Benalla et violences policières

Le « scandale » #Benalla se trompe de cible. Pour ma part, peu m’importe que ce soit un « vrai » policier ou un sbire du président qui tabassent des manifestants. On s’indigne- à raison – sur les deux personnes étranglées et frappées par Benalla. Mais pour tous-tes ceux et celles qui ont participé à des manifs ces derniers temps, ce genre de scène est presque devenu banal.

Depuis 2 ans à peu près, les témoignages et vidéos de policiers français tabassant des manifestant-es augmentent de façon exponentielle. Et même pas besoin d’être proche des mouvements écolos et/ou libertaires pour les voir, ils sont disponibles sur youtube et facebook si on prend la peine de chercher.

Les manifs parisiennes contre la loi « Travaille ! » de 2016, l’ « évacuation » de NDDL, les manifs lycéennes de 2018 : quelques exemples de mouvements qui auront vu les matraques s’en donner à cœur joie, les flash-balls tirer, les grenades exploser. Une main arrachée à Nantes, un pied à Bure, plusieurs yeux crevés, des plaies sur tout le corps… Allez fouiller sur le Net, les images parlent d’elles-mêmes : les policiers, de plus en plus armés lourdement, terrorisent dans les corps ceux qui se battent pour un autre monde.

Peut-être bien que ça avait commencé avant. Je me souviens des manifs toulousaines fin 2014 suite à la mort de Rémy Fraisse à la ZAD du Testet, proche de la ville rose. De l’une d’elle en particulier. Les policiers avaient bloqué toute la manifestation pendant 2 heures, deux lignes de CRS chargeant à l’avant et à l’arrière, la BAC en renfort, et des tireurs de flash-balls sur les côtés. On ne pouvait pas partir, on se faisait charger sans cesse, obligés de courir en permanence. Violences policières gratuites qui n’avaient qu’un but : dissuader de revenir.

Et encore, la violence subie par certaines banlieues semble bien pire. Rien que sur les actualités récentes : un homme tué à Nantes « par accident » lors d’un banal contrôle d’identité. Banal mais l’arme au point dirigé vers le visage. Et aussi : la marche des proches d’Adama Traoré, jeune homme mort le jour de son anniversaire dans la cour d’une brigade de police, dans des circonstances plus que troubles.

Pour aller plus loin dans le sordide, ajoutons que la violence policière s’abat aussi sur les migrant-es les plus vulnérables. Les témoignages des associations présentes à Calais sont glaçants : destruction de tentes, de téléphones portables, policiers qui urinent sur les affaires des migrant-es, matériel de camping jeté à l’eau…

Je laisse la suite à l’écriture de Fréderic Lordon, qui le fait bien mieux que moi :

https://blog.mondediplo.net/benalla-et-l-arc-d-extreme-droi…

Sur les manifs toulousaines (ce blog) :
https://leglandeur.wordpress.com/…/toulouse-violences-poli…/

Sur Adama Traoré :
https://www.lemonde.fr/…/adama-traore-le-pompier-qui-contre…
ou https://www.lemonde.fr/…/a-beaumont-sur-oise-une-marche-pou…

Sur les lycéens en 2018 :
https://lundi.am/Temoignage-d-une-arretee-du-lycee-Arago

Sur la violence contre les migrant-es à Calais :
https://www.bastamag.net/A-Calais-les-violences-policieres

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Nous en sommes donc là

Depuis les élections, j’ai ce constat 50% cynique mais 100% malaise : si Le Pen avait été élue, elle n’aurait pas pu aller aussi loin dans l’horreur que Macron. Car elle aurait eu contre elle une bonne partie de l’opinion et des médias. Macron, avec son sourire de jeune winner, n’a pas la même image puante que le FN et pourtant…

… Et pourtant, en plein hiver, à Paris des policiers lacèrent les tentes des migrants (tentes distribuées par des assos), jettent à la poubelle couvertures et duvets, harcèlent les personnes quand ils essayent de dormir chaque nuit à la rue. Le ministre de l’intérieur demande officiellement aux centres d’hébergement d’urgence de trier selon la nationalité ceux qui ont le droit de passer quelques heures à l’abri. Et au passage, de demander aux travailleurs sociaux de dénoncer les sans-papiers. À Calais, les CRS empoissonnent les bidons d’eau des migrants de Calais au gaz lacrymogène, volent les affaires personnelles et détruisent les abris de fortune. Dans les Alpes, les gendarmes traquent et reconduisent les personnes migrantes (dont de nombreux mineurs) à la frontière italienne, c’est-à-dire en pleine montagne dans la neige et le gel.

On pourrait s’indigner parce que l’État français ne respecte ni ses propres lois, ni les traités sur le droit d’asile (dans les Alpes les hommes se font expulser avant même d’avoir pu déposer un dossier), ni les droits de l’humain les plus élémentaires. De plus en plus d’actions des « forces de l’ordre » ressemblent à de la tentative d’homicide pure et simple. Par ces températures, priver les gens de couverture et de tente, ou bien les déposer seuls en pleine montagne… Vous êtes sérieux ? Vous arrivez à dormir en faisant ça au quotidien ?

Heureusement des gens s’organisent pour redonner un peu de dignité à ce pays. Des citoyen-nes ordinaires secourent ces jeunes migrants qui traversent les cols et les rivières glacées sans équipement, parfois même pieds nus… ils leur offrent un refuge pour quelques jours, parfois de l’aide pour faire valoir leurs droits. Des guides de haute montagne et des secouristes utilisent leur matériel pour sauver des vies. Tous ces gens là risquent chaque jour la condamnation de la justice française.

Partout en France des gens pensent et font vivre des réseaux comme Welcome pour accueillir quelques jours, quelques semaines, des gens sans ressources chez eux. Certains font même un travail de plaidoyer remarquable pour que la presse fasse enfin son boulot et contre un peu la propagande gouvernementale.

Des étudiant-es réquisitionnent et squattent de force leurs facultés pour en faire des logements de fortune partagé avec qui à besoin, pour se mettre à l’abri du froid et de l’hiver. Ces étudiant-es doivent affronter la police pour tenir ouvert ces refuges face à un État qui est prêt à utiliser la violence pour que des gens continuent à crever dehors.

Nous en sommes donc là. Quand des gens s’organisent pour ne pas laisser d’autres mourir, quand des gens se rassemblent et prennent au sérieux la question du logement et des migrations, l’État envoie ses sbires armés ou une justice qui fait de la solidarité un délit. Jamais l’impression de vivre dans une société essentiellement CRIMINELLE n’a été aussi forte.

*

Et toute cette horreur que l’État fait vivre aux personnes migrantes, on est bien obligé de la mettre en lien avec la mise au pli des procédures démocratiques, les manifestations interdites, les réformes ultralibérales… Le grand patronat jubile, les députés front national applaudissent… Ça devient de plus en plus difficile de s’ôter de la tête l’impression de vivre dans un pays doucement d’extrême-droite. (Même le Washington Post accuse le gouvernement Macron de mener un programme politique similaire au FN.)

Mais facho n’est qu’un mot et je ne me battrai pas pour sa reconnaissance. Reste les pratiques. Les pratiques bien réelles d’un État qui s’en prend à ceux qui, déjà, étaient bien au fond du trou. À croire que dormir dehors en plein hiver n’est pas suffisant, qu’avoir subi l’exil de son pays n’est pas suffisant, qu’avoir vécu cette traversée plus que dangereuse avec cette Lybie comme nouvel Enfer (tortures, viols, esclavage) n’est pas suffisant…

Sur l’eau empoisonnée à Calais :

http://www.liberation.fr/france/2017/07/11/a-calais-quand-ils-ont-compris-que-l-eau-n-etait-pas-buvable-ils-l-ont-jetee_1583179

Sur les tentes lacérées, les couvertures jetés à Paris et ailleurs… :

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/12/16/en-france-une-politique-migratoire-d-une-durete-sans-precedent_5230634_1654200.html

Sur les étudiant-es qui occupent les facs pour loger les sans-abris :

https://lundi.am/Le-mouvement-d-occupations-contre-les-politiques-migratoires-continue

Sur les mineurs étrangers abandonnés en pleine montagne de nuit :

http://www.telerama.fr/radio/des-mineurs-etrangers-abandonnes-de-nuit-dans-la-montagne-par-la-gendarmerie-un-reportage-glacant-de,n5353619.php

Témoignage sur la situation dans les Alpes :

http://www.nouvelobs.com/videos/vlpkrz.DGT/on-est-a-bout-venez-nous-aider-le-sos-d-un-benevole-au-secours-des-migrants.html

Sur l’analyse du Washington Post concernant la politique migratoire française :

https://www.lesrepliques.com/Macron-selon-The-Washington-Post_a2347.html

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État de droit et jeunes loups carriéristes

Écrit le 8 octobre 2017.

« Oubliez le FN et leurs conneries, mais oubliez-les bordel de merde ! et regardez devant, ce qui nous arrive : les sociaux-démocrates… Souriez, vous êtes gérés ! Il ne s’agit plus d’aboyer maintenant, mais bien d’entrer, avec votre salaire minimum de croissance, dans l’atermoiement illimité des sociétés sécurisées. » (Damasio)

« À ce titre, le véritable danger auquel nous sommes désormais confrontés vient peut-être moins, comme on le croit souvent, de partis « extrémistes » : partis instrumentalisés comme épouvantails le soir d’élections pour gonfler le prétendu vote « utile », sur fond de discours antifascistes d’opérette (…) Mais de la très insidieuse, et du coup très efficace, dérive autoritaire et anti-démocratique de partis perçus comme « démocratiques » et qui le sont en réalité de moins en moins. » (Serrano)

Tranquille, juste après avoir supprimé un ensemble de protections juridiques et sociales pour les salariés, le gouvernement officialise la sortie, pour la France, d’un État de droit. Il donne au Ministère de l’Intérieur, à la police et aux préfets des pouvoirs exorbitants.

Rappel : « Un État de droit est celui dont le droit protège n’importe lequel de ses résidents de l’arbitraire de l’État. » Notamment en organisant une séparation entre les trois pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. La France était déjà mal en point avec un pouvoir législatif quasi inexistant. On a beau avoir une Assemblée plus un Sénat, dans les faits plus de 80% des lois sont d’origine gouvernementales. L’arrivée des député-e-s LREM et des ordonnances ont fortement accentué le mouvement : l’Assemblée est une chambre vide qui n’a plus de réel pouvoir. Plus de débat, plus de prise de décisions – et les gesticulations de Mélenchon n’y changeront pas grand chose malheureusement.

Avec cette nouvelle loi dite « de lutte contre le terrorisme », et celle sur le code du travail, c’est le pouvoir judiciaire qui, à son tour, est réduit à pas grand chose. Les flics n’ont plus besoin de demander l’accord d’un juge (dont le travail était de vérifier la conformité avec la loi et que les preuves étaient suffisantes) avant d’intervenir et de punir. Ils peuvent assigner à résidence des personnes, perquisitionner à domicile, fermer des lieux de culte, mettre en place des « périmètres de sécurité » (pratique pour empêcher une manif)… Sans réel contrôle judiciaire donc, et encore pire, sans avoir besoin besoin de fournir des preuves avant d’intervenir. Mais seulement de soupçons.

Macron et Collomb font le même lapsus, disant « sortir de l’État de droit » au lieu de « l’État d’urgence ». La blague serait presque drôle si l’on ne riait pas aussi jaune. Car ça fait déjà quelques mois que police et gouvernement marchent main dans la main pour dépasser tous les curseurs d’alarme.

Je me souviens des 639 manifs (écolos et/ou de gauche ) interdites en seulement un an et demi au nom de la lutte contre le terrorisme. Sur ces 639 manifs interdites, 574 étaient des événements contre la Loi « Travaille ! ». Le fameux « terrorisme » auquel s’attaque le gouvernement, jamais clairement défini, n’est donc pas celui qui pose des bombes au Bataclan, mais celui qui veut marcher dans la rue pour s’opposer à la hausse continue des inégalités depuis 30 ans suite aux politiques néolibérales.

Je me souviens des tabassages en règle de manifestants par la Bac ou les CRS, des yeux perdus, des nez pétés, des hématomes dus au flashball ou aux coups de matraque, des gazs lacrymos projetés directement dans les yeux de manifestants assis et déguisés en clowns pacifistes… et même des morts, dont Rémy Fraisse dans le Tarn aura été la plus médiatisée.

Je me souviens qu’en 22 mois d’état d’urgence il y a eu 6000 perquisitions… pour seulement 30 enquêtes liées au terrorisme et un résultat final de 20 mises en examen. L’énorme majorité des opérations policières déployées (99,7% au regard des chiffres ci dessus donnés par Mediapart) n’ont donc pas visé des vrais « terroristes ». Mais soit des militants de mouvements sociaux ou contestataires. Soit des personnes racisées dénoncées parce qu’elle portait une barbe ou un foulard.

En plus il y a des airs de Orwell (1984). Le gouvernement sait choisir ses mots. Les perquisitions sont désormais des « visites domiciliaires ». Pourtant, une perquisition ça peut laisser des traumatismes. Quand des dizaines de flics cagoulés défoncent la porte de ton appartement, armes au point, te passent les menottes, détruisent tout chez toi pour chercher des preuves…

Même la pourtant timide et mesurée Commission nationale des droits de l’homme demandait au gouvernement d’abandonner le projet. Même l’ONU, via deux de ces experts, s’est senti obligé de lancé une alerte sur le sujet. En fait les structures officielles, peu soupçonnables d’être d’extrême gauche ou de s’inquiéter pour rien, sont nombreuses à lancer des alarmes : ACAT, Amnesty international, Action droits des musulmans, LDH, Quadrature du Net, Observatoire international des prisons, GISTI, Credof, Human Rights Watch, Syndicat de la magistrature…

Le récent procès dit « de la voiture de police brulée » résonne comme une triste illustration de ce qui est en train de se passer. Neuf militants d’extrême gauche jugés sur la seule base d’un témoignage anonyme d’un policier, que la défense n’aura pas pu interroger de tout le procès, alors même que les images des caméras tendaient à montrer l’innocence des personnes. Une très inquiétante façon de rendre « justice ».

Mais après tout, le gouvernement avait prévenu : le 24 novembre 2015 il envoyait une notification au Conseil de l’Europe pour prévenir que la France allait « déroger » à la Convention européenne des droits de l’homme. Alors bon…

Je reécoute mes vieux classiques punks et ça dit : « Les jeunes loups carriéristes, préfabriqués et conformistes, seront la prochaine élite fasciste ».

Ça donne drôlement juste fin 2017.

Sur la loi antiterroriste et l’état d’urgence :

https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/etat-durgence-etat-dexception

Sur les nombreuses remises en cause du droit à manifester :

https://www.mediapart.fr/journal/france/300517/depuis-2015-letat-durgence-grignote-le-droit-de-manifester

Sur le procès de la voiture brulée :

https://lundi.am/jour4-Alain-Damasio

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Ceux qui ne sont rien

Écrit le 3 juillet 2017.

Le plus navrant dans cette histoire de Macron et son « ceux qui ne sont rien », ce n’est même pas son mépris vis-à-vis des gens ordinaires (ça on a l’habitude venant de ce genre de salaud).
Le plus navrant c’est cette incapacité à penser que « réussir sa vie » ça peut vouloir dire autre chose que gagner plein de fric et écraser les autres.

J’ai l’impression de réussir ma vie quand je fais un job qui est d’abord un acte de militantisme pour faire bouger les lignes, qu’il a du sens car utile à d’autres ; réussir ma vie à chaque fois que je fais une rando en pleine nature et que je m’émerveille tout seul comme un gamin ; à chaque fois que je suis entouré de potes et qu’il y a dans ce collectif quelque chose de magique ; à chaque fois que je fais l’amour et que je redécouvre le goût des filles ; à chaque fois que je lis pendant des heures en oubliant complètement que le monde autour existe ; à chaque fois que je parviens à écrire un poème dont je suis fier ; à chaque fois que je regarde le mer et l’incroyable couleur vive qu’elle a ici…

Je ne pense pas être juste un hippie (même si je le suis un peu). Je constate autour de moi que la plupart des gens ont des ambitions un peu plus saines, et surtout plus éthiques, que s’en mettre plein les poches au détriment des autres. ET HEUREUSEMENT.

Heureusement que les « gens qui ne sont rien » sont un peu plus sages que ce gars au pouvoir. Plus imaginatifs aussi. Je ne sais pas si ça a un sens, « réussir sa vie », mais je sais que si ce sens existe il est forcément différent pour chacun, et je suis heureux de voir quand chacun suit sa propre route, poursuit ses propres obsessions en dehors de toute considération marchande. Que ce soit du militantisme ou un goût immodéré pour la poésie du Moyen-âge, la philosophie ou la passion de l’apéro : qu’importe ! Je suis content de voir que les gens ne laissent pas réduire leur vie à ce mantras idiot FRIC REUSSIR FRIC REUSSIR.

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Macron-le-centriste

Écrit le 10 juin 2017

Il y a encore (beaucoup, en fait) des médias pour considérer Macron comme « centriste ». Il va falloir qu’on nous explique ce qu’est le Centre dans cette conception de la politique… Pour ma part je constate :

1.Qu’au niveau économique, Macron est sans aucune hésitation le président le plus libéral que la France ait jamais connu. Malgré tous les beaux mots positifs savamment choisis par le gouvernement, le programme de base est assez simple : une casse du Code du travail et des protections pour les salariés qu’il impliquait. Fin de la durée légale du travail (adieu heures sup’ mieux payées), travail plus fréquent et moins payé le week-end et les nuits, contrats de travail plus précaires, blocage des indemnités licenciements, fin des accords de branche… Bref, on sait ce que ça a donné en Angleterre ou Allemagne qui ont déjà, tout ou partie, adoptés de telles « réformes » (le nouveau mot pour dire casses) : conditions de travail plus précaires, explosion du nombre de pauvres… Il faut ajouter la modification du chômage, qui reste encore très floue. Mais ce qui se semble se profiler c’est une baisse des montants chômage et davantage de contrôle sur les chômeurs.Tout ça au nom de l’argument mille fois répété mais jamais démontré : trop de contraintes sur les entreprises nuit à l’emploi (contraintes = droits des travailleurs et cotisations chômages, retraites…). En gros la modernisation Macron c’est foutre en l’air les systèmes de solidarité nationale mis en place par le Front Populaire et le Conseil National de la résistance.

2.Qu’au niveau démocratique, il veut court-circuiter l’assemblée nationale, pourtant organe le plus démocratique de la 5e république, en légiférant par « ordonnances ». Entre ça et la dérive sécuritaire (ci-dessous), c’est la séparation des pouvoirs qui en prend un sacré coup au profit exclusif de l’exécutif. Heureusement qu’il y a eu un Front Républicain pour défendre nos institutions, hein.

3.Qu’au niveau des libertés individuelles et collectives, le nouveau gouvernement est très flippant. Non seulement l’état d’urgence et toutes ses dérives autoritaires est encore prolongé de plusieurs mois, mais en plus ils projettent de faire entrer dans le droit commun les mesures de l’état d’urgence censé être exceptionnelles. Et ils vont même plus loin ! Par exemple la possibilité pour le Ministère de l’intérieur d’obliger une personne à donner tous ses identifiants numériques.
Cette annonce tombe au moment même où Amnesty International s’alarme des dérives autoritaires de l’Etat Français : au nom de la lutte contre le terrorisme, ce sont des manifestations de gauche et/ou écologistes qui sont interdites, ce sont des gardes à vue sans vraie raison, ce sont les violences policières qui sont en augmentation flagrante, l’utilisation autorisée d’un lot de plus en plus important d’armes en tout genre. L’état d’urgence (bientôt permanent) : pas d’effet sur le terrorisme mais un arsenal d’outils bien pratique pour réprimer, parfois dans le sang, les contestations politiques (combien de manifestants ont perdu un oeil ces dernières années ? Ou Amnesty parle de plus d’un millier de blessés lors des manifs contre la loi travail. Ou dernier exemple le 1er mai à Paris : 10% des manifestants du cortège de tête ont fini ont été blessés selon la team des Street Medics… à ce stade ce ne sont plus des bavures mais une volonté assumée de marquer dans les chairs, de blesser).

Si le FN avait fait seulement 1/3 de ces faits, on aurait hurlé au fascisme (peut-être à raison), si la France insoumise l’avait proposé, on aurait hurlé au bolchévisme, à la terreur rouge… mais comme c’est Macron-le-centriste, tout va bien…

sur la casse du code du travail :
http://www.lemonde.fr/…/droit-du-travail-une-reforme-direct…

sur la dérive sécuritaire :
https://www.nextinpact.com/…/104503-ligne-par-ligne-lavant-…

le rapport d’Amnesty international :
https://www.amnesty.org/fr/documents/eur21/3364/2016/fr/

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Est-ce que ce monde est sérieux ?

Écrit le 24 avril 2017.

Et voilà que la machine s’emballe à nouveau. Les fascistes sont aux portes du palais. Alors il faudrait légitimer les salauds d’en face ? Ceux qui justement font le lit du FN avec 30 ans de politiques libérales dégueulasses ?

Il ne suffit pas d’agiter la menace du FN pour nous faire oublier LA CATASTROPHE QUI EST DEJA LA. Celle qui libéralise à tout va, soumettant hôpitaux et université aux lois du Dieu Marché. Celle qui sape tous les acquis sociaux du CNR. La retraite, le chômage, la sécurité sociale ? Oublié tout cela, has been, pauvres tarés.

Macron nous dit qu’il faut « moderniser », c’est-à-dire faire exactement la même chose que Hollande, Sarkozy et 30 ans de salauds avant lui. Qu’il faut « réformer », c’est-à-dire détruire. Détruire le système de sécurité sociale, le code du travail… Alors il est où le « antisystème » ? Elle est où la « révolution Macron » ? J’ai 27 ans et j’ai TOUJOURS entendu le même discours dans la bouche des dirigeants. Ils nous ressortent la même merde chaque année et le pire c’est que ça marche.

Tout le monde se foutait de Hollande et de sa gueule de flamby, n’empêche qu’avec la loi El Khomri et la loi macron c’est sans doute lui qui est allé le plus loin dans la filsdeputerie. Dans tous les cas dans deux semaines les électeurs vont voter pour son double en plus jeune, en plus charismatique mais tout aussi dangereux. Et le pire c’est qu’ils se féliciteront d’avoir échappé au péril fasciste.

Profitez en les gars, avec 5 ans de Macron c’est la meilleure voie pour que miss Bleu Marine revienne encore plus forte la prochaine fois. Ces dernières années on a bien vu que la politique libérale aidait à combattre le FN hein (putain 1.2 million d’électeurs en plus en 5 ans), alors surtout ne changez rien.

Le banquier ultralibéral ou la riche héritière fasciste ? C’est Francis qui avait raison. Est-ce que ce monde est sérieux ?

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Adieu, code du travail

"Badinter remet son rapport sur le Code du travail au Premier ministre" le 25 janv 2016, © Force Ouvrière

« Badinter remet son rapport sur le Code du travail au Premier ministre » le 25 janv 2016, © Force Ouvrière

Suivant la stratégie du « Plus c’est gros, plus ça passe », le Gouvernement vient de faire connaître le nouveau projet de « réforme » du code du travail. (En novlangue 2016, réforme = destruction pure et simple.) Celui-ci n’est pas encore passé devant le Parlement. Les débats promettent d’être houleux et on espère que de nombreux amendements seront modifiés. Mais cette stratégie gouvernementale fonctionne bien en général : les éléments du projet de loi les plus immédiatement scandaleux sont retirés pour calmer l’opposition, et le reste de la loi passera. Si elle était passé telle quelle au départ, elle aurait pourtant fait scandale.

Stratégie de manipulation de base : demander énormément pour obtenir beaucoup. Comme le disent si bien les amis du Monde Diplo :

Le pouvoir excelle dans les manœuvres consistant à laisser fuiter les dispositions les plus folles pour ensuite accréditer l’idée que le pire a été évité. Ainsi il a laissé courir le bruit que les heures supplémentaires ne seraient plus rémunérées pour finalement décider un plancher obligatoire de 10 %. Tout le monde crie victoire alors que jusqu’à présent la norme était de 25 %.

En théorie, ce projet de loi ne conteste pas directement sur les 35h qui sont censées rester la référence. Sauf que les façons de les contourner pour le patronat sont tellement nombreuses qu’elles en deviennent une coquille vide. Si encore il n’y avait que ça. De nombreux posts sur le Web résume tout ce à quoi s’attaque ce projet de loi. Et c’est désespérant. On croirait presque une blague. Mais non. Malheureusement.

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Le site 20minutes s’est « amusé » (on rit jaune) à comparer le futur droit du travail français à ses équivalents étrangers. Il en ressort que le droit du travail anglais, pourtant pas vraiment connu pour protéger les salariés, sera finalement plus avantageux que celui français. En fait même le droit du travail en Chine sera meilleur pour les travailleurs sur certains points ! (Par exemple sur le paiement des heures supplémentaires.)

Le détricotage du code du travail n’est pas une lubie nouvelle. Déjà sous les gouvernements de l’ère Chirac, des gus comme Jean-Pierre Raffarin s’y attelaient activement. Citons aussi Dominique de Villepin et son offensive « Contrats de 1ère embauche ». D’ailleurs, à l’époque, Mister Hollande commentait sur Libération :

Vous avez fait du code du travail le bouc émissaire de votre incapacité à créer de l’emploi et fait de son démantèlement l’objet même de votre politique.

On pourrait lui renvoyer exactement les mêmes mots aujourd’hui. Sous Sarkozy, tout s’est un peu accéléré ; la venue au pouvoir d’un PS qui n’a, depuis longtemps déjà, plus rien à voir avec le socialisme, n’a rien arrangé. En fait c’est même sous la Gôche que l’offensive s’est faite plus radicale encore. Le dernier texte de Myriam El Khomri n’est donc que la dernière mouture d’un mouvement vieux de plusieurs années, qui travaille toute la classe politique.

Ce n’est pas rassurant. Les décideurs n’ont même plus à faire semblant et ils paradent sans gène auprès des responsables du Medef. Myriam El Khomri l’avouait elle-même dans un entretien aux Échos le 18 février dernier :

L’objectif est de s’adapter aux besoins des entreprises.

Par entreprises, il faut bien sur entendre instances dirigeantes des entreprises. Les salariés, qui risquent fort de voir leurs droits s’évanouir au soleil, ne comptent pour rien.

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L’abstention ne sauvera pas le monde (les élections non plus)

Le genre d'image qu'on trouve beaucoup sur le Net anarchiste. Ces cons ne perçoivent même pas le paradoxe de ce genre d'incitations : « Si tu ne fais pas comme moi, c'est que tu es un mouton ».

Le genre d’image qu’on trouve beaucoup sur le Net anarchiste. Ces couillons ne perçoivent même pas le paradoxe de ce genre d’incitations : « Si tu ne fais pas comme moi, c’est que tu es un mouton ».

C’est la nouvelle marotte à la mode. La pensée déjà pré-mâchée qu’il fait bon de ressortir à chaque discussion sur les élections à venir. Depuis le début de l’année 2012 et les élections présidentielles de l’époque, je vois monter cette idée, assortie de ces phrases toutes faites qu’on peut répéter sans même y croire vraiment. On peut la résumer comme ça : voter ne sert à rien. À quoi il faudrait ajouter : l’abstention, c’est refuser ce système.

Donc voilà, la jolie attitude du rebelle qui, voyez-vous, ne s’en laisse pas conter par les médias, qui ne va pas voter mais surtout qui le revendique. Il y en a même pour croire qu’une abstention massive ferait s’écrouler le système. Dans tous les cas : abstiens-toi et tu seras cool.

L’ironie, c’est que ma culture politique a été faite avec les anarchistes. Et chez les anars, cette idée que le vote est une compromission, et que l’abstention est le top du top de la rebellitude, on la retrouve au moins depuis 1885 et la célèbre lettre d’Élisée Reclus. Je trouvais déjà très faible niveau réflexion cette valorisation de l’abstention, mais à la limite je pouvais la comprendre quand elle n’était tenue que par des anars : ça avait au moins le mérite de faire entendre une voix discordante dans le grand tintouin des célébrations « démocratiques ». Ça aura pris du temps, mais maintenant elle s’est répandue bien au-delà des cercles libertaires. Du coup l’idée en 2015 a perdu de son aura subversive : elle est répétée par beaucoup de gens divers et variés.

Qu’on soit bien clair : je ne suis absolument pas dupe sur la « démocratie » made in France 5e République. J’avais déjà publié un long billet pour expliquer ma position, je ne vais pas revenir dessus. On peut juste résumer ça comme cela : si je ne suis pas sur que voter soit très utile, c’est évident que l’abstention ne sert à rien.

En quoi ça va faire écrouler le système ? On vit dans un pays où l’abstention est déjà majoritaire à chaque élection ! Est-ce que ça a changé quelque chose ? Est-ce que nos dirigeants, qui se disent « élus » (toujours par une minorité, donc), se sont retirés en disant : « Ah je ne suis plus représentatif, je démissionne ». Évidemment que non ! Évidemment que tous (qu’ils soient de gauche ou d’extrême-droite) ont continué à fanfaronner aux quatre vents sur leur prétendue « victoire démocratique ».

Bon, vous me direz, c’est normal que ces pourris ne veulent pas ouvrir les yeux. Leur carrière et leurs intérêts les pousse à faire continuer ce jeu de dupe. Mais les citoyens, alors ! Mais nous ! De voir cette supercherie électorale ainsi dévoilée aurait du provoquer quelque chose, je ne sais pas moi, mais un début de réaction au moins. Mais non. Même les abstentionnistes, si fiers de leur posture rebelle-cool, n’ont rien fait. Je suis le premier que ça énerve, mais il faut se rendre à l’évidence.

L’abstention ne sert à rien. L’abstention ne changera jamais rien. Parce que les votes blancs et nuls ne sont pas comptabilisés. Parce qu’une élection ne sera jamais invalidée même si seulement 10 électeur sur 100 se déplacent aux urnes. Parce que les abstentionnistes ne forment pas un groupe homogène, et qu’ils n’ont ni les moyens ni même l’envie de faire entendre leur refus de ce système (bien faiblement exprimé, de toute façon).

À l’inverse, en votant on a quand même une petite chance de porter au pouvoir les clowns les moins tristes du lot. Évidemment que voter ce n’est pas la panacée, et que ce n’est pas comme ça qu’on changera en profondeur les choses. Mais il s’agit de prendre les élections pour ce qu’elles sont : un moment de la démocratie. Les médias dominants, et toute une part des responsables politiques, voudraient faire croire que c’est là LE geste démocratique par excellence. On est d’accord, c’est du bullshit.

Alors non les élections ne changeront pas le monde. Mais sous prétexte que la clé du politique ne se cache pas dans les élections, il faudrait jeter le bébé avec l’eau du bain ? Voter n’est pas plus important que participer à une association ou militer, par exemple. Mais voter est un des moments du politique, et c’est un moment important : nos dirigeants ont beaucoup de pouvoir aujourd’hui et ce pouvoir, quoi que tu en dises, et toujours donné par les urnes. Que tu votes ou pas ne changera pas le fait que ce pouvoir existe. Mais tu peux choisir qui utilisera ce pouvoir.

Je vais conclure avec deux points :

  • le fait de voter n’oblige pas à cautionner tout ce que fait l’équipe élue par la suite ;

  • mais voter n’est pas suffisant pour remplacer le militantisme, quel qu’il soit, sur le terrain.

Alors faisons les deux !

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Paris, place de la République : les mensonges se répètent

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Ce qui s’est passé à Paris, place de la République, ce weekend n’est pas sans rappeler les manifestations pour Sivens à Toulouse en fin d’année dernière. Même interdiction préalable de la manif au nom de la « sécurité ». Même tactique policière d’encerclement / immobilisation. Mêmes violences et mêmes tentatives de résistance des manifestants. Même traitement partisan des médias ne parlant que de la « violence » de prétendues « casseurs » – ça en devient si grotesque que c’est à se demander si un seul journaliste était vraiment sur place au moment des faits. Même discours des politiques qui vont condamner les prétendues « violences » en oubliant volontairement de parler du contenu politique des manifestations.

La différence cependant, c’est que la manif à République a rassemblé plus de gens qu’à Toulouse. Conséquences : les témoignages (textes, photos et vidéos) se multiplient sur le Net et le gouffre se creuse entre la version « officielle » des hommes politiques et des médias, et celles des gens comme vous et moi qui ont directement participé à l’événement.

Même interdiction préalable de la manif au nom de la « sécurité »

Avec Sivens, c’était au nom de la sécurité des Toulousains que le préfet avait interdit les manifestations. Pour cela, il jouait la corde déjà usée des dangereux-militants-écolos-qui-vont-tout-casser, les colorant au choix en « black block » ou en « terroristes verts ». Comme la fable n’était pas suffisante pour convaincre, tout avait été mis en place pour faire peur.

En arrivant en centre-ville, bien avant le lieu de rendez-vous de la manif, on croisait des policiers cagoulés et armés par dizaines. Le métro avait été fermé, des annonces par haut-parleur parlaient de la manifestation sans donner de précisions. Des groupes de CRS passaient chez les commerçants pour leur demander de fermer leur vitrine, pour éviter que les manifestants ne les brisent. Tout ça pour à peine 400 manifestants, dont un grand nombre déguisés en clowns arborant des slogans pacifistes, qui réussiront à faire à peine 500 mètres avant de se faire encerclés, gazés et frappés par la police. Mais qu’importe la réalité de cette petite manifestation pacifiste réprimée : les moyens et les méthodes déployés avaient réussis à faire croire au passant lambda que des hordes de gauchos-casseurs mettaient le centre-ville à feu et à sang.

Cette fois, le contexte se prête encore mieux à ce genre d’effet d’annonce jouant sur la peur. On est en plein « état d’urgence », ce qui tend à légitimer de fait tous les comportements policiers. Le gouvernement reprend des slogans fascistes que même la famille Le Pen avait arrêté d’utiliser : « La sécurité est la première des libertés ». Partout ça joue sur les sentiments, les émotions ; penser devient un exercice difficile et ceux qui s’y prêtent sont accusés de justifier les terroristes.

Aussi les interdictions se font à une toute autre échelle : c’est l’ensemble des marches pour le climat qui ont été interdites au niveau national. Certains y verront une mesure normale pour garantir la sécurité de tous. D’autres remarqueront que ces marches interdites étaient politisées, rassemblant une grande variété de personnes et d’idées ayant néanmoins en commun une lecture critique de la COP21 (marchés de Noël, stades sportifs et autres lieux de consommation restent eux ouverts). Parmi les cibles des quasi 2000 perquisitions qui ont eu lieu depuis les attentats du 13/11, il y a d’ailleurs eu de nombreux militants d’extrême-gauche, des écolos et même des maraîchers bio dont le seul tord étaient de s’être rendus à Notre-Dame-des-Landes. La « sécurité » peut cacher des motivations autrement politiques.

Même tactique policière d’encerclement / immobilisation

À Toulouse, les manifestants s’étaient rapidement trouvés bloqués par deux murs de CRS, l’un devant et l’autre derrière. Toutes les rues adjacentes étaient fermées par des policiers portant des flashballs. C’est dans cette zone close que les CRS avaient lancé des grenades lacrymogènes, puis avaient chargé – en cela largement aidés par les gens de la Bac, de loin les plus gratuitement violents.

Pour Paris, la tactique est très similaire : surnombre de policiers, encerclement des manifestants, charge dans les manifestants qui ne peuvent pas s’enfuir. Exemple avec un témoignage initialement publié sur Facebook :

Vers midi nous nous sommes retrouvés place de la République dans une atmosphère bon enfant, les gens mangeaient, discutaient, chantaient et dansaient. Assez rapidement les CRS ont bloqué toutes les rues adjacentes à la place de la République, je dis bien toutes les rues avant de bloquer les entrées de métro. Nous avons décidé de faire une marche sur la place en tournant en rond en scandant des slogans, la manifestation interdite s’étant transformée en manifestation « obligatoire ».

Ou un autre sur la blogosphère Médiapart :

Arrivée vers 13h30, sur certains axes la Place est bouclée. Un NOMBRE (oui, majuscule) de CRS tellement impressionnant que cela en devient ridicule. J’entre sur la place par la rue Léon Jouhaux, des CRS sont présents mais on me sourit, tout va bien. Je fais le tour, 1er constat, il y a beaucoup plus de CRS que de manifestants. (…) Ce que je n’ai pas encore saisi, c’est que la Place est peu à peu claquemurée.

Mêmes violences et mêmes tentatives de résistance des manifestants

Les journaux ont beaucoup parlé de « violences », de « vandalistes » en pointant du doigt les manifestants. À Toulouse comme à Paris, le décalage était pourtant grand entre ces discours et ceux relayés par les participants directs des événements. À chaque fois, tous témoignent des charges de CRS sur des foules pacifistes (les clowns en première ligne) qui ne peuvent de toute façon pas s’enfuir. On cherche également en vain les « casseurs » qui ne semblent être que des manifestants ripostant à l’agression qu’avec les faibles moyens à disposition.

À Toulouse :

Les premiers rangs de manifestants finissent par s’asseoir dans cette attente absurde. Des confettis sont jetés. Quelques filles dansent avec des clowns. Ambiance bon enfant, même si un peu plus loin on entend le slogan, repris en cœur, « Flics, porcs, assassins ». (…)

Pourtant une sorte de résistance des manifestants se met en place. Certains partagent des tubes de sérum physiologique pour se protéger les yeux, d’autres proposent du citron à mettre dans les écharpes – ça aide à masquer l’effet des lacrymos. Et d’autres, qui ont pensé à prendre des gants, font le choix de renvoyer les grenades lacrymos en direction des CRS. Ceux-là sont abondamment photographiés par les quelques journalistes présents – on les présentera sans doute comme les diaboliques « casseurs » qui provoquent la violence.

Et à Paris, République :

En face des CRS il n’y a plus que des clowns et beaucoup, beaucoup de journalistes. Et le spectacle devient vraiment comique, mais vraiment. Contre qui charge les CRS, je ne sais pas, et pourtant je suis là, je fais des photos, mais qui chargent-ils ? Ça ne peut pas être les 4 clowns, si…Non… « Moi, mais garçon regarde-moi, je pèse moins que tes pompes » ! Ce cirque est de tout évidence pour les médias. (…)

Les CRS ont gazés ceux qui étaient devant deux fois ce pourquoi quelques manifestants ont balancé une barrière métallique. (…) Les CRS ont donc commencé à envoyer des grenades lacrymogène dans la foule ce qui a provoqué des envois de projectiles de la part des manifestants.

Cette tactique policière a permis, les deux fois, d’interpeler un grand nombre de manifestants. À Toulouse certains avaient écopé de lourdes peines. Je crains que ce soit la même chose injuste à Paris.

Même traitement partisan des médias : où est la violence ?

Tous les médias ne vont pas aussi loin dans l’ignominie. Mais les réactions des manifestants parisiens sont globalement les mêmes que celle que j’avais eu en rentrant chez moi en novembre 2014.

Un Parisien sur Facebook :

Je viens de rentrer de Paris, j’allume les infos et évidemment les journalistes ne disent absolument pas ce qui c’est véritablement passé cet après-midi.

Moi sur ce blog :

Le soir, quand je regarde sur le Net le traitement médiatique de cette après-midi, je suis scandalisé. (…) Les titres disent : « La manifestation dégénère à Toulouse », « Arrestations et dégradations dans la manifestation Anti-Sivens », « Incidents à la manifestation contre les violences policières ». Toujours, le ou la journaliste font comme si la violence avait été le fait des manifestants. Nous nous sommes pourtant fait gazés alors que nous chantions, assis, des slogans ! D’autres parlent de « face à face tendu ». Mais ce n’était pas un face à face, nous étions encerclés, bloqués et harcelés par différentes troupes de CRS. Pas étonnant que la situation soit tendue pour les manifestants dans un rapport de force aussi inégal. D’un coté, des hommes surentrainés, suréquipés, qui sont légitimes à taper dans le tas ; et de l’autre des manifestants qui se protègent du gaz avec une écharpe, et n’ont pour eux, au mieux, que de renvoyer les grenades reçues.

À Paris, ce qui me marque le plus, c’est que les médias nous ont d’abord présenté la « profanation » par les manifestants de l’espace en hommage aux victimes des attentats. « Profanation », le mot est fort – il ne s’applique normalement qu’à un lieu sacré ou un lieu de culte, pas à un bricolage de bougies improvisé. Mais les nombreux témoignages, confortés par les photos et les vidéos postés sur les réseaux sociaux, montrent que ces bougies ont été piétinés par les CRS !

Il s’était passé un peu la même chose à Toulouse où une voiture avait commencé à bruler (pneus cramés et carrosserie noircie). Les médias avaient tous d’abord parlé de véhicule incendié par les manifestants. Un seul (France 3) avait très timidement (en légende d’une photographie sur leur site Web) pointé du doigt que c’était une grenade des CRS qui avait déclenché le feu, et pas les manifestants.

Même discours des politiques : condamner les prétendues violences et ne jamais parler des raisons politiques de la manifestation

Condamner en long, en large et en travers la « violence » des manifestants, même si celle-ci est impossible à documenter, est une excellente manière d’évacuer la dimension politique initiale des manifestations. Les gens ne se réunissaient pas pour rien dans la rue, ni à Toulouse ni à Paris. Mais ne comptez pas sur les médias et les hommes politiques pour parler de sujets sérieux.

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Mort de Rémi Fraisse : l’enquête de l’IGGN ne convainc pas

La ZAD du Testet, © Jean-Marc Aspe (Flickr)

La ZAD du Testet le 6 sept 2013, © Jean-Marc Aspe (Flickr)

Rémi Fraisse a été tué il y a un an sur la ZAD du Testet. Du coup les médias s’intéressent à nouveau au dossier, et on peut lire plusieurs journalistes commenter le retour de commission rogatoire de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) – soit l’enquête sur la mort du jeune homme, déposé depuis 7 mois déjà sur le bureau de la juge. Ce rapport est paradoxal a bien des égards. Mais faut-il vraiment s’en étonner quand on confie une enquête sur la mort d’un homme tué par des gendarmes… à d’autres gendarmes ?!

Ce qui est clair en tout cas, c’est que ce rapport ne convainc pas. Il ne convainc pas les gens de Reporterre, et ça on aurait pu s’y attendre tant le journal écolo est depuis le départ un allié de poids des zadistes, mais il ne convainc pas non plus des journalistes plus « mainstream » comme ceux du Monde.

Il faut dire aussi que les enquêteurs se contredisent eux-mêmes. Dans leur synthèse, il est donné plusieurs points :

  • à Sivens les gendarmes ont riposté « à des violences caractérisées, croissantes et incessantes »,

  • « les avertissements réglementaires ont été effectués avant chaque usage ou lancer de grenade »

  • et enfin, « la précaution d’utiliser une paire de jumelles [à vision nocturne] pour vérifier si personne ne se trouve dans la zone où il s’apprête à jeter la grenade démontre la volonté du chef J. d’éviter de blesser un manifestant ».

Sauf que… toutes ces affirmations sont contredites par le dossier même sur lequel elles se fondent. D’une part les témoignages des gendarmes présents lors du drame ne sont pas cohérents entre-eux ; d’autre part l’IGGN n’a pas vraiment pris la peine de chercher d’autres témoins non-militaires.

Point 1 : Une situation de violences caractérisées ?

C’est l’argument principal des gendarmes : l’usage d’une trentaine de grenades offensives (qui contiennent du TNT, un explosif) serait justifié par la situation de danger dans lequel les gendarmes se trouvaient. Problème : les gendarmes n’arrivent pas à se mettre d’accord sur ce danger.

Un gendarme n’a « pas vu de cocktail Molotov », un autre est « certain » d’en avoir vu, un troisième en a vu un, mais il a éclaté « à une dizaine de mètres » devant eux. Les vidéos des gendarmes auraient pu permettre de trancher la question, mais, très étrangement, la caméra n’a pas filmé les 10 minutes qui correspondent au moment fatidique de la mort du jeune homme. Avant et après ces 10 minutes de trou noir vidéo, on ne voit pas de cocktail Mototov.

Un autre point qui joue contre les gendarmes, c’est cette parole ambivalente du commandant de gendarmerie mobile. À 1 h 1, alors qu’il affirme que le « terrain [est] tenu, pas de gros soucis », il autorise le jet de grenades offensives. Enfin, rappelons que, du coté des gendarmes, il y a eu une seule blessure, celle d’un homme qui s’est fait mal au genou en trébuchant tout seul lors d’une sortie…

Point 2 : Les gendarmes ont-ils provoqué les affrontements ?

Devant cette impossibilité de documenter une prétendue situation de violences, les journalistes ne peuvent s’empêcher de se demander si l’envoi des grenades n’avait pas un autre objectif : faire des interpellations. Les témoignages concordent : les gendarmes ne sont pas restés dans le carré de 30 mètres de coté dont ils avaient la garde, mais ont procédé à plusieurs charges – dont une juste avant l’envoi de grenades et la mort de Rémi Fraisse.

Plusieurs éléments confortent cette hypothèse : les déclarations du préfet du Tarn qui avait demandé « une extrême fermeté », celles du directeur général de la gendarmerie qui auraient dit à ses hommes « On est attendu sur les interpellations », mais aussi le simple fait que les gendarmes étaient posté à un endroit où il n’y avait strictement rien à protéger.

Point 3 : Toutes les précautions ont-elles été prises avant l’envoi des grenades ?

Outre la situation de danger, les gendarmes doivent respecter certaines règles avant d’utiliser des grenades offensives. Elles doivent toujours être lancées après sommation, et jamais directement sur des personnes – leur explosion est dangereuse ; le tir doit être fait « en cloche ».

Le chef « J. » des gendarmes présents auraient donc du s’assurer qu’il n’y avait personne avant d’envoyer les grenades. Le projecteur des gendarmes était cassé ce soir-là. Il aurait donc du utiliser les jumelles de vision nocturne. Le chef affirme avoir fait cette vérification… mais les autres gendarmes présent n’en ont pas gardé de souvenir. Quand aux somations d’usage, elles ont bien été faites… mais sans mégaphone, en panne lui-aussi.

Point 4 : Qu’est devenue la parole des témoins non-militaires ?

Même le journal Le Monde en convient : les enquêteurs ne sont pas foulés pour rencontrer des témoins directs des événements de ce soir-là. Seuls les gendarmes ont pu donner leur version des faits, et des nombreux personnes pourtant prêtes à témoigner (Reporterre avait déjà fait une bonne partie du boulot en allant à leur rencontre), aucune n’a été entendue.

Ce refus d’écouter des témoins est d’autant plus incompréhensible que les gendarmes, sur plusieurs points, se contredisent entre-eux. Et comme la caméra a été arrêtée lors du moment de la mort de Rémi Fraisse, il y a encore de nombreuses zones d’ombre qui pourraient être éclaircies en croisant les sources et les témoignages.

Mais visiblement la vérité n’est pas prête d’éclater. Si les médias ne s’intéressent qu’aujourd’hui à ce rapport, celui-ci avait été déposé en mars. Et depuis… rien, strictement rien. Aucune nouvelle investigation n’a été demandée par Mme Anissa Oumohand, la juge chargée de l’instruction pour cette affaire.

Les journaux s’étonnent donc : cette enquête est la meilleure illustration qu’il reste encore beaucoup de points à éclaircir (même si sa conclusion dédouane – paradoxalement – les gendarmes). Si rien n’est fait, on se dirige tristement vers le non-lieu, qui « serait terrible » d’après les parents et la soeur de Rémi Fraisse.

À quelques jours des événements d’Air France, c’est l’occasion de noter, comme le fait cyniquement un commentateur du site du Monde, une chemise de DRH vaut beaucoup plus que la vie d’un écolo.

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