Remarques sur les manifestations à Toulouse du 22/11

Manifestation Toulouse, 22 novembre 2014, © Pierre Selim (Flickr)

Manifestation Toulouse, 22 novembre 2014, © Pierre Selim (Flickr)

Ce samedi 22 novembre 2014, il y avait deux manifestations contre les violences policières à Toulouse. Pourquoi deux ? La première, prévue de longue date à 15 h, faisait suite aux appels – notamment – du collectif Tant qu’il y aura des bouilles (les zadistes du Testet). Cet appel s’inscrivait dans le cadre d’une « journée nationale de lutte contre les violences policières ». Elle n’avait volontairement fait l’objet d’aucune demande d’autorisation préalable en préfecture, et était donc de fait illégale.

Pourtant, plusieurs orgas traditionnelles de la politique avaient déposé une demande de manif sur cette même thématique. Mais très étrangement, ils l’avaient fait pour une heure différente (11 h) et un autre lieu de départ. Pourquoi ? Le Parti de gauche, Europe écologies les Verts, les syndicats FSU ou Solidaires tenaient-ils à ce point à se distinguer des étudiants et des zadistes ? (Cela dit, je suis heureux de voir que ces orgas s’emparent à leur tour de la question des violences policières et de la répression – ce qui n’était pas vraiment le cas avant. Même si elles ne manifestent pas à nos cotés, c’est un point positif.)

Quoi qu’il en soit, c’est la manif illégale qui a eu le plus de succès. Mais sans surprise, elle s’est faite chargée et gazée par CRS et gens de la BAC, alors même qu’elle était dans sa très grande majorité pacifiste. Quelques remarques sur les événements, un peu en vrac :

— Cette fois les policiers n’avaient visiblement pas prévu de déployer autant de monde que pour le 8. Espéraient-ils que la manif du matin vident les rangs de celle de l’après-midi ? En tout cas, raté ! Il y avait du monde, et ce monde a pu prendre de court  pour un temps  les dites « forces de l’ordre ». Dépassés par le nombre de gens dans la rue, les flics ont du lâché du lest aux manifestants, qui ont pu pénétrer des rues bloquées à l’origine. Cela dit, dès que les flics se sont réorganisés et ont pu recevoir des renforts, ils ont procédé aux habituelles « dispersions » : gazages, matraquages et arrestations.

Le 8, nous avions marché tout juste 500 mètres. Cette fois, partis d’Esquirol, les manifestants ont pu rejoindre Saint-Cyprien, et quelques rues sur les cotés. Il y a donc eu un petit mieux par rapport à la dernière fois. (Mais en même temps, les flics ont réussi à éloigner la foule du centre-ville.) À noter que cette fois, la manif n’avait même pas essayé d’être déclaré. Prévue de longue date, sujet d’appels sur le net, et aussi de beaucoup de bouche à oreille ou de transmissions de pote en pote par sms, mais personne ne l’a déposée en préfecture. Tant mieux. C’est assez incroyable que l’on doive avoir une autorisation pour être dans la rue ! (Et puis la manif aurait sans doute été interdite de toute façon…)

— Progrès aussi sur le nombre de gens : autour de 2000 personnes. Pour une manif non autorisée, c’est quand même énorme. (Surtout que celle du matin, autorisée, a reçu 4 à 5 moins de monde apparemment). Je lis sur Facebook certains commentaires où on parle de « sentiment incroyable de liberté » sur le fait d’être autant, ensemble, dans un tel rassemblement. C’est vrai que c’est beau, et d’autant plus que l’on n’éprouve pas du tout le même sentiment dans les manifs organisées par les gros partis et syndicats, où l’on marche en rangs derrière des sonos trop fortes en criant des slogans idiots… Et en même c’est triste de se sentir libre quand on est dans la rue : ce devrait être normal. Mais non, la rue est autorisé pour les flaneurs-consommateurs devant les boutiques, à la limite pour les fétards le soir, mais pas pour ceux et celles qui veulent en faire un espace de discussion politique.

— Je trouve assez révélatrices les formulations du journal La Dépêche qui affirmait, en amont des manifs, qu’il n’y avait rien à craindre pour la manif déclarée parce qu’elle est le fait d’« organisations connues ». Mais les nouveaux trublions de la politique que nous sommes sont apparemment inquiétants car imprévisibles. Qu’est-ce qu’il peut bien avoir à craindre d’une manif ? C’est quand même dingue qu’on essaye de faire peur en parlant de jeunes qui essayent juste de faire valoir leur opinion. Cela dit, je trouve intéressante cette idée d’apparaitre là où on ne nous attend pas, de brouiller les pistes avec des fausses infos qui circulent partout sur les horaires ou lieux de manifs. Et surtout de ne pas demander l’autorisation pour être dans la rue.

— Encore une fois, il y a eu des actes de « violence » de la part des manifestants (dégradations et renvois de grenades en directions des CRS) seulement à partir du moment où les flics ont gazé / chargé. Même au moment où les quelques CRS du début, trop peu nombreux, se sont complètement fait encerclés par les manifestants, personne ne s’en est pris à eux. Alors même que  pour une fois !  le rapport de force était clairement en notre faveur. Faire croire que les manifestants sont à l’origine de la violence, c’est n’importe quoi. C’est ce que disait  notamment  Mathieu Burnel sur un plateau télé :

À l’évidence, la question de la violence n’est absolument pas posée par les jeunes, ou même les jeunes révolutionnaires, elle est posée par la police. Ceux qui définissent le niveau de la violence, c’est la police et la gendarmerie. Quiconque suggère que ce sont les manifestants qui instaurent le rapport de force, c’est un coup de philosophie politique absolument incroyable où on arriverait à suggérer, ne serait ce qu’un quart de seconde, que ce n’est pas le pouvoir d’état qui réprime le peuple, mais c’est le peuple qui réprimerait le pouvoir d’Etat. Arrêtez de rigoler !

— D’habitude, Policiers et médias tendent à sous estimer le nombre de manifestants. Pour les manifs du Testet, certains font l’inverse. « Ils étaient un millier le 8 novembre », dit France 3, quand nous étions à peine 400. Volonté de faire peur ? Mon dieu, une ville envahie par des gauchos-casseurs !!!

— Un pote digne de confiance me dit avoir vu :

… un homme, cagoulé de noir, qui sort un outil et se met à casser un panneau publicitaire. Puis il range son arme, marche un peu plus loin, et se met a parler dans sa manche. Je n’ai pas de preuve directe que ce soit un flic, et après tout il s’agit peut-être d’un groupe de manifestants organisés qui se parlent par talkie walkie, mais l’hypothèse du flic infiltré est quand même hautement plausible.

Oui, surtout vu les différentes preuves déjà réunies de ce type d’actions de flics qui provoquent la casse pour mieux légitimer leurs interventions (par Reporterre ou par Besancenot).

— Pour finir, le point de la honte distribué à France 3 pour ce reportage assez incroyable ! Les sujets choisis ? Des commerçants de Toulouse qui en appellent à davantage de police contre les manifestants et… les SDF (mais eux disent « clochards » ou « marginaux »…). Un bel exemple qui montre comment les médias dépolitisent complètement les questions de société, et font jouer les sentiments les plus dégueux chez leur public. (Cliquez sur l’image pour voir le replay du 20-11.)

Cliché 2014-11-23 22-38-44

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Classé dans Terrains militants

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