiques – de désinformation, donc – de plusieurs grosses entreprises d’agroalimentaires choisissent alors, en accord avec les scientifiques, de parler plutôt d’« organismes génétiquement modifiés ». Terme davantage neutre, qui ne veut peut-être pas dire grand chose mais qui a du coup un sacré avantage : on peut lui faire dire un peu tout ce que l’on veut.

La croyance de l’époque est de dire qu’il suffit de séquencer tous les génomes du monde pour comprendre ce qu’est le vivant. Ainsi en va-t-il de Walter Gilbert, prix Nobel de physiologie et de médecine, qui déclare que maintenant qu’on sait isoler les gènes on va enfin comprendre ce que c’est qu’« être humain ».

On dit : il suffit de transférer des gènes d’une espèce à l’autre pour avoir la fonction correspondante. On voit la vie comme un jeu de mécano géant. On met du vers luisant sur le taureau, de l’insecte dans le maïs. Les plantes produisent désormais elles-mêmes leur propre pesticide, ou deviennent résistantes au plus violent des Round Up. On répète, pour rassurer : la nature manipule plusieurs dizaines de milliers de gènes chaque fois qu’elle fait un croisement, nous n’en manipulons qu’à peine une dizaine ; nous sommes donc beaucoup plus précis, nous faisons les choses de façon beaucoup plus intelligente que cette nature hasardeuse.

Sauf que ces gens-là ne savent absolument pas ce qu’ils font. Ils jouent aux legos, voilà tout.

Lego Farm House

Tentative de tour d’horizon de ce qui est inquiétant/dangereux/dégueulasse
avec les OGM.

1- On ignore leurs effets sur l’organisme à long terme.

Mais on s’en doute quand même un peu. Presque toutes les plantes OGM vendues dans le monde sont « a-pesticides ». C’est-à-dire que soit elles sont capables d’en absorber un sans mourir, soit elles produisent elles-mêmes un insecticide.

Dans ce second cas, le produit fabriqué par la plante a pour but de détruire tous les insectes et les bactéries qui sont susceptibles de s’attaquer à la plante. Vu que chaque cellule de la plante OGM participe à la création de cet insecticide, celui-ci se retrouve bien évidemment dans la chaîne alimentaire. Sauf que : chacun de nous a dans son corps à peu près dix fois plus de bactéries que de cellules. Cela nous fait un nombre vertigineux de compagnons de route ! De ces bactéries, on ne connait honnêtement pas grand chose ; on sait juste qu’elles vivent depuis notre naissance en parfaite symbiose avec nous. Alors quand les « experts » affirment que ces insecticides, fait pour tuer les bactéries dans les champs, n’auront « aucun effet » sur notre fonctionnement organique, il y a lieu de douter. Il a fallu trente ans pour se rendre compte que les pesticides qu’on étendait directement sur les cultures avaient des effets particulièrement dangereux et nocifs. Les insecticides produits par les plantes leur sont semblables. En vérité on ne sait absolument pas ce que ça implique de bouffer OGM.

Dans le premier cas – les plantes qui peuvent absorber du pesticide et survivre – ce sont des plantes qui neutralisent l’action du pesticide. Mais cela veut dire que le pesticide agit quand même normalement, c’est-à-dire qu’il s’infiltre dans la plante, et que là il n’est pas détruit, juste rendu inopérant. Cette fois aussi on le retrouvera dans la chaîne alimentaire.

C’est également ça qui est dingue avec les OGM : ils ont finit par changer le statut des pesticides. On dit que ce sont des produits dangereux et qu’il faudrait éviter d’en répandre sur les champs. On en fait donc des constituants de la chaîne alimentaire, directement implanté dans – voire produit par – ce que tu avales.

2- Là où il y a OGM il n’y a plus que des clones.

Au 19e siècle on parlait de « races » de blé. Le terme était absurde puisqu’il suffit de se pencher pour observer qu’au sein d’une même race tous les individus sont différents et qu’il y a une énorme diversité, malgré un certain nombre de caractères en commun comme la couleur, le port, ou l’allure générale. Petit à petit, on s’est donc mis à parler plutôt de « variété ». Variété = diversité, phénomène normal dans la nature où c’est un processus de sélection qui permet au vivant de survivre, d’évoluer et de se perpétuer.

Problème pour les industriels de l’alimentaire : on ne peut poser de brevet, s’attribuer la paternité de quelque chose qui est en perpétuelle évolution. On a donc pris une variété de blé (ou d’avoine, ou de tomates ou cequevousvoulez) et on y a effectué une légère modification génétique, de façon à pouvoir dire : c’est moi qui ait apporté cette « amélioration », c’est ma propriété. (On parle désormais de « créateur de variété ».) Ensuite le créateur dépose son obtention auprès d’un organisme officiel. Sa variété (notez la mystification complète opéré sur le sens de ce mot, « variété » signifie aujourd’hui une plante dont tous les individus seront identiques) va être copiée et multiplié à un nombre d’exemplaires suffisant pour pouvoir être vendue. Les OGM c’est donc aussi ça : de la production de clones. (Le mot exact utilisé en agriculture est « copie » ; des copies aux clones le chemin est court.)

On applique donc au vivant les principes du monde industriel. On faisait des voitures identiques, des lampes de chevet identiques, on fait désormais des êtres vivants identiques. Avec l’histoire de Dolly, la brebis clonée, on a fait mine de s’indigner : mais ça faisait déjà longtemps qu’on clonait le végétal ! « Ça fait donc deux siècles qu’on est dans une logique d’extension de l’uniformité, de standardisation et de normalisation du monde agricole. Et même si ces gens-là n’ont pas conscience de ce qu’ils réalisent, cela correspond tout simplement à l’application au monde vivant, à l’agriculture en l’occurrence, des principes industriels qui sont en train de bouleverser le paysage social, économique et politique en Angleterre. », dit le chercheur révolté Jean-Pierre Berlan.

Cette logique industrielle s’attaque à tout ce qui n’est pas rentable. Et la nature a quelque chose de particulièrement énervant pour ces capitalistes de l’alimentaire : elle se reproduit et se multiplie gratuitement. Horreur ! Heureusement a été inventée une technique salvatrice pour les profits de ces grandes entreprises, une invention cyniquement appelé « Terminator ». Qu’es aquò ? Il s’agit d’une technique de transgenèse permettant de fabriquer des semences qui donneront des plantes programmées pour tuer leur descendance. On a volontairement inventé le grain stérile. Projet mortifère, vous dites ? Noooooon… Ceci toujours dans l’idée qu’il faut transformer le vivant en propriétés privées. En faire quelque chose de « stable », c’est-à-dire de non-évolutif et qui est incapable de se reproduire.

Il existe la même chose pour les animaux. On a cherché à fixer des « races », en sélection certains caractères et en en écartant d’autres ; et on a rendu les bêtes de plus en plus faibles, stupides, dépendantes de l’humain. Une vraie dégénérescence. C’est ce qu’on mange.

Image tirée du film We feed the world

3- Les agriculteurs sont comme les dépendants aux drogues dures.

L’application des méthodes industrielles en agriculture permet d’obtenir des gains de production et – théoriquement en tout cas – une hausse des profits. On peut donc comprendre que beaucoup d’agriculteurs se soient laissé embarqué dans une telle aventure.

Mais il faut avouer qu’il n’ont aussi pas vraiment eu le choix.

Fin des années 50, apparition des premiers pesticides et insecticides. (Au passage : les pesticides, produits à partir de la synthèse de l’ammoniac, sont d’origine militaire. Ils ne sont au final qu’une sorte de dérivé des premiers gaz de combat.) Avant, les agriculteurs faisaient la chasse aux doryphores un par un dans les champs de pommes de terre. On leur présente un produit-miracle : il suffit de le verser (à l’aide d’un tracteur ou d’un petit avion) sur le champ et tous ces insectes meurent peu de temps après. Sur le coup, personne pour réfléchir aux effets pervers de tels procédés – c’était tellement miraculeux ! Pourtant, un problème advient rapidement : au bout de quelques utilisations de ce pesticide, les insectes commencent à résister et ne meurent plus, ou pas tous. Alors on augmente les doses de produit ; et quand ça ne suffit plus on change de produit. C’est ainsi qu’on est passés des organochlorés aux organosphosphorés, aux pyréthrinoïdes, aux nicotinoïdes…

En 1962, la biologiste Rachel Carson publie le premier livre mettant en garde contre les dangers des pesticides. Depuis les preuves n’ont de cesse de s’accumuler. Pourtant les agriculteurs continuent d’utiliser en masse des pesticides – ou des plantes OGM, ce qui revient au même comme on l’a vu plus haut. Pourquoi ? Parce que les pesticides sont comme des drogues dures : effets d’accoutumance et de dépendance.

Des entreprises comme Monsanto sont à la fois les principaux fournisseurs de produits en -ide (pesticides, insecticides, herbicides… tous ces trucs fait pour tuer) et les principaux fournisseurs de plantes OGM. Leur « coup de génie » (commercialement parlant) a été de créer des semences tolérantes au pesticide breveté Monsanto. On a donc un pesticide qui va tout bousiller, sauf cette semence. L’agriculteur se retrouve donc forcé d’acheter les deux en même temps (semence et pesticide) et Monsanto peut continuer à vendre bien plus longtemps que la durée de son brevet (qui était d’environ vingt ans) puisque les agriculteurs sont devenus totalement dépendants au produit. « Ils sont finalement tellement dépendants qu’ils sont prêts, alors que le système pesticide montre bien qu’il est au bout du rouleau, à accueillir n’importe quelle prétendue innovation du secteur industriel par des cris de soulagement. Ils sont tellement engagés là-dedans… Et même s’ils se sont empoisonnés eux-mêmes avec des pesticides, ils veulent continuer à essayer d’y croire. On leur a toujours promis qu’il n’y avait pas de danger ni d’effet négatif, que le prochain pesticide serait bien meilleur. », toujours dixit l’agitateur Jean-Pierre Berlan.

4- On veut contrôler le vivant, prévoir et gérer sa liberté.

Au delà du débat moral sur le « à t-on le droit de faire de la transgenèse ? », il y a quelque chose de très important et de très politique là-dedans : quelle société on veut ? est-ce qu’on veut vraiment de ce monde où tout est soumis à la logique du profit, même la production de nourriture ? de ce monde où on uniformise tout pour faire plus d’argent, au risque de tuer ce qui fait la force du vivant, qui garantie sa survie : la diversité ? de ce monde où on cherche à tout contrôler, tout prévoir, pour que le vivant puisse être une propriété privée ?

Ainsi les instances étatiques cherchent à contrôler de plus en plus le bétail. « En 2012, la Commission européenne prévoit que ne seront admis à la reproduction que les animaux inscrits sur un rôle spécifique, agréés et dument enregistrés par l’État. » Fichage systématique, contrôle pur et simple du vivant. Soi-disant pour « améliorer la race ».

« L’homme n’est pas une marchandise comme les autres. », avait sorti Nicolas Sarkozy un jour de trop grande sincérité. Pas comme les autres peut-être, mais marchandise quand même. La logique de fichage des animaux est aussi présente chez les humains : nouvelles cartes d’identité, passeports biométriques, puces RFID, possibilité d’être localisés partout et tout le temps grâce à son téléphone mobile, sa carte bleue… Végétale, animale, humaine, ils veulent que la vie soit contrôlée, traçable.

5- Utiles, efficaces les OGM ?

On dit qu’on « améliore » les races de blé ou de bovins en faisant de la transgenèse. Mais « amélioration » par rapport à quoi ? et pour qui ? Avant tout amélioration pour les profits de la douzaine de firmes qui vendent des pesticides dans le monde, pour les laboratoires, pour le système technique.

On sélectionne certains gènes, que des scientifiques payés par les grandes firmes jugent importants, et on en laisse de coté d’autres qui pourraient tout aussi bien se révéler intéressants. La force du vivant, c’est sa capacité jamais épuisée à s’adapter. Une structure génétique fixe comme celle des OGM ne pourra jamais être supérieure dans tous les milieux justement parce qu’elle a cette infirmité : l’incapacité totale d’évoluer, de s’adapter. Elle pourra être très forte dans certains milieux, et très faible ailleurs ; on appelle ça la « norme de réaction ».

Ces « améliorations » n’en sont pas vraiment, d’autant plus que les gènes choisis ne le sont pas par des agriculteurs tous les jours au contact de leur champ de maïs ou de leur troupeau de moutons, mais par des instances scientifiques et étatiques qui, ces dernières années, ont essentiellement fait des conneries dans les domaines de la sélection et de l’élevage. On se retrouve, comme on l’a déjà dit, avec des animaux débiles, faibles, avec des plantes incapables de se reproduire elles-mêmes, qui produisent un insecticide vite obsolète puisque les insectes, eux, savent s’adapter et le font très vite.

En quelque part, c’est logique : ça fait quatre milliards d’années que la nature essaye à peu près tout, essaye, réussit ou fait des erreurs. Quatre milliards d’années de sélection naturelle mais il faut quand même que des industriels jouent les apprentis-sorciers et disent : on sait faire mieux.

Alors même qu’on sait faire autrement, en beaucoup moins ruineux et beaucoup plus écologique on sait déjà obtenir les mêmes résultats ! L’agronomie, par exemple, ou agro-écologie, c’est « l’art de faire faire gratuitement par la nature ce qu’on fait aujourd’hui à coups de moyens industriels ».

Exemple au Kenya où les cultures de maïs se faisaient dévaster par une pyrale (une chenille foreuse). Les insecticides, et les OGM (c’est la même chose), ne marchaient pas très bien tant, en Afrique encore plus qu’ailleurs, les générations d’insectes se renouvelaient très rapidement et devenaient vite résistantes à tous les produits les plus violents. Au bout de plusieurs études, ils se sont rendus compte qu’il suffisait de planter en même temps que le maïs une plante légumineuse nommée desmodium pour que tout s’arrange. Cette plante produit en effet une odeur repoussante pour le papillon de la pyrale qui préfère aller faire son cocon ailleurs. Et il fuit d’autant plus vite que les keynians plantent à proximité des champs de maïs de « l’herbe à éléphants », une plante que le papillon adore, et où il va donc poser ses œufs, mais qui a en plus la particularité de produire une substance visqueuse qui va finir par tuer les chenilles si elles mangent trop.

Les keynians ont donc des champs débarrassés de l’insecte foreur, cela sans utiliser le moindre produit en -ide, et en plus la présence du desmodium dans les champs fonctionne comme une sorte de petite usine d’engrais au pied du maïs, ce qui donne des récoltes plus abondantes. Parfait donc ?! Presque : aucun profit n’est généré pour Monsanto ou un de ses collègues. Et l’État keynian ne touche plus de taxes sur l’importation de pesticides. Le bien-être et la santé des agriculteurs croit mais pas le PIB du pays. Lutte entre la logique industrielle, capitaliste, et celle de la vie.

C’est pour ce genre de raisons qu’il y a plein d’endroits sur la planète où l’on préfère que les gens crèvent de faim, ou bouffent de la merde comme chez nous, plutôt qu’une douzaine d’entreprises arrêtent de faire du profit.

Alors non les OGM, ou plutôt “clones pesticides brevetés” comme il vaudrait mieux les appeler, ne sont pas efficaces : on peut et on sait déjà faire aussi bien, et parfois mieux, en moins couteux économiquement, en moins couteux pour l’environnement, en moins couteux pour notre santé et celle des animaux, en moins couteux pour le bien-être des agriculteurs, en moins couteux pour les paysages.

Rien que du vide

Il n’y a même plus de barricades
Sur les veines de mon myocarde
Ni ruisseau de pluie ni vive cascade
Pour me purger de cette humeur blafarde
Rien d’autre que ce vide partout
Pour se glisser dans chaque interstice
Combler de noir le moindre trou
Plus de faille d’espoir dans ma bâtisse

J’ai le cœur comme une ville désertée
C’est donc comme cela que tout finit ?
Sans vrai tristesse à vous briser
Ni crues de larmes dans la nuit
Je voudrais tant détruire le barrage
Qui bloque le flot de pluies salines
Mais la réserve vide du moindre orage
S’assèche et laisse nos amours orphelines

Où te caches-tu donc, dieu des foudres
Pour ainsi oublier mon corps affreux
Viens donc réduire mon être en poudre
D’un seul de tes éclairs fabuleux
Électrifier l’architecture de mes nerfs
Qui s’écroule sous le poids trop grand
D’une solitude aux accents sanguinaires
D’un vide d’elle, d’un nous noyé dans l’océan.

On s’en fout

« Mange mes mots », disent les informateurs.

Et toi tu t’exécutes. Rue89, Le Monde, Médiapart. Mais il y a les « alternatifs », aussi. Basta !, Article11, Bellacio, L’En Dehors, Le Grand Soir, Politis, Anarkhia, CQFD, Contre Info, Indymédia… et les blogs n’ont même pas encore été abordés. Certes, certains valent mieux que d’autres, parce que moins portés sur l’anecdotique, parce que davantage axés sur le « je propose » au lieu du souvent stérile « je dénonce ». Il n’empêche : tu bouffes, tu bouffes de l’info jusqu’à plus faim. (Et cela, c’est rien que sur Internet. Parce que si tu sors il y a Métro et 20minutes qui t’attendent.)

Pourquoi ? Parce que t’as l’impression d’apprendre, de comprendre. On t’as trop répété que « savoir c’est pouvoir », et t’as fini par le croire.

© Julien Coquentin

Alors tu les avales, ces mots-vipères. Mots de peurs et de haines, de projections et de frustrations.

« Réagir, réagir », ils n’ont que ce mot là à la bouche. C’est qu’il ne faudrait pas louper la dernière provocation fascisante du président, le dernier « fait du Roi » de la ministre ! Comme si c’était important.

Comme l’ont initié les Fabulous Trobadors dans la chanson « Ça c’est oui », apprends à chanter, répéter, hurler ON S’EN FOUT !

Non pas que leurs propos racistes, leurs lois qui commencent par « pour votre sécurité » et qui finissent par une interdiction, leurs « réformes » qui ne sont en fait que des destructions (des systèmes éducatifs, de santé et de protection sociale), leurs… bref, j’abrège : non pas que les agissements de l’oligarchie au pouvoir n’aient pas d’incidences sur le cours de ta vie, – bien sûr que leurs hallucinations te traversent, comme autant de tristes tropiques – mais plutôt que les clés du politique ne sont pas dans cette drôle de comédie (celle jouée par les députés, ministres et tout le tralala).

© Cain Pascoe

Ne plus se gaver de ces « informations » qui n’apprennent rien mais qui énervent pourtant, c’est apprendre à ralentir le rythme. Se déconnecter, se « décadencer ».

« Réagir n’est pas agir, pas plus qu’interagir n’est prendre part au monde. » (Alain Damasio)

C’est aussi pour cela que j’ai quitté Cowblog pour WordPress. Pour réapprendre à devenir un glandeur.

Prends le temps de faire ce que tu penses compter vraiment. Même si ça ne sert à rien. Peut-être surtout si cela ne sert à rien.

Bucket List

À faire avant de crever :

- traverser l’Amérique du Sud de part en part ;
- apprendre à parler, à lire et à écrire en occitan ;
- publier un livre ;
- apprendre à jouer de l’accordéon ;
- retaper une vieille ferme abandonnée et y vivre avec une tribu d’ami(e)s et d’amant(e)s…

Projets pour cet été :

- faire les gorges du Tarn à pieds ;
- construire des toilettes sèches…

Isthme de Neringa, Lituanie, d'où je reviens d'un petit séjour

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