Archives de Catégorie: Tics politiques

Parler du monde mais sans poésie, en sacrifiant aux énoncés tristes de l’actualité. Il faut bien s’y coller, parfois.

Nous en sommes donc là

Depuis les élections, j’ai ce constat 50% cynique mais 100% malaise : si Le Pen avait été élue, elle n’aurait pas pu aller aussi loin dans l’horreur que Macron. Car elle aurait eu contre elle une bonne partie de l’opinion et des médias. Macron, avec son sourire de jeune winner, n’a pas la même image puante que le FN et pourtant…

… Et pourtant, en plein hiver, à Paris des policiers lacèrent les tentes des migrants (tentes distribuées par des assos), jettent à la poubelle couvertures et duvets, harcèlent les personnes quand ils essayent de dormir chaque nuit à la rue. Le ministre de l’intérieur demande officiellement aux centres d’hébergement d’urgence de trier selon la nationalité ceux qui ont le droit de passer quelques heures à l’abri. Et au passage, de demander aux travailleurs sociaux de dénoncer les sans-papiers. À Calais, les CRS empoissonnent les bidons d’eau des migrants de Calais au gaz lacrymogène, volent les affaires personnelles et détruisent les abris de fortune. Dans les Alpes, les gendarmes traquent et reconduisent les personnes migrantes (dont de nombreux mineurs) à la frontière italienne, c’est-à-dire en pleine montagne dans la neige et le gel.

On pourrait s’indigner parce que l’État français ne respecte ni ses propres lois, ni les traités sur le droit d’asile (dans les Alpes les hommes se font expulser avant même d’avoir pu déposer un dossier), ni les droits de l’humain les plus élémentaires. De plus en plus d’actions des « forces de l’ordre » ressemblent à de la tentative d’homicide pure et simple. Par ces températures, priver les gens de couverture et de tente, ou bien les déposer seuls en pleine montagne… Vous êtes sérieux ? Vous arrivez à dormir en faisant ça au quotidien ?

Heureusement des gens s’organisent pour redonner un peu de dignité à ce pays. Des citoyen-nes ordinaires secourent ces jeunes migrants qui traversent les cols et les rivières glacées sans équipement, parfois même pieds nus… ils leur offrent un refuge pour quelques jours, parfois de l’aide pour faire valoir leurs droits. Des guides de haute montagne et des secouristes utilisent leur matériel pour sauver des vies. Tous ces gens là risquent chaque jour la condamnation de la justice française.

Partout en France des gens pensent et font vivre des réseaux comme Welcome pour accueillir quelques jours, quelques semaines, des gens sans ressources chez eux. Certains font même un travail de plaidoyer remarquable pour que la presse fasse enfin son boulot et contre un peu la propagande gouvernementale.

Des étudiant-es réquisitionnent et squattent de force leurs facultés pour en faire des logements de fortune partagé avec qui à besoin, pour se mettre à l’abri du froid et de l’hiver. Ces étudiant-es doivent affronter la police pour tenir ouvert ces refuges face à un État qui est prêt à utiliser la violence pour que des gens continuent à crever dehors.

Nous en sommes donc là. Quand des gens s’organisent pour ne pas laisser d’autres mourir, quand des gens se rassemblent et prennent au sérieux la question du logement et des migrations, l’État envoie ses sbires armés ou une justice qui fait de la solidarité un délit. Jamais l’impression de vivre dans une société essentiellement CRIMINELLE n’a été aussi forte.

*

Et toute cette horreur que l’État fait vivre aux personnes migrantes, on est bien obligé de la mettre en lien avec la mise au pli des procédures démocratiques, les manifestations interdites, les réformes ultralibérales… Le grand patronat jubile, les députés front national applaudissent… Ça devient de plus en plus difficile de s’ôter de la tête l’impression de vivre dans un pays doucement d’extrême-droite. (Même le Washington Post accuse le gouvernement Macron de mener un programme politique similaire au FN.)

Mais facho n’est qu’un mot et je ne me battrai pas pour sa reconnaissance. Reste les pratiques. Les pratiques bien réelles d’un État qui s’en prend à ceux qui, déjà, étaient bien au fond du trou. À croire que dormir dehors en plein hiver n’est pas suffisant, qu’avoir subi l’exil de son pays n’est pas suffisant, qu’avoir vécu cette traversée plus que dangereuse avec cette Lybie comme nouvel Enfer (tortures, viols, esclavage) n’est pas suffisant…

Sur l’eau empoisonnée à Calais :

http://www.liberation.fr/france/2017/07/11/a-calais-quand-ils-ont-compris-que-l-eau-n-etait-pas-buvable-ils-l-ont-jetee_1583179

Sur les tentes lacérées, les couvertures jetés à Paris et ailleurs… :

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/12/16/en-france-une-politique-migratoire-d-une-durete-sans-precedent_5230634_1654200.html

Sur les étudiant-es qui occupent les facs pour loger les sans-abris :

https://lundi.am/Le-mouvement-d-occupations-contre-les-politiques-migratoires-continue

Sur les mineurs étrangers abandonnés en pleine montagne de nuit :

http://www.telerama.fr/radio/des-mineurs-etrangers-abandonnes-de-nuit-dans-la-montagne-par-la-gendarmerie-un-reportage-glacant-de,n5353619.php

Témoignage sur la situation dans les Alpes :

http://www.nouvelobs.com/videos/vlpkrz.DGT/on-est-a-bout-venez-nous-aider-le-sos-d-un-benevole-au-secours-des-migrants.html

Sur l’analyse du Washington Post concernant la politique migratoire française :

https://www.lesrepliques.com/Macron-selon-The-Washington-Post_a2347.html

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État de droit et jeunes loups carriéristes

Écrit le 8 octobre 2017.

« Oubliez le FN et leurs conneries, mais oubliez-les bordel de merde ! et regardez devant, ce qui nous arrive : les sociaux-démocrates… Souriez, vous êtes gérés ! Il ne s’agit plus d’aboyer maintenant, mais bien d’entrer, avec votre salaire minimum de croissance, dans l’atermoiement illimité des sociétés sécurisées. » (Damasio)

« À ce titre, le véritable danger auquel nous sommes désormais confrontés vient peut-être moins, comme on le croit souvent, de partis « extrémistes » : partis instrumentalisés comme épouvantails le soir d’élections pour gonfler le prétendu vote « utile », sur fond de discours antifascistes d’opérette (…) Mais de la très insidieuse, et du coup très efficace, dérive autoritaire et anti-démocratique de partis perçus comme « démocratiques » et qui le sont en réalité de moins en moins. » (Serrano)

Tranquille, juste après avoir supprimé un ensemble de protections juridiques et sociales pour les salariés, le gouvernement officialise la sortie, pour la France, d’un État de droit. Il donne au Ministère de l’Intérieur, à la police et aux préfets des pouvoirs exorbitants.

Rappel : « Un État de droit est celui dont le droit protège n’importe lequel de ses résidents de l’arbitraire de l’État. » Notamment en organisant une séparation entre les trois pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. La France était déjà mal en point avec un pouvoir législatif quasi inexistant. On a beau avoir une Assemblée plus un Sénat, dans les faits plus de 80% des lois sont d’origine gouvernementales. L’arrivée des député-e-s LREM et des ordonnances ont fortement accentué le mouvement : l’Assemblée est une chambre vide qui n’a plus de réel pouvoir. Plus de débat, plus de prise de décisions – et les gesticulations de Mélenchon n’y changeront pas grand chose malheureusement.

Avec cette nouvelle loi dite « de lutte contre le terrorisme », et celle sur le code du travail, c’est le pouvoir judiciaire qui, à son tour, est réduit à pas grand chose. Les flics n’ont plus besoin de demander l’accord d’un juge (dont le travail était de vérifier la conformité avec la loi et que les preuves étaient suffisantes) avant d’intervenir et de punir. Ils peuvent assigner à résidence des personnes, perquisitionner à domicile, fermer des lieux de culte, mettre en place des « périmètres de sécurité » (pratique pour empêcher une manif)… Sans réel contrôle judiciaire donc, et encore pire, sans avoir besoin besoin de fournir des preuves avant d’intervenir. Mais seulement de soupçons.

Macron et Collomb font le même lapsus, disant « sortir de l’État de droit » au lieu de « l’État d’urgence ». La blague serait presque drôle si l’on ne riait pas aussi jaune. Car ça fait déjà quelques mois que police et gouvernement marchent main dans la main pour dépasser tous les curseurs d’alarme.

Je me souviens des 639 manifs (écolos et/ou de gauche ) interdites en seulement un an et demi au nom de la lutte contre le terrorisme. Sur ces 639 manifs interdites, 574 étaient des événements contre la Loi « Travaille ! ». Le fameux « terrorisme » auquel s’attaque le gouvernement, jamais clairement défini, n’est donc pas celui qui pose des bombes au Bataclan, mais celui qui veut marcher dans la rue pour s’opposer à la hausse continue des inégalités depuis 30 ans suite aux politiques néolibérales.

Je me souviens des tabassages en règle de manifestants par la Bac ou les CRS, des yeux perdus, des nez pétés, des hématomes dus au flashball ou aux coups de matraque, des gazs lacrymos projetés directement dans les yeux de manifestants assis et déguisés en clowns pacifistes… et même des morts, dont Rémy Fraisse dans le Tarn aura été la plus médiatisée.

Je me souviens qu’en 22 mois d’état d’urgence il y a eu 6000 perquisitions… pour seulement 30 enquêtes liées au terrorisme et un résultat final de 20 mises en examen. L’énorme majorité des opérations policières déployées (99,7% au regard des chiffres ci dessus donnés par Mediapart) n’ont donc pas visé des vrais « terroristes ». Mais soit des militants de mouvements sociaux ou contestataires. Soit des personnes racisées dénoncées parce qu’elle portait une barbe ou un foulard.

En plus il y a des airs de Orwell (1984). Le gouvernement sait choisir ses mots. Les perquisitions sont désormais des « visites domiciliaires ». Pourtant, une perquisition ça peut laisser des traumatismes. Quand des dizaines de flics cagoulés défoncent la porte de ton appartement, armes au point, te passent les menottes, détruisent tout chez toi pour chercher des preuves…

Même la pourtant timide et mesurée Commission nationale des droits de l’homme demandait au gouvernement d’abandonner le projet. Même l’ONU, via deux de ces experts, s’est senti obligé de lancé une alerte sur le sujet. En fait les structures officielles, peu soupçonnables d’être d’extrême gauche ou de s’inquiéter pour rien, sont nombreuses à lancer des alarmes : ACAT, Amnesty international, Action droits des musulmans, LDH, Quadrature du Net, Observatoire international des prisons, GISTI, Credof, Human Rights Watch, Syndicat de la magistrature…

Le récent procès dit « de la voiture de police brulée » résonne comme une triste illustration de ce qui est en train de se passer. Neuf militants d’extrême gauche jugés sur la seule base d’un témoignage anonyme d’un policier, que la défense n’aura pas pu interroger de tout le procès, alors même que les images des caméras tendaient à montrer l’innocence des personnes. Une très inquiétante façon de rendre « justice ».

Mais après tout, le gouvernement avait prévenu : le 24 novembre 2015 il envoyait une notification au Conseil de l’Europe pour prévenir que la France allait « déroger » à la Convention européenne des droits de l’homme. Alors bon…

Je reécoute mes vieux classiques punks et ça dit : « Les jeunes loups carriéristes, préfabriqués et conformistes, seront la prochaine élite fasciste ».

Ça donne drôlement juste fin 2017.

Sur la loi antiterroriste et l’état d’urgence :

https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/etat-durgence-etat-dexception

Sur les nombreuses remises en cause du droit à manifester :

https://www.mediapart.fr/journal/france/300517/depuis-2015-letat-durgence-grignote-le-droit-de-manifester

Sur le procès de la voiture brulée :

https://lundi.am/jour4-Alain-Damasio

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Ceux qui ne sont rien

Écrit le 3 juillet 2017.

Le plus navrant dans cette histoire de Macron et son « ceux qui ne sont rien », ce n’est même pas son mépris vis-à-vis des gens ordinaires (ça on a l’habitude venant de ce genre de salaud).
Le plus navrant c’est cette incapacité à penser que « réussir sa vie » ça peut vouloir dire autre chose que gagner plein de fric et écraser les autres.

J’ai l’impression de réussir ma vie quand je fais un job qui est d’abord un acte de militantisme pour faire bouger les lignes, qu’il a du sens car utile à d’autres ; réussir ma vie à chaque fois que je fais une rando en pleine nature et que je m’émerveille tout seul comme un gamin ; à chaque fois que je suis entouré de potes et qu’il y a dans ce collectif quelque chose de magique ; à chaque fois que je fais l’amour et que je redécouvre le goût des filles ; à chaque fois que je lis pendant des heures en oubliant complètement que le monde autour existe ; à chaque fois que je parviens à écrire un poème dont je suis fier ; à chaque fois que je regarde le mer et l’incroyable couleur vive qu’elle a ici…

Je ne pense pas être juste un hippie (même si je le suis un peu). Je constate autour de moi que la plupart des gens ont des ambitions un peu plus saines, et surtout plus éthiques, que s’en mettre plein les poches au détriment des autres. ET HEUREUSEMENT.

Heureusement que les « gens qui ne sont rien » sont un peu plus sages que ce gars au pouvoir. Plus imaginatifs aussi. Je ne sais pas si ça a un sens, « réussir sa vie », mais je sais que si ce sens existe il est forcément différent pour chacun, et je suis heureux de voir quand chacun suit sa propre route, poursuit ses propres obsessions en dehors de toute considération marchande. Que ce soit du militantisme ou un goût immodéré pour la poésie du Moyen-âge, la philosophie ou la passion de l’apéro : qu’importe ! Je suis content de voir que les gens ne laissent pas réduire leur vie à ce mantras idiot FRIC REUSSIR FRIC REUSSIR.

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Macron-le-centriste

Écrit le 10 juin 2017

Il y a encore (beaucoup, en fait) des médias pour considérer Macron comme « centriste ». Il va falloir qu’on nous explique ce qu’est le Centre dans cette conception de la politique… Pour ma part je constate :

1.Qu’au niveau économique, Macron est sans aucune hésitation le président le plus libéral que la France ait jamais connu. Malgré tous les beaux mots positifs savamment choisis par le gouvernement, le programme de base est assez simple : une casse du Code du travail et des protections pour les salariés qu’il impliquait. Fin de la durée légale du travail (adieu heures sup’ mieux payées), travail plus fréquent et moins payé le week-end et les nuits, contrats de travail plus précaires, blocage des indemnités licenciements, fin des accords de branche… Bref, on sait ce que ça a donné en Angleterre ou Allemagne qui ont déjà, tout ou partie, adoptés de telles « réformes » (le nouveau mot pour dire casses) : conditions de travail plus précaires, explosion du nombre de pauvres… Il faut ajouter la modification du chômage, qui reste encore très floue. Mais ce qui se semble se profiler c’est une baisse des montants chômage et davantage de contrôle sur les chômeurs.Tout ça au nom de l’argument mille fois répété mais jamais démontré : trop de contraintes sur les entreprises nuit à l’emploi (contraintes = droits des travailleurs et cotisations chômages, retraites…). En gros la modernisation Macron c’est foutre en l’air les systèmes de solidarité nationale mis en place par le Front Populaire et le Conseil National de la résistance.

2.Qu’au niveau démocratique, il veut court-circuiter l’assemblée nationale, pourtant organe le plus démocratique de la 5e république, en légiférant par « ordonnances ». Entre ça et la dérive sécuritaire (ci-dessous), c’est la séparation des pouvoirs qui en prend un sacré coup au profit exclusif de l’exécutif. Heureusement qu’il y a eu un Front Républicain pour défendre nos institutions, hein.

3.Qu’au niveau des libertés individuelles et collectives, le nouveau gouvernement est très flippant. Non seulement l’état d’urgence et toutes ses dérives autoritaires est encore prolongé de plusieurs mois, mais en plus ils projettent de faire entrer dans le droit commun les mesures de l’état d’urgence censé être exceptionnelles. Et ils vont même plus loin ! Par exemple la possibilité pour le Ministère de l’intérieur d’obliger une personne à donner tous ses identifiants numériques.
Cette annonce tombe au moment même où Amnesty International s’alarme des dérives autoritaires de l’Etat Français : au nom de la lutte contre le terrorisme, ce sont des manifestations de gauche et/ou écologistes qui sont interdites, ce sont des gardes à vue sans vraie raison, ce sont les violences policières qui sont en augmentation flagrante, l’utilisation autorisée d’un lot de plus en plus important d’armes en tout genre. L’état d’urgence (bientôt permanent) : pas d’effet sur le terrorisme mais un arsenal d’outils bien pratique pour réprimer, parfois dans le sang, les contestations politiques (combien de manifestants ont perdu un oeil ces dernières années ? Ou Amnesty parle de plus d’un millier de blessés lors des manifs contre la loi travail. Ou dernier exemple le 1er mai à Paris : 10% des manifestants du cortège de tête ont fini ont été blessés selon la team des Street Medics… à ce stade ce ne sont plus des bavures mais une volonté assumée de marquer dans les chairs, de blesser).

Si le FN avait fait seulement 1/3 de ces faits, on aurait hurlé au fascisme (peut-être à raison), si la France insoumise l’avait proposé, on aurait hurlé au bolchévisme, à la terreur rouge… mais comme c’est Macron-le-centriste, tout va bien…

sur la casse du code du travail :
http://www.lemonde.fr/…/droit-du-travail-une-reforme-direct…

sur la dérive sécuritaire :
https://www.nextinpact.com/…/104503-ligne-par-ligne-lavant-…

le rapport d’Amnesty international :
https://www.amnesty.org/fr/documents/eur21/3364/2016/fr/

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Est-ce que ce monde est sérieux ?

Écrit le 24 avril 2017.

Et voilà que la machine s’emballe à nouveau. Les fascistes sont aux portes du palais. Alors il faudrait légitimer les salauds d’en face ? Ceux qui justement font le lit du FN avec 30 ans de politiques libérales dégueulasses ?

Il ne suffit pas d’agiter la menace du FN pour nous faire oublier LA CATASTROPHE QUI EST DEJA LA. Celle qui libéralise à tout va, soumettant hôpitaux et université aux lois du Dieu Marché. Celle qui sape tous les acquis sociaux du CNR. La retraite, le chômage, la sécurité sociale ? Oublié tout cela, has been, pauvres tarés.

Macron nous dit qu’il faut « moderniser », c’est-à-dire faire exactement la même chose que Hollande, Sarkozy et 30 ans de salauds avant lui. Qu’il faut « réformer », c’est-à-dire détruire. Détruire le système de sécurité sociale, le code du travail… Alors il est où le « antisystème » ? Elle est où la « révolution Macron » ? J’ai 27 ans et j’ai TOUJOURS entendu le même discours dans la bouche des dirigeants. Ils nous ressortent la même merde chaque année et le pire c’est que ça marche.

Tout le monde se foutait de Hollande et de sa gueule de flamby, n’empêche qu’avec la loi El Khomri et la loi macron c’est sans doute lui qui est allé le plus loin dans la filsdeputerie. Dans tous les cas dans deux semaines les électeurs vont voter pour son double en plus jeune, en plus charismatique mais tout aussi dangereux. Et le pire c’est qu’ils se féliciteront d’avoir échappé au péril fasciste.

Profitez en les gars, avec 5 ans de Macron c’est la meilleure voie pour que miss Bleu Marine revienne encore plus forte la prochaine fois. Ces dernières années on a bien vu que la politique libérale aidait à combattre le FN hein (putain 1.2 million d’électeurs en plus en 5 ans), alors surtout ne changez rien.

Le banquier ultralibéral ou la riche héritière fasciste ? C’est Francis qui avait raison. Est-ce que ce monde est sérieux ?

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Adieu, code du travail

"Badinter remet son rapport sur le Code du travail au Premier ministre" le 25 janv 2016, © Force Ouvrière

« Badinter remet son rapport sur le Code du travail au Premier ministre » le 25 janv 2016, © Force Ouvrière

Suivant la stratégie du « Plus c’est gros, plus ça passe », le Gouvernement vient de faire connaître le nouveau projet de « réforme » du code du travail. (En novlangue 2016, réforme = destruction pure et simple.) Celui-ci n’est pas encore passé devant le Parlement. Les débats promettent d’être houleux et on espère que de nombreux amendements seront modifiés. Mais cette stratégie gouvernementale fonctionne bien en général : les éléments du projet de loi les plus immédiatement scandaleux sont retirés pour calmer l’opposition, et le reste de la loi passera. Si elle était passé telle quelle au départ, elle aurait pourtant fait scandale.

Stratégie de manipulation de base : demander énormément pour obtenir beaucoup. Comme le disent si bien les amis du Monde Diplo :

Le pouvoir excelle dans les manœuvres consistant à laisser fuiter les dispositions les plus folles pour ensuite accréditer l’idée que le pire a été évité. Ainsi il a laissé courir le bruit que les heures supplémentaires ne seraient plus rémunérées pour finalement décider un plancher obligatoire de 10 %. Tout le monde crie victoire alors que jusqu’à présent la norme était de 25 %.

En théorie, ce projet de loi ne conteste pas directement sur les 35h qui sont censées rester la référence. Sauf que les façons de les contourner pour le patronat sont tellement nombreuses qu’elles en deviennent une coquille vide. Si encore il n’y avait que ça. De nombreux posts sur le Web résume tout ce à quoi s’attaque ce projet de loi. Et c’est désespérant. On croirait presque une blague. Mais non. Malheureusement.

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Le site 20minutes s’est « amusé » (on rit jaune) à comparer le futur droit du travail français à ses équivalents étrangers. Il en ressort que le droit du travail anglais, pourtant pas vraiment connu pour protéger les salariés, sera finalement plus avantageux que celui français. En fait même le droit du travail en Chine sera meilleur pour les travailleurs sur certains points ! (Par exemple sur le paiement des heures supplémentaires.)

Le détricotage du code du travail n’est pas une lubie nouvelle. Déjà sous les gouvernements de l’ère Chirac, des gus comme Jean-Pierre Raffarin s’y attelaient activement. Citons aussi Dominique de Villepin et son offensive « Contrats de 1ère embauche ». D’ailleurs, à l’époque, Mister Hollande commentait sur Libération :

Vous avez fait du code du travail le bouc émissaire de votre incapacité à créer de l’emploi et fait de son démantèlement l’objet même de votre politique.

On pourrait lui renvoyer exactement les mêmes mots aujourd’hui. Sous Sarkozy, tout s’est un peu accéléré ; la venue au pouvoir d’un PS qui n’a, depuis longtemps déjà, plus rien à voir avec le socialisme, n’a rien arrangé. En fait c’est même sous la Gôche que l’offensive s’est faite plus radicale encore. Le dernier texte de Myriam El Khomri n’est donc que la dernière mouture d’un mouvement vieux de plusieurs années, qui travaille toute la classe politique.

Ce n’est pas rassurant. Les décideurs n’ont même plus à faire semblant et ils paradent sans gène auprès des responsables du Medef. Myriam El Khomri l’avouait elle-même dans un entretien aux Échos le 18 février dernier :

L’objectif est de s’adapter aux besoins des entreprises.

Par entreprises, il faut bien sur entendre instances dirigeantes des entreprises. Les salariés, qui risquent fort de voir leurs droits s’évanouir au soleil, ne comptent pour rien.

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L’abstention ne sauvera pas le monde (les élections non plus)

Le genre d'image qu'on trouve beaucoup sur le Net anarchiste. Ces cons ne perçoivent même pas le paradoxe de ce genre d'incitations : « Si tu ne fais pas comme moi, c'est que tu es un mouton ».

Le genre d’image qu’on trouve beaucoup sur le Net anarchiste. Ces couillons ne perçoivent même pas le paradoxe de ce genre d’incitations : « Si tu ne fais pas comme moi, c’est que tu es un mouton ».

C’est la nouvelle marotte à la mode. La pensée déjà pré-mâchée qu’il fait bon de ressortir à chaque discussion sur les élections à venir. Depuis le début de l’année 2012 et les élections présidentielles de l’époque, je vois monter cette idée, assortie de ces phrases toutes faites qu’on peut répéter sans même y croire vraiment. On peut la résumer comme ça : voter ne sert à rien. À quoi il faudrait ajouter : l’abstention, c’est refuser ce système.

Donc voilà, la jolie attitude du rebelle qui, voyez-vous, ne s’en laisse pas conter par les médias, qui ne va pas voter mais surtout qui le revendique. Il y en a même pour croire qu’une abstention massive ferait s’écrouler le système. Dans tous les cas : abstiens-toi et tu seras cool.

L’ironie, c’est que ma culture politique a été faite avec les anarchistes. Et chez les anars, cette idée que le vote est une compromission, et que l’abstention est le top du top de la rebellitude, on la retrouve au moins depuis 1885 et la célèbre lettre d’Élisée Reclus. Je trouvais déjà très faible niveau réflexion cette valorisation de l’abstention, mais à la limite je pouvais la comprendre quand elle n’était tenue que par des anars : ça avait au moins le mérite de faire entendre une voix discordante dans le grand tintouin des célébrations « démocratiques ». Ça aura pris du temps, mais maintenant elle s’est répandue bien au-delà des cercles libertaires. Du coup l’idée en 2015 a perdu de son aura subversive : elle est répétée par beaucoup de gens divers et variés.

Qu’on soit bien clair : je ne suis absolument pas dupe sur la « démocratie » made in France 5e République. J’avais déjà publié un long billet pour expliquer ma position, je ne vais pas revenir dessus. On peut juste résumer ça comme cela : si je ne suis pas sur que voter soit très utile, c’est évident que l’abstention ne sert à rien.

En quoi ça va faire écrouler le système ? On vit dans un pays où l’abstention est déjà majoritaire à chaque élection ! Est-ce que ça a changé quelque chose ? Est-ce que nos dirigeants, qui se disent « élus » (toujours par une minorité, donc), se sont retirés en disant : « Ah je ne suis plus représentatif, je démissionne ». Évidemment que non ! Évidemment que tous (qu’ils soient de gauche ou d’extrême-droite) ont continué à fanfaronner aux quatre vents sur leur prétendue « victoire démocratique ».

Bon, vous me direz, c’est normal que ces pourris ne veulent pas ouvrir les yeux. Leur carrière et leurs intérêts les pousse à faire continuer ce jeu de dupe. Mais les citoyens, alors ! Mais nous ! De voir cette supercherie électorale ainsi dévoilée aurait du provoquer quelque chose, je ne sais pas moi, mais un début de réaction au moins. Mais non. Même les abstentionnistes, si fiers de leur posture rebelle-cool, n’ont rien fait. Je suis le premier que ça énerve, mais il faut se rendre à l’évidence.

L’abstention ne sert à rien. L’abstention ne changera jamais rien. Parce que les votes blancs et nuls ne sont pas comptabilisés. Parce qu’une élection ne sera jamais invalidée même si seulement 10 électeur sur 100 se déplacent aux urnes. Parce que les abstentionnistes ne forment pas un groupe homogène, et qu’ils n’ont ni les moyens ni même l’envie de faire entendre leur refus de ce système (bien faiblement exprimé, de toute façon).

À l’inverse, en votant on a quand même une petite chance de porter au pouvoir les clowns les moins tristes du lot. Évidemment que voter ce n’est pas la panacée, et que ce n’est pas comme ça qu’on changera en profondeur les choses. Mais il s’agit de prendre les élections pour ce qu’elles sont : un moment de la démocratie. Les médias dominants, et toute une part des responsables politiques, voudraient faire croire que c’est là LE geste démocratique par excellence. On est d’accord, c’est du bullshit.

Alors non les élections ne changeront pas le monde. Mais sous prétexte que la clé du politique ne se cache pas dans les élections, il faudrait jeter le bébé avec l’eau du bain ? Voter n’est pas plus important que participer à une association ou militer, par exemple. Mais voter est un des moments du politique, et c’est un moment important : nos dirigeants ont beaucoup de pouvoir aujourd’hui et ce pouvoir, quoi que tu en dises, et toujours donné par les urnes. Que tu votes ou pas ne changera pas le fait que ce pouvoir existe. Mais tu peux choisir qui utilisera ce pouvoir.

Je vais conclure avec deux points :

  • le fait de voter n’oblige pas à cautionner tout ce que fait l’équipe élue par la suite ;

  • mais voter n’est pas suffisant pour remplacer le militantisme, quel qu’il soit, sur le terrain.

Alors faisons les deux !

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Écosse : leçons de démocratie

Vue sur Édimbourg, par Jesus Belzunce (Flickr)

Vue sur Édimbourg, par Jesus Belzunce (Flickr)

Les gens vivant en Écosse ont donc choisi de ne pas faire de ce pays un État indépendant. J’écris à dessein « gens vivant en Écosse », et non pas « Écossais », car c’est là, il me semble, la première leçon de démocratie de cette histoire.

Les organisateurs de ce référendum ont eu l’intelligence de baser le vote non pas sur des critères identitaires / nationalistes, mais sur l’ancrage concret des gens dans le quotidien du pays. L’idée était simple : toutes les personnes de plus de 16 ans vivant sur le territoire ont le droit de voter. Qu’ils soient Écossais, Anglais ou Hobbit ne change rien à l’affaire. C’est leur participation jour à jour dans la réalité du pays qui importe, et la dimension de nationalité est finalement assez secondaire.

Conséquence : les Anglais vivant en Écosse ont pu voter alors que les Écossais vivant hors d’Écosse ne l’ont pas pu. D’aucuns se sont offusqués de ce mode de fonctionnement qui a sans doute favorisé la victoire du « non ». Personnellement, je ne peux m’empêcher d’apprécier cette logique qui place à distance les questions identitaires pour se concentrer sur la question démocratique.

Car enfin, à partir du moment où l’on ne vit plus dans un pays, en quoi le fait d’y être né gratifie d’un quelconque droit à décider de la vie des gens qui y résident encore ? C’est évidemment une question rhétorique que je pose, car je répondrai : en rien. En rien car la politique – au sens de Politeia – renvoie à la structure et au fonctionnement de la vie en société ; cela concerne le commun. Les gens qui partagent ce commun sont les seuls concernés, les autres n’ont pas grand chose à y faire – et qu’ils soient nés sur place il y a quelque années n’est pas un argument.

Pour moi c’est une question logique de démocratie. La vie en collectivité se décide par les gens qui la vivent, tous les gens qui la vivent.

Pourtant, presque partout ailleurs ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. En France en premier lieu. Les dits « Français de l’étranger » ont le droit de vote, même s’ils n’ont pas mis le pied sur le sol national depuis des années, alors que les étrangers vivant en France, qu’ils travaillent ou pas, sont privés de ce droit démocratique.

C’est donc la première leçon de démocratie de cette histoire, enseignée par l’Écosse. On a pourtant affaire à un peuple et un territoire avec une identité culturelle très marquée… mais qui a l’intelligence de ne pas réduire la question de l’indépendance à une bête question identitaire. C’est beaucoup plus intéressant que cela. Ils n’étaient pas en train de se demander : « Souhaitons-nous vivre entre nous ? », mais bien : « Quel modèle de société voulons-nous ? ». Alors, évidemment, le sentiment d’appartenance (d’un coté ou de l’autre) a fortement pesé sur la balance des choix individuels une fois devant l’urne. Mais grâce à ce mode de fonctionnement, ce référendum a été l’occasion d’un vrai débat politique et démocratique.

La deuxième leçon de démocratie, c’est le taux de participation de presque 90%. Preuve en est que si on leur propose un débat de qualité, avec une vraie alternative, les gens s’emparent de la question politique. Ils votent, et même plus que cela : ils en parlent, en débattent, encore et encore. Tous les commentateurs s’accordent pour dire que le pays entier discutait du référendum depuis plusieurs semaines. (Et ce n’est sans doute pas prêt de s’arrêter, parce que même avec le victoire du « non », quelque chose dans le pays est changé à jamais : c’est peut-être la naissance d’un nouvel imaginaire politique)

Prochain épisode : le référendum catalan, prévu pour début novembre. Cela risque d’être une tout autre histoire…

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La France et l’immigration

Jamaica airport immigration, © rickpilot_2000 (Flickr)

Jamaica airport immigration, © rickpilot_2000 (Flickr)

Rue89 publie un article sur le fantasme du « Grand Remplacement », idée de plus en plus en vogue dans les milieux d’extrème-droite. Ce fantasme, c’est l’idée que le peuple français (voire européen, dans certaines versions) est en phase d’être remplacé par des peuples d’origine étrangères, notamment en provenance d’Afrique. Et cela, évidemment, avec la complaisance de l’État et des élites du pays.

J’ai envie de profiter de cet article, et des pistes d’éléments qui y sont donnés, pour faire un petit point sur la réalité de l’immigration en France. Car, souvent, on entend du tout et – surtout – du n’importe quoi. L’idée ici est de simplement compiler des données, des faits, sans développer une opinion ou une prise de position.

Un immigré, c’est quoi ?

On ne se pose pas forcément la question et pourtant les chiffres diffèrent grandement selon la définition que l’on choisit d’adopter. Prenons trois exemples.

Pour l’ONU, un immigré est, simplement, une « personne née dans un autre pays que celui où elle réside ». L’INSEE, organisme de statistique national, a déjà une approche plus restrictive puisqu’au critique géographique est ajouté la mention de nationalité : est immigré « une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. » Enfin, le Haut Conseil à l’intégration définit l’immigré comme une « personne née étrangère à l’étranger et entrée en France en cette qualité en vue de s’établir sur le territoire français de façon durable. » Ce qui réduit encore le nombre de personnes classés comme immigrés. Ainsi, alors que l’ONU compte 11,1% d’immigrés en France, l’INSEE n’en voit que 8%.

Tout se complique alors si l’on considère qu’il y certes des immigrés, mais qu’il y a aussi des étrangers, et que ce n’est pas forcément la même chose. Ah bon ? Oui, et cette fois la définition est partagée internationalement : un étranger, dans notre cas, est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française. » On peut donc être un immigré mais ne pas être un étranger car, depuis notre arrivée sur le sol français, on a obtenu la nationalité française.

Et les personnes d’origine étrangère alors ? Ah ! On les appelle aussi personnes issues de l’immigration. Cette notion, bien qu’utilisée très couramment dans les médias, est rarement définie avec précision. Ce sont les enfants de personnes immigrées, mais parfois on remonte jusqu’à la deuxième, voire troisième génération. Et parle-t-on des enfants dont les deux parents sont immigrés, ou suffit-il qu’un seul des deux le soit ? Ce point est important car en France les unions dites « mixtes » sont courantes.

Avec tout cela, on voit bien qu’il est extrêmement compliqué de compter combien de personnes l’immigration concerne directement ou indirectement. Tout dépend des critères de définition que l’on choisit. Mais on peut toujours essayer…

L’immigration, aujourd’hui, ca représente quoi en France ?

Pour cela, il nous faut maintenant distinguer le nombre d’immigrés qui sont rentrés récemment sur le territoire et ceux qui y sont déjà depuis de nombreuses années. Cette distinction est importante.

L’immigration…
— En terme d’entrées récentes, ça concerne environ 245 000 personnes, soit 0,4% de la population du pays. Ce qui est peu, et en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE.
— En terme d’immigré résidant depuis longtemps en France, on l’a vu, on est entre 8 et 11% de la population selon la définition adoptée, ce qui nous fait grosso modo 7 millions de personnes. Ce qui place la France à la 6e place mondiale, derrière les États-Unis ou l’Allemagne mais devant le Royaume-Uni et l’Espagne.

La France est donc, aujourd’hui, un pays qui accueille relativement peu d’immigrés sur son territoire par rapport aux autres pays occidentaux, notamment européens. Cela peut s’expliquer par une donnée simple : la démographie. L’Allemagne, par exemple, est un pays où la population se renouvelle mal. Et qui donc a besoin de l’immigration pour ne pas perdre des habitants (ce qui est catastrophique à long terme selon la plupart des économistes), et qui donc tend plutôt à encourager la venue de nouvelles personnes. En France, ce problème de natalité se pose moins : on fait assez d’enfants, donc pas besoin de faire appel à des gens extérieurs. Ce qui explique pourquoi les frontières de la France, quoi que peuvent dire certains, sont plutôt davantage fermées qu’ailleurs.

Mais ce ne fut pas toujours le cas et, sans doute, vient de là ce fantasme du « Grand Remplacement ». Les droitistes avancent souvent l’idée qu’il y a plus de maghrébins aujourd’hui parmi les Français qu’auparavant. C’est vrai. Car, si l’immigration actuelle en France est en dessous de la moyenne européenne, l’immigration passée a été forte ! C’est-à-dire que, principalement dans les années 1960 et 70, on a fait venir un grand nombre de personnes pour alimenter l’économie du pays. Et, aussi, pour des raisons démographiques (après chaque guerre mondiale, la France a fait venir beaucoup de personnes).

Ces immigrés, naturalisés ou pas, sont donc là depuis plus de 50 ans pour certains. C’est une population hétérogène et dynamique qui a fait des enfants et gagné en espérance de vie. Aujourd’hui l’INSEE estime à 6,7 millions le nombre de personnes immigrées ou descendants directs d’immigrés (par au moins un des parents), et environ 26,6% des 25-54 ans seraient dans ce cas.

On a donc une double spécificité française :
– une immigration plutôt plus ancienne qu’ailleurs, ce qui explique un grand nombre de descendants d’immigrés, directs ou indirects, dans la population,
– et une immigration actuelle faible par rapport aux autres pays de l’OCDE.

Et la fameuse « intégration » ?

Dans l’ensemble, les immigrés et leurs descendants sont plutôt très bien intégrés. En témoigne un taux de mariage mixte parmi les plus forts d’Europe (mariage mixte = union de deux personnes de nationalités différentes) et un alignement très rapide du taux de fécondité des familles immigrées sur les familles françaises.

89% d’entre-eux disent se sentir « chez eux » en France (contre 94% de l’ensemble de la population) mais près d’un descendant d’immigré sur deux regrette qu' »on ne les voit pas comme des Français ».

Au niveau travail, les descendants d’immigrés connaissent beaucoup de difficultés à accéder aux emplois les plus qualifiés. Mais ce n’est pas vraiment une spécificité des descendants d’immigrés. En fait ces derniers s’intègrent souvent dans les classes sociales les plus dominées, au sein des travailleurs précaires et peu qualifiées. Ils en partagent l’essentiel des caractéristiques.

Il en reste que le niveau médian de vie des immigrés est inférieur de 30% au niveau de vie médian en France.

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Le FN, Athènes et l’abstention

"Little black spots", Athènes, © Éole Wind (Flickr)

« Little black spots », Athènes, © Éole Wind (Flickr)

À chaque élection, c’est la même rengaine dans les médias. On fait d’abord mine de s’émouvoir du faible taux de participation aux urnes pour, finalement, ne pas prendre en compte ce taux d’abstention, aussi important soit-il, dans les calculs de pourcentage.

Ainsi entend-on répéter partout que le FN a fait un score de 25% aux dernières élections européennes. C’est faux. Seuls 42,5% des électeurs se sont exprimés hier en déposant un bulletin dans l’urne. Le FN n’a fait que 24,85% de ces 42,5%. Il n’a donc recueilli, au final, que 10,56% des voix des électeurs. (Et encore ce chiffre ne prend en compte ni les votes blancs, ni les bulletins nuls, ni tous les gens qui, par choix ou par contrainte, ne sont pas inscrit sur les listes électorales alors qu’ils sont en âge de voter.)

Les "vrais" résultats ressemblent à ça… Image empruntée à http://semaphores.info/

Les « vrais » résultats ressemblent à ça… Image empruntée à http://semaphores.info/

Je dis « que » mais on est d’accord sur le fait que c’est déjà beaucoup trop. Peut-être faut-il quand même relativiser la crainte qui peut naitre face à ces résultats ? En fait le FN est très loin d’être majoritaire en France, et il a même perdu des voix depuis les élections présidentielles de 2012.

2012 : FN 18% = 6.421.426 bulletins
2014 : FN 25% = 4.500.000 bulletins
Perte réelle = 2 millions

Ce qui fait la différence de ces européennes par rapport aux présidentielles, c’est que l’abstention a monté en flèche, et que les électeurs d’extrême-droite sont apparemment restés un peu plus mobilisés que les autres. Pour autant, on se gardera bien des analyses débiles disant que les abstentionnistes permettent au FN de gagner. « Le FN passe quand leur idées nauséabondes sont déjà bien ancrées dans les têtes », comme disait un blogueur. Je me console un peu en voyant que, dans ma commune, c’est José Bové qui est arrivé en tête. Le monde n’est pas pourri partout pareil.

À chaque élection, c’est la même rengaine dans ma tête. Je me pose des questions sur l’abstention. Il y a deux ans j’avais déjà écris un article qui récapitulait mes réflexions sur le sujet. Il me semble que c’est toujours d’actualité.

D’abord, comment est-ce possible que, dans un système qui se dit « démocratique », une élection puisse être considérée comme valide alors que près de 6 personnes sur 10 a choisit de ne pas voter ?

Le concept de démocratie inventé par les Athéniens il y a 2500 ans n’avait rien à voir avec ce que l’on connait aujourd’hui en Occident. Eux cherchaient à éviter la formation d’une élite qui fasse du politique une profession et, surtout, s’organisaient pour que jamais le « pouvoir du peuple » ne se transforme à un « pouvoir sur le peuple« . Aujourd’hui, les personnes politiques sont devenus plus importantes que les projets politiques – qui brillent par leur absence, y compris au FN ; et ce qu’on considère comme l’acte politique le plus important consiste à glisser un papier dans une boite une fois de temps en temps. On élit des gens à propos desquels on ne sait rien, sur lesquels on a aucune garantie, aucune possibilité de contrôle.

La moindre des choses dans une démocratie serait d’organiser la révocabilité des élus en cas de non-respect du programme pour lesquels ils sont élus. Et, ce n’est pas négligeable, de ne considérer un représentant « légitime » que s’il obtient une majorité absolue des voix. Et 10%, comme a obtenu le FN ce weekend, c’est très loin d’être suffisant. Pareil pour le président en place qui est, selon les derniers sondages, à peine à 18% de popularité.

Cela suppose au moins deux choses :
– ne pas fonder la vie politique sur la compétition/consommation des personnalités mais sur le débat des idées ;
– ne pas organiser le pays en pyramide mais partir de la base pour aller vers le haut, et donc se rappeler que la seule vraie démocratie est locale, communale – une sorte de fédéralisme à la Proudhon.

Ensuite, quelle est la pertinence stratégique de l’abstention ?

Du coté des sociaux-démocrates, on accuse les abstentionnistes d’être responsables du score de l’extrême-droite. Du coté des anars initialement, et d’une frange de plus en plus importante de la population finalement, on valorise l’abstention sur un mode mi-cynique mi-rebelle en disant, en somme : voter ne changera jamais les choses alors qu’une abstention massive fera s’écrouler le système, de toute façon les clés du politiques sont ailleurs, donc abstiens toi et tu seras cool.

Double bullshit.

Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’on ne fera pas la révolution en votant, ni en militant dans des orgas classiques de la politique d’ailleurs – et dans les « classiques » je comprends aussi les anars. Perso j’ai l’impression d’avoir rencontré bien plus de vraies attitudes révolutionnaires dans le mouvement associatif, notamment écolo (les Colibris par exemple sont un foyer riche de personnes géniales), que chez les militants. Pour une raison simple : les militants sont tellement persuadés de se battre pour la bonne cause, d’être les gentils de l’histoire, qu’ils ont du mal à remettre en cause leurs pratiques. Du coup, les milieux d’extrême gauche sont remplis de sexistes, racistes, gros cons plus ou moins refoulés à l’égo en quête de reconnaissance.

Bref, je suis d’accord avec cela mais je ne vois pas en quoi ne pas voter fais avancer le schmilblick. Surtout dans un monde où l’abstention, même ultra majoritaire, n’invalide pas une élection, et où les responsables politiques, qu’ils soient PS, UMP ou FN (on l’a vu ce weekend), se flatte de représenter le peuple dans son ensemble quand à peine un couillon sur dix s’est prononcé pour eux. L’abstention fera s’écrouler le système, donc ? C’est un peu court comme analyse. Et, surtout, c’est faire un pari dangereux puisqu’on voit bien qu’au final ce sont les pensées mortifères des droites qui gagnent en visibilité dans cette histoire.

Si le vote ne sert sans doute pas à grand chose, il me semble que l’abstention, dans l’état actuel des choses, ne sert clairement à rien.

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