Le Glandeur

"Sensualiser le monde" — Poèmes, chroniques sur le genre et notes sur la guerre en cours dans et contre le désert partout présent

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Quelques députés UMP, les genres et la biologie

Quatre-vingt députés UMP (dont le détestable Christian Vanneste, au hasard) viennent d’écrire à Luc Chatel, sinistre de l’Éducation nationale, pour lui demander le retrait de manuels scolaires qui expliquent « l’identité sexuelle » des individus autant par le contexte socio-culturel que par leur sexe biologique.

Selon eux, la théorie des genres est une « théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique ». Étudiants, souvenez-vous en : pour cette droite-là, réactionnaire et visiblement anti-intellectuelle, les sciences sociales ne sont pas dignes d’être considérées comme scientifiques.

Mais ce n’est pas cela le plus navrant. Revenons sur cette fameuse « théorie des genres ». Pour les non-initiés, qu’es aquò ? Dès les années 1930, grâce à plusieurs ethnologues – dont Margaret Mead – on se rend compte qu’en fonction de l’endroit du globe où l’on se trouve les valeurs et les comportements associés au maculin et au féminin divergent radicalement : dans la tribu des Chambuli en Nouvelle-Guinée, être masculin signifie avant tout ne se préoccuper que de danse et de coquetterie par exemple ! Le terme « gender » a donc été utilisé pour désigner le « sexe social », tout cet ensemble de codes sociaux qui construit notre identité sexuée, qui fabrique des hommes et des femmes en quelque sorte, à partir du sexe biologique.

Les députés signataires, faisant preuve d’une inculture assez incroyable et navrante, entendent donc revenir sur quatre-vingt années d’études ethnographiques et sociologiques qui s’attachent à expliquer comment « on ne nait pas femme, on le devient », pour reprendre les célèbres mots de Simone de Beauvoir (remplacez « femme » par « homme » ça marche aussi).

Eux ne veulent se baser que sur le « biologique ». Sauf que… la sexuation humaine est un bazar innommable, rétif à toute classification, et ceux qui voudraient encore aujourd’hui classer les individus en « homme » OU « femme » se retrouvent bien emmerdés.

Et cette réalité est tristement méconnue, si bien que quand Rue89 s’attache à démontrer l’imbécilité du projet UMP le journaliste écrit, en toute bonne foi (et c’est bien cela qui est triste), « Il y a donc bien une réalité naturelle indépassable qui fait limite, une assignation chromosomique sexuée à partir de laquelle on dit de telle personne qu’elle est un homme, et de telle autre qu’elle est une femme ».

En vérité, c’est faux. Par exemple on peut posséder les chromosomes XY et être pourtant doté d’un vagin et d’une apparence parfaitement féminine, c’est le cas des « testicules féminisants ». En se basant sur les dernières découvertes de la médecine, il faudrait considérer qu’il y a quatre sexuations chez l’humain : une sexuation anatomique (vagin ou pénis, ou autre chose pour les cas d’enfants nés interxes), une sexuation gonadique (ovaires ou testicules), une sexuation chromosomique (XX ou XY), une sexuation hormonale (testostérone ou œstrogène). Ce à quoi il faudrait rajouter le sentiment d’appartenance à un sexe, qui semble se conduire de façon indépendante de tout le reste.

La combinaison des quatre éléments offre de nombreuses possibilités. On peut, par exemple, avoir des gonades masculines (des testicules) mais une production d’hormones plus féminine. Le fait que l’un de ces éléments soit masculin n’implique pas forcément que les autres le seront aussi, même s’il y a une certaine relation, puisqu’avoir des chromosomes XY semble permettre la formation des testicules.

Et c’est même encore plus complexe car chacun de ces éléments n’est pas soit masculin soit féminin, mais toujours plus ou moins masculin ou féminin. Exemple avec les hormones. Les androgènes sont des hormones mâles, les œstrogènes et la progestérone sont des hormones femelles. Pourtant, on trouve toutes ces hormones dans le sang des hommes comme des femmes. C’est seulement le dosage qui détermine le sexe : les hommes produisent beaucoup plus d’androgènes, et de la progestérone à faible dose seulement. Cette situation est d’ailleurs si ambiguë que le CIO (Comité international olympique) a imposé en 1999 un « certificat de féminité », par peur que des hommes d’apparence féminine courent à la place des femmes.

On continue pourtant à diviser l’humanité en hommes OU femmes alors qu’on devrait plutôt reconnaître l’existence d‘une multitude inconnue de sexes, c’est bien que le regard social posé sur cette réalité biologique des sexes, difficile à appréhender parce que diversifiée, est si fort qu’on adapte notre vision de la sexuation humaine en fonction de la théorie qui dit qu’il n’y a que deux sexes-genres.

Donc, ces députes UMP, qui feraient mieux de retourner à la fac au lieu de nous gonfler de leurs inepties, affirment deux principales absurdités :

  • que la « théorie des genres » n’est pas scientifique alors qu’elle a, en quatre-vingt ans, de multiples fois fait ses preuves ;
  • qu’il faudrait se baser uniquement sur le biologique MAIS ils semblent ignorer que la réalité biologique dément justement leurs fantasmes de garçons et filles bien à leur place et chacun de leur coté.

Il est vrai que, dans les rues, on ne croise encore presque que des “hommes” et des “femmes” – ces comédiens du genre – et peu de genderfuckers, mais ça change. Dans cette époque où les identités sont en crise, et l’identité masculine peut-être particulièrement, les positionnements à la fois personnels, communautaires et politiques face au système sexe-genre-sexualité ne peuvent que bouger. Le carnaval permanent est en marche.

(Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, je conseille un bouquin qui fait le tour de toutes ces questions et qui est plutôt bien écrit – c’est loin d’être toujours le cas en sciences sociales ! – et facile à lire :
DORLIN Elsa, Sexe, genre et sexualités, Paris, éditions Presses universitaires de France, 2008)

Les Fleurs du mâle

Danse, ballerine, à mes reins plantés droit
Dans les couleurs exquises de tes intimes fleurs
Du jardinier je n’ai que la bêche et le doigt
Qui butine hasardeux tes premières chaleurs
Je profite du plus joli des tendres panoramas
Si tes hanches, païennes, sur les miennes appuyées
Vont vibrer foutraque mon vit entre les draps
Rosis de désir de ta fleur déployée

Qui invitera-t-on, dans cet endroit charmant
Jardin aux délices mille et une fois sucrés
Qui saurait apprécier, gourmet et gourmand
Les rondes pétales de tes fesses présentées ?
J’ai le cœur qui rechigne, hésite et se crispe
À partager ces odeurs de stupre empourpré
Me faut-il donc, vieux jaloux, prendre en grippe
Ceux qui plongent du regard vers ton fessier ?

Ne nous prostituons pas, veux-tu mon amor ?
Tant pis pour les quelques deniers et le pécule
Je saurais trouver sur ta peau bien assez de trésors
Pour combler un – comme moi – jongleur de virgules
Nous n’aurions pu d’ailleurs faire assez d’espace
Pour accueillir ici tout le bon peuple de Rome
Mais pour moi, ton jardin, ah ! quel palace
Cette vie délicieuse entre tes deux pommes.

Un mec facile

Vous auriez pu m’appeler séducteur
Ou drôle de Don Juan occitan
Gourmand amateur de jolis cœurs
Ou p’tit con aux sentiments errants
Vous auriez pu mais ça marche pas
J’ai beau avoir les mains baladeuses
J’suis pas le profil type du beau gars
Qui s’en va collectionner les amoureuses

Regarde, mais regarde donc
J’ai que d’la peau sur les os
C’est à dire que onques
Je n’ai réussi à prendre un kilo
J’ai le nez qui s’en va loin
Par delà le reste de mon visage
Comme s’il pouvait y voir bien
Mieux de là d’autres paysages
J’abandonne même souvent l’idée
De tailler ma barbe broussailleuse
Au point d’avoir besoin pour la couper
D’épée, de hache, de tronçonneuse
Je suis un grand ours tout minus
Avec des dents de cheval devant
Un fainéant polymorphe qui en plus
Est solitaire parfois et bavard le reste du temps

Mais la nature est si bien faite
Et la vie si riche en surprises joyeuses
Que même avec ma drôle de tête
Des filles font semblant d’être amoureuses

Vous auriez pu m’appelez séducteur
Pour les quelques conquêtes de mon histoire
Mais je n’ai jamais vraiment été l’auteur
De ces joutes aux parfums aléatoires
Il arrive toujours un moment
Où d’autres lèvres croquent les miennes
Je dois avoir inventé une sorte d’aimant
À princesses libertines, à demoiselles païennes
Vous auriez pu m’appelez Don Juan
Si aviez eu l’esprit un brin machiste
Parce que ce que je suis finalement
C’est juste un mec facile et qui profite !

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