La France et l’immigration

Jamaica airport immigration, © rickpilot_2000 (Flickr)

Jamaica airport immigration, © rickpilot_2000 (Flickr)

Rue89 publie un article sur le fantasme du « Grand Remplacement », idée de plus en plus en vogue dans les milieux d’extrème-droite. Ce fantasme, c’est l’idée que le peuple français (voire européen, dans certaines versions) est en phase d’être remplacé par des peuples d’origine étrangères, notamment en provenance d’Afrique. Et cela, évidemment, avec la complaisance de l’État et des élites du pays.

J’ai envie de profiter de cet article, et des pistes d’éléments qui y sont donnés, pour faire un petit point sur la réalité de l’immigration en France. Car, souvent, on entend du tout et – surtout – du n’importe quoi. L’idée ici est de simplement compiler des données, des faits, sans développer une opinion ou une prise de position.

Un immigré, c’est quoi ?

On ne se pose pas forcément la question et pourtant les chiffres diffèrent grandement selon la définition que l’on choisit d’adopter. Prenons trois exemples.

Pour l’ONU, un immigré est, simplement, une « personne née dans un autre pays que celui où elle réside ». L’INSEE, organisme de statistique national, a déjà une approche plus restrictive puisqu’au critique géographique est ajouté la mention de nationalité : est immigré « une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. » Enfin, le Haut Conseil à l’intégration définit l’immigré comme une « personne née étrangère à l’étranger et entrée en France en cette qualité en vue de s’établir sur le territoire français de façon durable. » Ce qui réduit encore le nombre de personnes classés comme immigrés. Ainsi, alors que l’ONU compte 11,1% d’immigrés en France, l’INSEE n’en voit que 8%.

Tout se complique alors si l’on considère qu’il y certes des immigrés, mais qu’il y a aussi des étrangers, et que ce n’est pas forcément la même chose. Ah bon ? Oui, et cette fois la définition est partagée internationalement : un étranger, dans notre cas, est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française. » On peut donc être un immigré mais ne pas être un étranger car, depuis notre arrivée sur le sol français, on a obtenu la nationalité française.

Et les personnes d’origine étrangère alors ? Ah ! On les appelle aussi personnes issues de l’immigration. Cette notion, bien qu’utilisée très couramment dans les médias, est rarement définie avec précision. Ce sont les enfants de personnes immigrées, mais parfois on remonte jusqu’à la deuxième, voire troisième génération. Et parle-t-on des enfants dont les deux parents sont immigrés, ou suffit-il qu’un seul des deux le soit ? Ce point est important car en France les unions dites « mixtes » sont courantes.

Avec tout cela, on voit bien qu’il est extrêmement compliqué de compter combien de personnes l’immigration concerne directement ou indirectement. Tout dépend des critères de définition que l’on choisit. Mais on peut toujours essayer…

L’immigration, aujourd’hui, ca représente quoi en France ?

Pour cela, il nous faut maintenant distinguer le nombre d’immigrés qui sont rentrés récemment sur le territoire et ceux qui y sont déjà depuis de nombreuses années. Cette distinction est importante.

L’immigration…
— En terme d’entrées récentes, ça concerne environ 245 000 personnes, soit 0,4% de la population du pays. Ce qui est peu, et en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE.
— En terme d’immigré résidant depuis longtemps en France, on l’a vu, on est entre 8 et 11% de la population selon la définition adoptée, ce qui nous fait grosso modo 7 millions de personnes. Ce qui place la France à la 6e place mondiale, derrière les États-Unis ou l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni et l’Espagne.

La France est donc, aujourd’hui, un pays qui accueille relativement peu d’immigrés sur son territoire par rapport aux autres pays occidentaux, notamment européens. Cela peut s’expliquer par une donnée simple : la démographie. L’Allemagne, par exemple, est un pays où la population se renouvelle mal. Et qui donc a besoin de l’immigration pour ne pas perdre des habitants (ce qui est catastrophique à long terme selon la plupart des économistes), et qui donc tend plutôt à encourager la venue de nouvelles personnes. En France, ce problème de natalité se pose moins : on fait assez d’enfants, donc pas besoin de faire appel à des gens extérieurs. Ce qui explique pourquoi les frontières de la France, quoi que peuvent dire certains, sont plutôt davantage fermées qu’ailleurs.

Mais ce ne fut pas toujours le cas et, sans doute, vient de là ce fantasme du « Grand Remplacement ». Les droitistes avancent souvent l’idée qu’il y a plus de maghrébins aujourd’hui parmi les Français qu’auparavant. C’est vrai. Car, si l’immigration actuelle en France est en dessous de la moyenne européenne, l’immigration passée a été forte ! C’est-à-dire que, principalement dans les années 1960 et 70, on a fait venir un grand nombre de personnes pour alimenter l’économie du pays. Et, aussi, pour des raisons démographiques (après chaque guerre mondiale, la France a fait venir beaucoup de personnes).

Ces immigrés, naturalisés ou pas, sont donc là depuis plus de 50 ans pour certains. C’est une population hétérogène et dynamique qui a fait des enfants et gagné en espérance de vie. Aujourd’hui l’INSEE estime à 6,7 millions le nombre de personnes immigrées ou descendants directs d’immigrés (par au moins un des parents), et environ 26,6% des 25-54 ans seraient dans ce cas.

On a donc une double spécificité française :
– une immigration plutôt plus ancienne qu’ailleurs, ce qui explique un grand nombre de descendants d’immigrés, directs ou indirects, dans la population,
– et une immigration actuelle faible par rapport aux autres pays de l’OCDE.

Et la fameuse « intégration » ?

Dans l’ensemble, les immigrés et leurs descendants sont plutôt très bien intégrés. En témoigne un taux de mariage mixte parmi les plus forts d’Europe (mariage mixte = union de deux personnes de nationalités différentes) et un alignement très rapide du taux de fécondité des familles immigrées sur les familles françaises.

89% d’entre-eux disent se sentir « chez eux » en France (contre 94% de l’ensemble de la population) mais près d’un descendant d’immigré sur deux regrette qu' »on ne les voit pas comme des Français ».

Au niveau travail, les descendants d’immigrés connaissent beaucoup de difficultés à accéder aux emplois les plus qualifiés. Mais ce n’est pas vraiment une spécificité des descendants d’immigrés. En fait ces derniers s’intègrent souvent dans les classes sociales les plus dominées, au sein des travailleurs précaires et peu qualifiées. Ils en partagent l’essentiel des caractéristiques.

Il en reste que le niveau médian de vie des immigrés est inférieur de 30% au niveau de vie médian en France.

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Classé dans Tics politiques

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