Le Glandeur

"Sensualiser le monde" — Poèmes, chroniques sur le genre et notes sur la guerre en cours dans et contre le désert partout présent

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Le Vote : quelques réflexions

démocratie mon cul

Voter. Pour un bonhomme comme moi qui a toujours erré à proximité des pensées anarchistes, la question du vote est assez problématique. En effet, pour nous autres libertaires peu amateurs de cette « démocratie » telle qu’elle s’exerce en 2012, il y a, en amont de cette sempiternelle prise de tête « pour qui ? », l’importance du « pourquoi ? ».

Sur les cartes d’électeur il est inscrit : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». En France, ce n’est un devoir qu’au sens moral, et personne ne risque de sanction pour ne pas avoir été voter (contrairement en Australie ou au Luxembourg, par exemple). Quand on parle de « droit », c’est pour rappeler que cette situation de pouvoir choisir entre plusieurs dirigeants n’a pas toujours été une évidence, qu’il a fallu plusieurs révolutions pour cela – et plusieurs massacres ! –, que pour les femmes c’est un droit encore plus récent (1944), et je ne parle même pas des moins de 21 ans (1974).

Les discours moralisateurs font toujours chier, et qu’on me dise qu’en ne votant pas j’insulte la mémoire de ceux qui ce sont battus pour ce droit est assez pitoyable. La « démocratie », j’aime bien le concept. Ça me plait bien « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » (comme disait Lincoln). Mais qu’on la mette en place ! Quand les Athéniens inventent le mot et expérimentent le régime politique au VIe av. J.-C., cela n’a pas grand chose à voir avec ce que l’on connait actuellement ! Eux c’était plutôt : démocratie directe et tirage au sort. L’idée c’est de rendre impossible la création d’une certaine élite politique – les partis par exemple –, que jamais la gestion de la cité ne devienne l’affaire de professionnels. Du coup, la démocratie ne peut avoir de sens qu’à échelle réduite. (À ce sujet, voir les conférences de Chouard.) Bien plus tard, Rousseau pensera dans la même logique : pour lui, dès qu’un peuple se dote de représentants, il cesse d’être démocratique.

Aujourd’hui non seulement on est dans un espèce de culte des représentants – y’a qu’à voir tout le blabla médiatique provoqué par la présidentielle –, si bien qu’on ne parle plus du politique mais de la politique –, mais en plus ces « représentants » ne représentent plus grand chose si ce n’est les intérêts des gros groupes financiers.

Et les choses empirent. On en était déjà là : en France les deux principaux partis ont grosso modo la même idéologie, défendent les mêmes logiques socio-économiques. Du coup il n’est pas étonnant de voir que, pour 2012, UMP comme PS choisissent comme points centraux de leurs programmes austérité et sécurité. Certes ! depuis quelques temps l’UMP se teinte aussi d’un discours anti-immigration piqué au FN, mais c’est une autre histoire. [Encore que je suis mauvaise langue parce qu'il y a eu des trucs intéressants (du point de vue d'un mec de gauche) à observer ces derniers mois. Le phénomène Montebourg aux primaires PS par exemple (enfin un socialiste au Parti Socialiste : événement ! On n'y croyait plus.). Ou le fait que Mélenchon grimpe dans les intentions de votes et arrive à réunir jusqu'à 9 000 personnes pour plusieurs de ses meetings. Mais aussi : que Sarkozy lui-même se mette à défendre une sorte de Taxe Tobin, jusqu'alors plutôt portée par des orgas altermondialistes ; qu'on parle de plus en plus du « revenu de base », inconditionnel et garanti à tous de la naissance à la mort (en France ce sont un peu étrangement Boutin et Villepin qui se sont retrouvés à défendre ça, mais en Allemagne le Parti Pirate – qui a un écho bien plus important que les droitiers précédemment cités – l'a adopté dans son programme).]

Bref, on en était là, un système qui permet certes de choisir mais qui propose entre quelques projets de sociétés très très proches. Aujourd’hui c’est pire parce que les dirigeants ne se cachent même plus pour bafouer les lois les plus élémentaires de la démocratie. Des exemples ? Sarkozy faisant adopter le Traité européen alors même que celui-ci avait été rejeté par référendum quelques mois plus tôt. Les technocrates placés à la tête de gouvernement, à la place des élus du peuple (#Grèce #Italie) ou le fait que le référendum voulue à la base par Papandréou soit qualifiée de « populiste » par les instances européennes et, devant les pressions, finalement annulé. Et donc le plan de super-austérité imposé de force.

Mais en fait ce n’est même pas tellement pour cela que je ne suis pas un fan du vote. Certes les élections sont un spectacle de clowns tristes. Mais il y a des clowns bien pires que d’autres.

Où se cache donc le politique ?

J’ai du mal à me convaincre qu’il résultera vraiment quelque chose de ces élections. D’une part, je doute beaucoup quand au fait qu’un gouvernement ou une assemblée puisse représenter réellement un peuple de plus de 60 millions d’habitants. Par exemple parce que : en juin 1968, juste après un des événements les plus furieusement libertaires qu’est connu notre vieille France, qui gagne les élections législatives ? La droite, qu’est plutôt du genre réactionnaire. Donc bon. Puis il y a autre chose : même en imaginant que le futur président et son gouvernement aient les intentions les plus louables pour les petites gens (on peut toujours rêver, hein), est-ce qu’un schéma autoritaire, où les décisions vont du haut vers le bas, peut produire quelque chose de bon ? (C’est une vrai question.)

Je crois en la démocratie directe. Aux gens qui s’organisent entre eux, à la base, pour recréer des liens entre eux, entre eux et le monde. Je crois en l’autogestion collective de nos vies. Se bricoler des rêves ensemble et tout faire pour les expérimenter dans le concret, dans le présent passionnément vécu. Bien sûr que ça fait des différences si Sarkozy ou Mélenchon est président. Le premier n’a pas peur de faire appel au GIGN pour déloger des grévistes, le deuxième essaye de populariser la « démocratie participative » – et c’est quand même pas la même vision de l’humain derrière tout ça. J’avoue que je me sentirais plus à l’aise avec le deuxième de ces gus aux commandes. Il n’empêche : je n’arrive vraiment pas à me figurer que glisser un petit bout de papier dans une urne soit un acte davantage politique que, par exemple, s’organiser en groupe pour pouvoir se passer des supermarchés – si je choisis celui là (d’exemple), c’est parce qu’avec les glandeurs de ma coloc-maison on développe un projet pour bouffer bio et local en se fournissant directement chez les paysans du coin.

Anarchistes dogmatiques

Tout cela, c’est bien beau. Je vous ai donc expliqué pourquoi j’avais du mal à trouver de l’intérêt, ou même de la pertinence finalement, dans le vote. Mais, pour ne pas voter, encore faudrait-il qu’il y ait davantage d’intérêt – et de pertinence – à ne pas voter !

Étant contre toute délégation de pouvoir, les anars ont des réponses toutes prêtes à ce genre de questions. « Voter, c’est abdiquer » par exemple. L’idée, assez bien résumée par Marcuse, est celle-ci : « Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. » C’est pas forcément con comme idée, ce n’est même pas con du tout. Ça appelle à un véritable dépassement de la démocratie représentative. Mais la dérive, largement partagée chez les libertaires, c’est de dire « Tu votes donc t’es un bouffon qu’a rien compris ». Façon dogme.

Si encore le vote blanc ou l’abstention était reconnue, et qu’ainsi une élection soit invalidée si aucun des candidats ne dépassait le taux d’abstention. Mais ce n’est pas du tout le cas. L’exemple le plus spectaculaire est celui des élections européennes de 2009. Plus de 40% d’abstention dans toute l’Europe. (Et encore, il faudrait prendre en compte que ce chiffre est artificiellement gonflé par les pays où le vote est obligatoire. Et qu’on compte également tous ceux qui, par choix ou par contrainte, ne sont pas inscrits sur les listes électorales alors qu’ils sont en âge de voter – soit 40 millions de personnes environ. Et qu’on compte aussi tous les votes blancs.) Rapportons tout ça en France. L’UMP, qui avait alors « gagné » les élections, n’avait fait que 10,8% selon les statistiques officielles. Un électeur sur dix, même pas si on veut compter de façon un peu honnête : on est très loin du compte. Ça n’a empêché aucun leader de fanfaronner.

Du coup, pour résumer : Je suis plus que sceptique quand à l’utilité et la pertinence de voter, mais je suis encore plus sceptique quand à la pertinence et l’utilité de ne pas voter. Donc : votons. Mais comment ? Vote utile ou vote sans concession ? Le tout est de réfléchir stratégies.

© Mathieu Colloghan

Stratégies, donc

La mode depuis quelques élections, c’est le « vote utile ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire voter pour un des deux partis qui se partagent déjà le pouvoir depuis l’instauration de la Ve République – PS et UMP.

Il faudrait déjà définir ce que l’on entend par utile. Utile pour qui ? pour quoi ? Si notre objectif est de virer Sarkozy et sa clique de l’Élysée, il faut réfléchir à qui a la meilleure chance de le battre. Hollande ? Ce n’est même plus sûr. Certes ! les sondages le donnent favori. Mais les sondages se trompent souvent. Ils sont de toute façon testés sur si peu de personnes (Ifop par exemple se sert de moins de 1000 sondés) qu’ils ne veulent pas dire grand chose. Quand on compare les résultats des sondages avec quelques autres faits, on constate des étrangetés. Par exemple le fait que Mélenchon arrive à remplir des salles de 9 000 personnes (c’est-à-dire quasiment autant que Hollande) alors qu’il est bien plus bas dans les sondages et qu’il ne bénéficie pas du tout de la même couverture médiatique. Ou que le FN, plutôt haut dans les sondages pour une grosse élection comme la présidentielle, n’arrive presque jamais à gagner de petites élections comme les municipales (zéro maire en ce moment je crois, chiffres durs à trouver…). Alors, sur quel « cheval » se baser ? Qui sera capable de jouer les héros contre Sarkozy ? Hollande, Mélenchon, Le Pen ou même Bayrou ? Bien hasardeux métier que celui de pronostiqueur politique !

Plutôt que de changer de président, on peut vouloir – plus fondamentalement – changer de politique socio-économique (soit : arrêter d’être dans une logique libérale). Hollande n’a dans ce cas pas grande chance de constituer un « vote utile », lui qui défend l’austérité, qui ne compte pas revenir sur les massives suppressions de poste dans l’Éducation nationale opérées sous Sarkozy ou qui n’est jamais très clair quand il s’agit de s’opposer aux mesures ultra-libérales prônées par le couple Sarko-Merkel (exemple actuel : le MES).

Une fois Hollande écarté, il reste :
- Bayrou, qu’on peut rayer aussi pour les mêmes raisons (le « centre » a de toute façon toujours été à droite) ;
- Le Pen, ni vraiment libéral ni vraiment socialiste mais plutôt de l’ordre du… grand n’importe quoi. Le programme économique du FN, on dirait un peu qu’il a été écrit par un gamin de quatre ans. Du genre : « -Vous proposez quoi ? -On veut sortir de la zone euro ! -Comment mettrez-vous cela en place ? -Heu, on a qu’à dire que 1 nouveau franc = 1 euro et puis voilà ! » (même le Medef s’était senti obligé de pondre un texte pour expliquer que le FN n’était pas libéral mais « anti-économique ») ;
- Joly, qui, avec son passé de juge d’instruction luttant contre la finance pourrie et ses discours mêlant écologie et antilibéralisme, m’est plutôt sympathique mais qui évolue au sein d’un parti étrange (parce que comptant à la fois des ultra-libéraux comme Cohn-Bendit et des altermondialistes comme Bové), spécialiste des coups dans le dos ;
- Poutou, ou Arthaud, qui ont des discours plutôt intéressants (surtout le premier des deux candidats) mais qui se retrouvent isolé du fait des conduites et des choix passés de leurs partis respectifs ;
- Mélenchon.

Lui, j’l'aime bien. Si je vais voter ça sera pour lui. Parce que « utile » je le conçois seulement comme utile à mes intérêts de classe, moi qui fais partie – comme tant d’autres – de ce nouveau prolétariat que constituent les « précaires ». Et puis : pour une fois qu’il y a un candidat vraiment socialiste, de gauche, qui a l’air sincère quand il parle de casser la logique libérale, de « replacer l’humain au centre des priorités » et qui, surtout, a des chances d’être élu… Profitons en !

(Mais n’oubliez pas : le politique, le changement, ça passe d’abord pas vous. Il n’y aura jamais de sauveur qui viendra des urnes.)

La théorie du genre n’existe pas

En écho à la demande de plusieurs députés pour virer des manuels scolaires de SVT la référence au genre, on a vu fleurir sur la Toile de nombreux billets venant soutenir l’attaque contre les bouquins Hachette.

Tous s’en prennent à la « théorie du genre ». Mais voilà, la théorie du genre n’existe pas. Il n’y a qu’un concept, le genre ou gender, utilisé en sciences humaines (sur lequel je suis déjà revenu) pour désigner le « sexe social » (Delphy) : cet ensemble de codes sociaux qui font qu’on allie à chaque sexe des comportements et des valeurs particuliers.

La « théorie du genre » est une invention des penseurs de droite et des cathos conservateurs, expression malheureusement reprise par les politiques et les journalistes qui ne donnent pas toujours l’impression de savoir de quoi ils parlent. D’ailleurs, sur Wikipédia, on ne trouve pas de page « Théorie du genre ». Une sur le concept de genre en sciences sociales, oui, une autre sur la Théorie Queer (mouvement le plus radical parmi les études sur le genre), aussi, mais c’est loin d’être la même chose.

Parler de « théorie du genre » donne l’impression qu’il existe un consensus autour de la notion de genre, qu’on a même là une idéologie (le mot est lâché plusieurs fois sur les blogs, ici ou par exemple). Mais non : parmi la multitude de chercheurs utilisant ce concept, il y a une pluralité d’approches et de travaux scientifiques.

Une impression étrange se dégage des textes attaquant cette prétendue « théorie du genre ». C’est comme si leurs auteurs avaient un fantasme : être les victimes d’une conspiration de féministes et d’homosexuels qui voudraient convertir leurs enfants, via les manuels Hachette, à une nouvelle idéologie décadente qui pratique la négation des sexes et souhaite – horreur suprême  ! – que chacun soit libre de choisir son orientation sexuelle.

Parler de genre revient simplement à dire : il y a une différence entre être mâle et être masculin. Où certains voient là-dedans une « négation de la différence des sexes » ?

Mais peut-être que le plus dérangeant quand on parle de genres, c’est que cela signifie qu’il n’y a pas de « nature » féminine, ou masculine. Les femmes seraient plus intuitives, plus tolérantes ou douces, dotées d’un “instinct maternel” ? Les hommes seraient davantage portés vers l’action, soumis à un « besoin sexuel » plus important, auraient un meilleur sens de l’orientation ? Et tout ça grâce à la biologie et à l’anatomie des corps respectifs ? Vastes foutaises.

Oui, c’est sans doute ça qui dérange avec le genre. Ce concept peut-être utilisé comme une arme par tous les oppressés – femmes, homosexuel.les, garçons qui refusent la virilité-prison. S’il n’y a pas de « nature féminine » il n’y a pas de raison que les femmes restent à la maison, pas plus que les pédés ne sortent pas du placard, ou que tout un chacun ait envie de dépasser les barreaux de l’hétérosexualité pour jouer avec son identité sexuée. Les inégalités et les oppressions entre les sexes, les genres, ne sont pas des données « naturelles ». Ce sont des faits sociaux. On peut donc les renverser.

Il y a quand même un sacré décalage : alors que les queers s’activent pour envoyer valser l’idée qu’il n’y a que deux genres, voilà que les députés et quelques autres viennent remettre en cause l’existence même des genres…

Quelques députés UMP, les genres et la biologie

Quatre-vingt députés UMP (dont le détestable Christian Vanneste, au hasard) viennent d’écrire à Luc Chatel, sinistre de l’Éducation nationale, pour lui demander le retrait de manuels scolaires qui expliquent « l’identité sexuelle » des individus autant par le contexte socio-culturel que par leur sexe biologique.

Selon eux, la théorie des genres est une « théorie philosophique et sociologique qui n’est pas scientifique ». Étudiants, souvenez-vous en : pour cette droite-là, réactionnaire et visiblement anti-intellectuelle, les sciences sociales ne sont pas dignes d’être considérées comme scientifiques.

Mais ce n’est pas cela le plus navrant. Revenons sur cette fameuse « théorie des genres ». Pour les non-initiés, qu’es aquò ? Dès les années 1930, grâce à plusieurs ethnologues – dont Margaret Mead – on se rend compte qu’en fonction de l’endroit du globe où l’on se trouve les valeurs et les comportements associés au maculin et au féminin divergent radicalement : dans la tribu des Chambuli en Nouvelle-Guinée, être masculin signifie avant tout ne se préoccuper que de danse et de coquetterie par exemple ! Le terme « gender » a donc été utilisé pour désigner le « sexe social », tout cet ensemble de codes sociaux qui construit notre identité sexuée, qui fabrique des hommes et des femmes en quelque sorte, à partir du sexe biologique.

Les députés signataires, faisant preuve d’une inculture assez incroyable et navrante, entendent donc revenir sur quatre-vingt années d’études ethnographiques et sociologiques qui s’attachent à expliquer comment « on ne nait pas femme, on le devient », pour reprendre les célèbres mots de Simone de Beauvoir (remplacez « femme » par « homme » ça marche aussi).

Eux ne veulent se baser que sur le « biologique ». Sauf que… la sexuation humaine est un bazar innommable, rétif à toute classification, et ceux qui voudraient encore aujourd’hui classer les individus en « homme » OU « femme » se retrouvent bien emmerdés.

Et cette réalité est tristement méconnue, si bien que quand Rue89 s’attache à démontrer l’imbécilité du projet UMP le journaliste écrit, en toute bonne foi (et c’est bien cela qui est triste), « Il y a donc bien une réalité naturelle indépassable qui fait limite, une assignation chromosomique sexuée à partir de laquelle on dit de telle personne qu’elle est un homme, et de telle autre qu’elle est une femme ».

En vérité, c’est faux. Par exemple on peut posséder les chromosomes XY et être pourtant doté d’un vagin et d’une apparence parfaitement féminine, c’est le cas des « testicules féminisants ». En se basant sur les dernières découvertes de la médecine, il faudrait considérer qu’il y a quatre sexuations chez l’humain : une sexuation anatomique (vagin ou pénis, ou autre chose pour les cas d’enfants nés interxes), une sexuation gonadique (ovaires ou testicules), une sexuation chromosomique (XX ou XY), une sexuation hormonale (testostérone ou œstrogène). Ce à quoi il faudrait rajouter le sentiment d’appartenance à un sexe, qui semble se conduire de façon indépendante de tout le reste.

La combinaison des quatre éléments offre de nombreuses possibilités. On peut, par exemple, avoir des gonades masculines (des testicules) mais une production d’hormones plus féminine. Le fait que l’un de ces éléments soit masculin n’implique pas forcément que les autres le seront aussi, même s’il y a une certaine relation, puisqu’avoir des chromosomes XY semble permettre la formation des testicules.

Et c’est même encore plus complexe car chacun de ces éléments n’est pas soit masculin soit féminin, mais toujours plus ou moins masculin ou féminin. Exemple avec les hormones. Les androgènes sont des hormones mâles, les œstrogènes et la progestérone sont des hormones femelles. Pourtant, on trouve toutes ces hormones dans le sang des hommes comme des femmes. C’est seulement le dosage qui détermine le sexe : les hommes produisent beaucoup plus d’androgènes, et de la progestérone à faible dose seulement. Cette situation est d’ailleurs si ambiguë que le CIO (Comité international olympique) a imposé en 1999 un « certificat de féminité », par peur que des hommes d’apparence féminine courent à la place des femmes.

On continue pourtant à diviser l’humanité en hommes OU femmes alors qu’on devrait plutôt reconnaître l’existence d‘une multitude inconnue de sexes, c’est bien que le regard social posé sur cette réalité biologique des sexes, difficile à appréhender parce que diversifiée, est si fort qu’on adapte notre vision de la sexuation humaine en fonction de la théorie qui dit qu’il n’y a que deux sexes-genres.

Donc, ces députes UMP, qui feraient mieux de retourner à la fac au lieu de nous gonfler de leurs inepties, affirment deux principales absurdités :

  • que la « théorie des genres » n’est pas scientifique alors qu’elle a, en quatre-vingt ans, de multiples fois fait ses preuves ;
  • qu’il faudrait se baser uniquement sur le biologique MAIS ils semblent ignorer que la réalité biologique dément justement leurs fantasmes de garçons et filles bien à leur place et chacun de leur coté.

Il est vrai que, dans les rues, on ne croise encore presque que des “hommes” et des “femmes” – ces comédiens du genre – et peu de genderfuckers, mais ça change. Dans cette époque où les identités sont en crise, et l’identité masculine peut-être particulièrement, les positionnements à la fois personnels, communautaires et politiques face au système sexe-genre-sexualité ne peuvent que bouger. Le carnaval permanent est en marche.

(Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, je conseille un bouquin qui fait le tour de toutes ces questions et qui est plutôt bien écrit – c’est loin d’être toujours le cas en sciences sociales ! – et facile à lire :
DORLIN Elsa, Sexe, genre et sexualités, Paris, éditions Presses universitaires de France, 2008)

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