Le Glandeur

"Sensualiser le monde" — Poèmes, chroniques sur le genre et notes sur la guerre en cours dans et contre le désert partout présent

Tag: tristesse

Princesse de l’Est

Lorraine enneigée, © Fromveur

Il y a des pays si excentrés
Que le soleil, présent pourtant
Ne peut jamais vraiment baigner
De ses rayons aux dards brûlants
Les gens des ces pays lointains
Aux cheveux d’or et yeux océans
Qui parlent d’amour avec chagrin
Ont le corps beau et le teint blanc

J’ai rencontré, devant Septembre
La princesse des ces lieux glacés
Les yeux perdus dans une mer tendre
Où les amoureux viennent s’échouer
Septembre m’a dit : « prends garde à toi
Il y a des baisers qui sont poisons
Ils savent s’infiltrer, toujours courtois
Pour crocheter au cœur les émotions
Toi qui te crois plus fort que l’amour
Qui croque des lèvres en plein blizzard
N’oublie jamais qu’au petit jour
Ce sont les filles qui crient victoire »

Mais moi, je ne sais pas écouter
J’ai déployé mes grandes ailes d’anges
Et vers les cieux mon cœur j’ai envoyé
Décidé à goûter à de nouveaux mélanges

La princesse a les yeux tristes
Mais les doigts qui disent le chaud
Quand nos corps font du hors-piste
Enlacés à l’ombre de l’échafaud
Qu’importe alors les mers de glace
Au fond de son regard de ciel
Je saurai trouver assez de place
Pour faire de sa bouche couler le miel
Placé entre deux souvenirs douloureux
Mon corps est là, en plein présent
Je me collerais – jamais peureux –
Au sien pour tuer tous les néants.

Rien que du vide

Il n’y a même plus de barricades
Sur les veines de mon myocarde
Ni ruisseau de pluie ni vive cascade
Pour me purger de cette humeur blafarde
Rien d’autre que ce vide partout
Pour se glisser dans chaque interstice
Combler de noir le moindre trou
Plus de faille d’espoir dans ma bâtisse

J’ai le cœur comme une ville désertée
C’est donc comme cela que tout finit ?
Sans vrai tristesse à vous briser
Ni crues de larmes dans la nuit
Je voudrais tant détruire le barrage
Qui bloque le flot de pluies salines
Mais la réserve vide du moindre orage
S’assèche et laisse nos amours orphelines

Où te caches-tu donc, dieu des foudres
Pour ainsi oublier mon corps affreux
Viens donc réduire mon être en poudre
D’un seul de tes éclairs fabuleux
Électrifier l’architecture de mes nerfs
Qui s’écroule sous le poids trop grand
D’une solitude aux accents sanguinaires
D’un vide d’elle, d’un nous noyé dans l’océan.

Le Goût de Paris

Dans les nuits salines
Où mon corps tout entier
Se décompose en bruine
Pour glisser sur les pavés
De la rue des souvenirs
Où je t’avais reléguée
Pour ne pas me détruire
Dans des cages de rosiers fanés
Je suis cet animal sauvage
Et tu es la brebis carnivore
Qui a foutu en l’air tous les adages
Qui faisaient de moi le plus fort

J’ai gardé de toi le souvenir
D’une longue caresse entre mes reins
L’écho d’un ombrageux plaisir
Que tu attrapais à pleines mains
Des promenades sous la Lune
À errer comme des loups affamés
Des enfants de la Commune
Qui se seraient trompés de charnier
Je sais de toi les obsessions
Qui me contaminent parfois
Transformant mon corps de lycaon
En garou ivre de froid

Si jamais je t’oublie
Si jamais j’essaye seulement
Dans ces soirs où la pluie
Est d’abord mon déguisement
C’est que la ville tu sais
S’est accrochée à mes bras
Et que les griffures qu’elle fait
Ont partout le goût de toi
Sur les murs du métro
Sur les crachats du trottoir
Sur les affiches, sur les bistrots
Ton odeur comme vistemboir.

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