« Légalisons le harcèlement sexuel ! »

Imaginez-vous. Vous êtes un homme, la soixantaine bien tassée et, il y a deux ans de cela, vous vous êtes fait condamner pour harcèlement sexuel sur trois de vos employées. La pilule passe mal. Ok, vous êtes un dragueur des plus lourdeaux, mais enfin… quelques remarques un peu scabreuses, quelques mains aux fesses répétées, tout cela ne fait pas de vous un vrai méchant ! Il faut bien savoir s’amuser, enfin. Vous décidez de vous venger, et vous avez des atouts : vous êtes un ancien élu UMP, et vous êtes en prime un ancien Secrétaire d’État au Tourisme.

Votre arme ce sera la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC), un mécanisme permettant à n’importe quel justiciable d’interroger, dans le cadre d’un procès, le Conseil constitutionnel sur la conformité ou non d’une loi. Vous vous en servez pour demander l’abrogation du délit de harcèlement sexuel.

À ce délit, vous lui avez trouvé un point faible : la définition qu’il donne du harcèlement sexuel. « Harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle », il est vrai que c’est un peu flou. Vous attaquez, argumentez : les féministes sont des terroristes du vivre-ensemble, à cause d’elles on ne peut plus faire la différence entre une tentative de séduction un brin maladroite et du véritable harcèlement sexuel ; elles veulent que toute drague soit criminelle, voyez-vous !

Un peu paradoxalement, l’Association européenne de lutte contre les violences faites aux femmes (AVFT) – des féministes terroristes, sans aucun doute – rejoins votre position sur le danger de ce flou de définition. Sauf que ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons. Ce que dénonce l’asso ce n’est pas la criminalisation de la séduction, non, c’est plutôt l’impunité des harceleurs. En effet, puisque la définition n’est pas très claire, les magistrats ont tendance à rendre leur jugement en fonction de leur représentation personnelle du harcèlement sexuel. Et des fois, c’est un peu surprenant. Une femme se plaignait de subir des insultes répétées ? Ce ne sont que des « signaux sociaux conventionnels de séduction », dit le juge. Les mains aux fesses ? C’est seulement pour « créer du lien ».

Le résultat c’est que, chaque année en France, il y a moins de cent harceleurs qui sont condamnés. Pourtant, selon un sondage de 1991 (un peu vieux, certes, mais c’est la seule enquête française disponible sur ce sujet) 19% des femmes se déclarent victimes de harcèlement sexuel au travail. Et une étude du Bureau international du travail (BIT) de 1999 dit que la France est un des pays au monde où l’on trouve le plus de violences sexistes et sexuelles sur le lieu de travail.

Ça nous fait donc des dizaines de milliers de femmes qui ont à se plaindre, mais moins de cent harceleurs condamnés. Peut-être que ces harceleurs sont ultra « performants », qu’à eux seuls ils sont responsables de ces dizaines de milliers de harcèlements, mais ça reste peu probable.

Imaginez-vous. Vous êtes un homme, un peu vieux mais la libido toujours alerte. Responsable politique, on vous a condamné parce que trois de vos employées avaient à se plaindre de vos pratiques douteuses en matière de « séduction ». Qu’importe que les tribunaux ne condamnent quasiment pas ce genre de pratiques, avec une mauvaise foi exemplaire (même pour un UMPiste) vous savez théoriser la criminalisation de la séduction et vous faîtes en sorte que le délit de harcèlement sexuel disparaisse. Depuis ce vendredi 4 mai 2012, c’est le cas. Suite à votre demande, le Conseil constitutionnel (composé à 82% d’hommes) vient de décider l’abrogation immédiate de la loi. Grâce à vous, le harcèlement sexuel est désormais légalisé en France.

Vous êtes, vous êtes ? … Gérard Ducray !

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Classé dans Sexes, genre, sexualités

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