Il y a autant de bonnes raisons d’être végétarien que de manières de le devenir

Photo: Gunnar Magnusson - Root Vegetables

Photo: Gunnar Magnusson – Root Vegetables

Quand tu commences à te rapprocher du végétarisme et à adapter tes habitudes alimentaires en conséquence, il y a toujours plein de personnes pour pointer du doigt telle ou telle de tes actions qui ne serait pas cohérente avec ton engagement.

Cette critique trop de fois entendues, « En fait tu n’es pas vraiment végé », n’est sans doute pas propre au végétarisme. Je sais qu’il se passe un peu la même chose dans le féminisme et l’anarchisme. C’est sans doute le cas dans tous les mouvements militants. Dès que tu t’engages dans quelque chose, il y a toujours des gens pour t’expliquer que tu ne t’engages pas bien, et comment il faudrait faire pour être vraiment un bon militant.

C’est insupportable. D’une part parce que je trouve ça sacrément gonflé venant de personnes qui, elles, ne font rien pour respecter les principes qu’elles te reprochent pourtant de malmener. D’autre part parce que – et je crois que c’est un point important qu’il faut souvent rappeler – le végétarisme n’est pas une religion (ni le féminisme, ni l’anarchisme, etc.). C’est un engagement éthique et/ou politique et/ou nutritionnel qui peut répondre à différentes motivations. Du coup, la recherche de « pureté » n’a rien à faire là ! Ce n’est pas grave de ne pas être 100% végétarien, personne ne va bruler en enfer à la fin. En fait, entre être et ne pas être végétarien, il y a plein de degrés qui sont tous très intéressants. Chacun fait comme il veut / peut.

En plus, en fonction de la motivation qui te fait te rapprocher du végétarisme, les choix que tu vas faire en priorité dans tes habitudes alimentaires vont varier. Petit tour d’horizon des 4 principales (et excellentes) raisons qui peuvent mener à souhaiter manger moins d’animaux, et de ce que cela peut impliquer en terme de premiers réflexes alimentaires.

  1. Pour réduire son impact écologique sur la planète

Le cout écologique de la consommation de viande est abondamment documenté. Il est si important que, de plus en plus, on trouve des analyses prévoyant que d’ici quelques décennies un régime végétarien ou quasi-végétarien deviendra la seule option viable pour l’avenir de la planète. (En fait, des millions de personnes dans le monde ont déjà un régime quasi végétarien. Seuls les pays occidentaux et les pays émergents peuvent se permettre de surconsommer de la viande. Et encore, c’est un phénomène récent : avant la 2nde Guerre Mondiale, la plupart des familles françaises ne mangeaient un plat de viande que le dimanche.)

Cette surconsommation de viande est une véritable catastrophe écologique pour plusieurs raisons. L’élevage est à la fois très « gourmand » en eau, en surface terrestre et en énergie. En fait, 70% de l’eau mondiale est utilisée par l’agriculture, et 60% des céréales produites dans le monde sont consommées par des animaux. Et cela ne va pas en s’améliorant : de plus en plus de forêts sont défrichées, surtout dans les zones tropicales (et la France, grosse exportatrice de viande brésilienne, participe donc à la déforestation de l’Amazonie). De plus, près d’un quart des gaz à effets de serre proviennent de l’agriculture (en bonne part à cause de l’élevage). À cela il faut ajouter dégradation des sols, pollution des nappes phréatiques et destruction de la biodiversité à cause des défrichements.

Et comme le système agroalimentaire est bien fait, il y a environ 30% de la nourriture ainsi produite (estimation basse) qui ne verra jamais une assiette… mais qui finit jetée, décomposée ou mangée par les parasites, quand elle n’est pas perdue lors du transport ou du stockage.

Pour réduire son impact écologique sur la planète, beaucoup font donc le choix de réduire leur consommation de viande. Comme c’est l’élevage de bovins qui est le plus gros pollueur, et le plus gourmand en eau, surface et énergie, il est logique d’arrêter en premier de consommer de la viande rouge. Certains peuvent aussi faire le choix de ne manger que du poisson.

  1. pour refuser l’exploitation agricole des pays pauvres

Je l’ai déjà dit : l’élevage demande énormément de terres agricoles. Avec un demi hectare de terres cultivables, on peut produire 10 000 kg de pommes de terre… ou bien 70 kg de viande de boeuf. Logique quand on sait qu’il faut minimum 7 kg de céréales pour produire 1 kg de viande rouge.

Plusieurs pays cultivent des céréales qui seront utilisées pour nourrir des animaux. Animaux tués et exportés ensuite en direction des marchés de viande mondiaux. Le Brésil est champion à ce jeu là… tout comme à celui de la déforestation. Toutes ces cultures ne profitent donc pas directement aux populations locales. Les multinationales se font de l’argent sur leur travail. Les locaux peuvent même connaitre des problèmes alimentaires. En plus de souffrir des difficiles conditions de travail, ce sont eux qui subissent l’action nocive des pesticides et ont des problèmes de santé.

Là encore, si l’on souhaite arrêter de cautionner cet état de fait par sa consommation alimentaire, on va, en priorité, ne plus manger de la viande de boeuf.

  1. pour prendre soin de sa santé

On croit souvent que les végétariens s’exposent à des risques de carence parce qu’ils ne mangent plus de viande. Et en premier lieu, à celui d’une carence de protéines. Je le dit clairement : c’est un mythe. On trouve des protéines végétales dans de multiples sources : les céréales (riz, blé), les légumineuses (lentilles, haricots), le soja, les fruits oléagineux (amandes, noisettes) ainsi que certaines graines. Il y a également des protéines animales dans les œufs. En fait même dans un régime omnivore classique seulement 18% des protéines ingérées viennent de la consommation de viandes. C’est donc très rare d’être en carence de protéines – même en étant végétarien, même en étant végétalien !

L’excès de protéines est par contre un problème beaucoup plus courant. Petite anecdote personnelle : quand j’ai commencé à réduire de façon importante ma conso de viande, j’ai eu quelques problèmes de santé assez bénins mais impressionnants. Après analyses, j’ai appris qu’ils avaient pour cause… une surconsommation de protéines. J’avais fait l’erreur, apparemment courante, des végétariens débutants : compenser l’arrét de la viande par beaucoup d’œufs et de soja. Ce n’était pas la peine, et c’était même nocif. La surconsommation de protéines (très courant chez ceux mangeant de la viande au quotidien) peut causer des maladies cardio-vasculaires, de l’ostéoporose, des déficiences rénales…

La plupart du temps, commencer un régime végétarien s’accompagne d’une curiosité à l’égard de nouvelles catégories d’aliments. Pour ma part j’ai beaucoup plus de connaissances depuis que je fais attention à ce que je mange. Je sais par exemple ce que sont les oléagineux et les légumineuses, et comment il faut faire pour avoir un repas équilibré. À l’inverse, les prétendus « omnivores » mangent rarement de tout et ne consomment pas assez de légumes, beaucoup trop rarement des légumineuses, et en trop grande quantité des protéines animales. En bref, être végétarien ça veut aussi dire adopter un mode d’alimentation plus sain.

Ne plus manger de viande a un autre intérêt pour la santé : on arrête également d’absorber les médicaments dont les animaux issus de l’élevage intensif sont gavés. Dans son livre-enquête, Jonathan Safran Foer explique bien comment, à force de faire croiser les animaux et créer des races de plus en plus artificielles, on a mis au point des poulets très rapidement obèses, incapables de marcher comme de se reproduire sans assistance humaine, et tout le temps malades. La suconcentration des bêtes entassées dans des hangars est aussi un vecteur d’épidémie. Mais l’industrie a depuis longtemps compris qu’entretenir des animaux sains est beaucoup moins rentable qu’organiser la gestion de bêtes tout le temps malades.

Les animaux les plus gavés de médicaments étant la volaille et les poissons d’élevage (saumons, truites), le premier réflexe peut-être d’arréter d’en consommer, comme l’on peut en général réduire le nombre de repas carnés que l’on fait par semaine pour équilibrer ses apports de protéines, et varier en apportant d’autres catégories d’aliments.

  1. pour ne pas cautionner l’exploitation de la souffrance animale

Aux États-Unis, 99% de la viande de volaille est produite de façon industrielle. La situation n’est pas si critique en France où de petites fermes de proximité existent encore. Mais pour les trouver, il faut sortir du sentier des grandes surfaces et aller vers les Amaps, les Ruches ou tout autre circuit court.

Même en France, l’énorme majorité de la viande consommée provient donc d’exploitations de type industrielles. Elle est régulièrement importée de l’autre bout du monde – notamment, on l’a dit, du Brésil.

L’élevage industriel, c’est d’abord, comme son nom l’indique, considérer l’élevage comme une industrie. Et donc les animaux comme des objets, ou des machines. C’est leur dénier le statut d’êtres vivants. Et tout ce que ça implique – en terme de conditions d’élevage, de nourriture, de transport, de mise à mort mais aussi de reproduction. Il ne faut pas se voiler la face : c’est un véritable système de torture systématique. Les vidéos et articles qui décrivent ce que l’on fait subir aux animaux ne manquent pas sur le Net. Je donnerais un seul exemple avec la volaille :

À leur naissance, les poussins sont entassés dans d’énormes poulaillers sans fenêtre qui peuvent renfermer jusqu’à 40 000 individus ! Imaginez : pas moins de 22 poulets au mètre carré ! Ces pauvres oiseaux souffrent du fait de la surpopulation, et du mode de croissance intensif qu’ils subissent : les pattes fléchissent, se déforment ou se paralysent sous le poids du corps, les poumons et le coeur ne suivent pas non plus, ils peuvent à peine marcher et se déplacent en rampant… Ils vivent couchés dans leurs déjections, qui génèrent brûlures, ulcères et infections. Les membres cassés et couverts d’hématomes, ils arrivent à l’abattoir, où ils sont suspendus la tête en bas à des crochets de fer, puis plongés dans un bain d’eau électrifié, avant d’être conduits (souvent mal étourdis et encore conscients) vers les lames automatiques…

Personnellement, je suis persuadé que si l’on montrait aux gens ce que cela implique en termes de souffrance animale de manger de la viande, ils arrêteraient. Ou au moins, il consommeraient de la viande issue de petites fermes plus respectueuse du bien-être animal. Mais que l’on ne s’illusionne pas : il est impossible de fournir de la viande pour autant de personnes au quotidien seulement avec des petites fermes. Manger de la viande tous les jours, c’est forcément participer à ce système industriel.

Les poissons et les crustacés ne sont pas mieux lotis. Dans les élevages, truites ou saumons sont entassés, gavés de médicaments et d’antibiotiques, nageant dans leurs propres excréments. La pêche au large, réalisée avec d’immenses filets qui raclent le fond des océans, est peut-être encore pire. Ces filets ramènent tout à la surface : pour pécher un poisson, on tue donc beaucoup d’autres animaux et végétaux qui seront rejetés morts à l’eau. Par exemple, les chalutiers qui pêchent les crevettes destinées aux paellas espagnoles reconnaissent qu’elles ne représentent qu’environ 15% de leurs prises. C’est ce qui fait écrire à Safran Foer :

Imaginez que l’on vous serve une assiette de sushis. Si l’on devait y présenter également tous les animaux qui ont été tués pour que vous puissiez les déguster, votre assiette devrait mesure un peu plus d’un mètre cinquante de diamètre.

Pour lutter contre la souffrance animale, les premiers réflexes sont donc d’arréter de manger de la volaille, des poissons et des crustacés. La situation des bœufs est un peu meilleure en France, mais il faut prendre garde à l’origine de la viande. (Et il y a des pièges : l’étiquette « Fabriqué en France » peut être appliquée à de la viande étrangère si elle a été emballée en France, comme pour les jambons Cochonou.) Certains coquillages, comme les moules et les huitres, vivent par contre dans de bonnes conditions et peuvent donc être consommées.

Ces différentes raisons de devenir végétarien peuvent donc produire des comportements opposés : celui touché par l’argument écologique ne mangera plus de viande rouge, alors que celui soucieux de la souffrance animale, au contraire, évitera absolument la viande blanche et les poissons. À chacun sa façon et son rythme de devenir végétarien ! L’important n’est clairement par la recherche d’une « pureté » quasi religieuse, mais bien que la consommation de viande diminue !

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Classé dans Ecologie et copinages

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