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État de droit et jeunes loups carriéristes

Écrit le 8 octobre 2017.

« Oubliez le FN et leurs conneries, mais oubliez-les bordel de merde ! et regardez devant, ce qui nous arrive : les sociaux-démocrates… Souriez, vous êtes gérés ! Il ne s’agit plus d’aboyer maintenant, mais bien d’entrer, avec votre salaire minimum de croissance, dans l’atermoiement illimité des sociétés sécurisées. » (Damasio)

« À ce titre, le véritable danger auquel nous sommes désormais confrontés vient peut-être moins, comme on le croit souvent, de partis « extrémistes » : partis instrumentalisés comme épouvantails le soir d’élections pour gonfler le prétendu vote « utile », sur fond de discours antifascistes d’opérette (…) Mais de la très insidieuse, et du coup très efficace, dérive autoritaire et anti-démocratique de partis perçus comme « démocratiques » et qui le sont en réalité de moins en moins. » (Serrano)

Tranquille, juste après avoir supprimé un ensemble de protections juridiques et sociales pour les salariés, le gouvernement officialise la sortie, pour la France, d’un État de droit. Il donne au Ministère de l’Intérieur, à la police et aux préfets des pouvoirs exorbitants.

Rappel : « Un État de droit est celui dont le droit protège n’importe lequel de ses résidents de l’arbitraire de l’État. » Notamment en organisant une séparation entre les trois pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. La France était déjà mal en point avec un pouvoir législatif quasi inexistant. On a beau avoir une Assemblée plus un Sénat, dans les faits plus de 80% des lois sont d’origine gouvernementales. L’arrivée des député-e-s LREM et des ordonnances ont fortement accentué le mouvement : l’Assemblée est une chambre vide qui n’a plus de réel pouvoir. Plus de débat, plus de prise de décisions – et les gesticulations de Mélenchon n’y changeront pas grand chose malheureusement.

Avec cette nouvelle loi dite « de lutte contre le terrorisme », et celle sur le code du travail, c’est le pouvoir judiciaire qui, à son tour, est réduit à pas grand chose. Les flics n’ont plus besoin de demander l’accord d’un juge (dont le travail était de vérifier la conformité avec la loi et que les preuves étaient suffisantes) avant d’intervenir et de punir. Ils peuvent assigner à résidence des personnes, perquisitionner à domicile, fermer des lieux de culte, mettre en place des « périmètres de sécurité » (pratique pour empêcher une manif)… Sans réel contrôle judiciaire donc, et encore pire, sans avoir besoin besoin de fournir des preuves avant d’intervenir. Mais seulement de soupçons.

Macron et Collomb font le même lapsus, disant « sortir de l’État de droit » au lieu de « l’État d’urgence ». La blague serait presque drôle si l’on ne riait pas aussi jaune. Car ça fait déjà quelques mois que police et gouvernement marchent main dans la main pour dépasser tous les curseurs d’alarme.

Je me souviens des 639 manifs (écolos et/ou de gauche ) interdites en seulement un an et demi au nom de la lutte contre le terrorisme. Sur ces 639 manifs interdites, 574 étaient des événements contre la Loi « Travaille ! ». Le fameux « terrorisme » auquel s’attaque le gouvernement, jamais clairement défini, n’est donc pas celui qui pose des bombes au Bataclan, mais celui qui veut marcher dans la rue pour s’opposer à la hausse continue des inégalités depuis 30 ans suite aux politiques néolibérales.

Je me souviens des tabassages en règle de manifestants par la Bac ou les CRS, des yeux perdus, des nez pétés, des hématomes dus au flashball ou aux coups de matraque, des gazs lacrymos projetés directement dans les yeux de manifestants assis et déguisés en clowns pacifistes… et même des morts, dont Rémy Fraisse dans le Tarn aura été la plus médiatisée.

Je me souviens qu’en 22 mois d’état d’urgence il y a eu 6000 perquisitions… pour seulement 30 enquêtes liées au terrorisme et un résultat final de 20 mises en examen. L’énorme majorité des opérations policières déployées (99,7% au regard des chiffres ci dessus donnés par Mediapart) n’ont donc pas visé des vrais « terroristes ». Mais soit des militants de mouvements sociaux ou contestataires. Soit des personnes racisées dénoncées parce qu’elle portait une barbe ou un foulard.

En plus il y a des airs de Orwell (1984). Le gouvernement sait choisir ses mots. Les perquisitions sont désormais des « visites domiciliaires ». Pourtant, une perquisition ça peut laisser des traumatismes. Quand des dizaines de flics cagoulés défoncent la porte de ton appartement, armes au point, te passent les menottes, détruisent tout chez toi pour chercher des preuves…

Même la pourtant timide et mesurée Commission nationale des droits de l’homme demandait au gouvernement d’abandonner le projet. Même l’ONU, via deux de ces experts, s’est senti obligé de lancé une alerte sur le sujet. En fait les structures officielles, peu soupçonnables d’être d’extrême gauche ou de s’inquiéter pour rien, sont nombreuses à lancer des alarmes : ACAT, Amnesty international, Action droits des musulmans, LDH, Quadrature du Net, Observatoire international des prisons, GISTI, Credof, Human Rights Watch, Syndicat de la magistrature…

Le récent procès dit « de la voiture de police brulée » résonne comme une triste illustration de ce qui est en train de se passer. Neuf militants d’extrême gauche jugés sur la seule base d’un témoignage anonyme d’un policier, que la défense n’aura pas pu interroger de tout le procès, alors même que les images des caméras tendaient à montrer l’innocence des personnes. Une très inquiétante façon de rendre « justice ».

Mais après tout, le gouvernement avait prévenu : le 24 novembre 2015 il envoyait une notification au Conseil de l’Europe pour prévenir que la France allait « déroger » à la Convention européenne des droits de l’homme. Alors bon…

Je reécoute mes vieux classiques punks et ça dit : « Les jeunes loups carriéristes, préfabriqués et conformistes, seront la prochaine élite fasciste ».

Ça donne drôlement juste fin 2017.

Sur la loi antiterroriste et l’état d’urgence :

https://www.mediapart.fr/journal/france/dossier/etat-durgence-etat-dexception

Sur les nombreuses remises en cause du droit à manifester :

https://www.mediapart.fr/journal/france/300517/depuis-2015-letat-durgence-grignote-le-droit-de-manifester

Sur le procès de la voiture brulée :

https://lundi.am/jour4-Alain-Damasio

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Macron-le-centriste

Écrit le 10 juin 2017

Il y a encore (beaucoup, en fait) des médias pour considérer Macron comme « centriste ». Il va falloir qu’on nous explique ce qu’est le Centre dans cette conception de la politique… Pour ma part je constate :

1.Qu’au niveau économique, Macron est sans aucune hésitation le président le plus libéral que la France ait jamais connu. Malgré tous les beaux mots positifs savamment choisis par le gouvernement, le programme de base est assez simple : une casse du Code du travail et des protections pour les salariés qu’il impliquait. Fin de la durée légale du travail (adieu heures sup’ mieux payées), travail plus fréquent et moins payé le week-end et les nuits, contrats de travail plus précaires, blocage des indemnités licenciements, fin des accords de branche… Bref, on sait ce que ça a donné en Angleterre ou Allemagne qui ont déjà, tout ou partie, adoptés de telles « réformes » (le nouveau mot pour dire casses) : conditions de travail plus précaires, explosion du nombre de pauvres… Il faut ajouter la modification du chômage, qui reste encore très floue. Mais ce qui se semble se profiler c’est une baisse des montants chômage et davantage de contrôle sur les chômeurs.Tout ça au nom de l’argument mille fois répété mais jamais démontré : trop de contraintes sur les entreprises nuit à l’emploi (contraintes = droits des travailleurs et cotisations chômages, retraites…). En gros la modernisation Macron c’est foutre en l’air les systèmes de solidarité nationale mis en place par le Front Populaire et le Conseil National de la résistance.

2.Qu’au niveau démocratique, il veut court-circuiter l’assemblée nationale, pourtant organe le plus démocratique de la 5e république, en légiférant par « ordonnances ». Entre ça et la dérive sécuritaire (ci-dessous), c’est la séparation des pouvoirs qui en prend un sacré coup au profit exclusif de l’exécutif. Heureusement qu’il y a eu un Front Républicain pour défendre nos institutions, hein.

3.Qu’au niveau des libertés individuelles et collectives, le nouveau gouvernement est très flippant. Non seulement l’état d’urgence et toutes ses dérives autoritaires est encore prolongé de plusieurs mois, mais en plus ils projettent de faire entrer dans le droit commun les mesures de l’état d’urgence censé être exceptionnelles. Et ils vont même plus loin ! Par exemple la possibilité pour le Ministère de l’intérieur d’obliger une personne à donner tous ses identifiants numériques.
Cette annonce tombe au moment même où Amnesty International s’alarme des dérives autoritaires de l’Etat Français : au nom de la lutte contre le terrorisme, ce sont des manifestations de gauche et/ou écologistes qui sont interdites, ce sont des gardes à vue sans vraie raison, ce sont les violences policières qui sont en augmentation flagrante, l’utilisation autorisée d’un lot de plus en plus important d’armes en tout genre. L’état d’urgence (bientôt permanent) : pas d’effet sur le terrorisme mais un arsenal d’outils bien pratique pour réprimer, parfois dans le sang, les contestations politiques (combien de manifestants ont perdu un oeil ces dernières années ? Ou Amnesty parle de plus d’un millier de blessés lors des manifs contre la loi travail. Ou dernier exemple le 1er mai à Paris : 10% des manifestants du cortège de tête ont fini ont été blessés selon la team des Street Medics… à ce stade ce ne sont plus des bavures mais une volonté assumée de marquer dans les chairs, de blesser).

Si le FN avait fait seulement 1/3 de ces faits, on aurait hurlé au fascisme (peut-être à raison), si la France insoumise l’avait proposé, on aurait hurlé au bolchévisme, à la terreur rouge… mais comme c’est Macron-le-centriste, tout va bien…

sur la casse du code du travail :
http://www.lemonde.fr/…/droit-du-travail-une-reforme-direct…

sur la dérive sécuritaire :
https://www.nextinpact.com/…/104503-ligne-par-ligne-lavant-…

le rapport d’Amnesty international :
https://www.amnesty.org/fr/documents/eur21/3364/2016/fr/

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Paris, place de la République : les mensonges se répètent

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Ce qui s’est passé à Paris, place de la République, ce weekend n’est pas sans rappeler les manifestations pour Sivens à Toulouse en fin d’année dernière. Même interdiction préalable de la manif au nom de la « sécurité ». Même tactique policière d’encerclement / immobilisation. Mêmes violences et mêmes tentatives de résistance des manifestants. Même traitement partisan des médias ne parlant que de la « violence » de prétendues « casseurs » – ça en devient si grotesque que c’est à se demander si un seul journaliste était vraiment sur place au moment des faits. Même discours des politiques qui vont condamner les prétendues « violences » en oubliant volontairement de parler du contenu politique des manifestations.

La différence cependant, c’est que la manif à République a rassemblé plus de gens qu’à Toulouse. Conséquences : les témoignages (textes, photos et vidéos) se multiplient sur le Net et le gouffre se creuse entre la version « officielle » des hommes politiques et des médias, et celles des gens comme vous et moi qui ont directement participé à l’événement.

Même interdiction préalable de la manif au nom de la « sécurité »

Avec Sivens, c’était au nom de la sécurité des Toulousains que le préfet avait interdit les manifestations. Pour cela, il jouait la corde déjà usée des dangereux-militants-écolos-qui-vont-tout-casser, les colorant au choix en « black block » ou en « terroristes verts ». Comme la fable n’était pas suffisante pour convaincre, tout avait été mis en place pour faire peur.

En arrivant en centre-ville, bien avant le lieu de rendez-vous de la manif, on croisait des policiers cagoulés et armés par dizaines. Le métro avait été fermé, des annonces par haut-parleur parlaient de la manifestation sans donner de précisions. Des groupes de CRS passaient chez les commerçants pour leur demander de fermer leur vitrine, pour éviter que les manifestants ne les brisent. Tout ça pour à peine 400 manifestants, dont un grand nombre déguisés en clowns arborant des slogans pacifistes, qui réussiront à faire à peine 500 mètres avant de se faire encerclés, gazés et frappés par la police. Mais qu’importe la réalité de cette petite manifestation pacifiste réprimée : les moyens et les méthodes déployés avaient réussis à faire croire au passant lambda que des hordes de gauchos-casseurs mettaient le centre-ville à feu et à sang.

Cette fois, le contexte se prête encore mieux à ce genre d’effet d’annonce jouant sur la peur. On est en plein « état d’urgence », ce qui tend à légitimer de fait tous les comportements policiers. Le gouvernement reprend des slogans fascistes que même la famille Le Pen avait arrêté d’utiliser : « La sécurité est la première des libertés ». Partout ça joue sur les sentiments, les émotions ; penser devient un exercice difficile et ceux qui s’y prêtent sont accusés de justifier les terroristes.

Aussi les interdictions se font à une toute autre échelle : c’est l’ensemble des marches pour le climat qui ont été interdites au niveau national. Certains y verront une mesure normale pour garantir la sécurité de tous. D’autres remarqueront que ces marches interdites étaient politisées, rassemblant une grande variété de personnes et d’idées ayant néanmoins en commun une lecture critique de la COP21 (marchés de Noël, stades sportifs et autres lieux de consommation restent eux ouverts). Parmi les cibles des quasi 2000 perquisitions qui ont eu lieu depuis les attentats du 13/11, il y a d’ailleurs eu de nombreux militants d’extrême-gauche, des écolos et même des maraîchers bio dont le seul tord étaient de s’être rendus à Notre-Dame-des-Landes. La « sécurité » peut cacher des motivations autrement politiques.

Même tactique policière d’encerclement / immobilisation

À Toulouse, les manifestants s’étaient rapidement trouvés bloqués par deux murs de CRS, l’un devant et l’autre derrière. Toutes les rues adjacentes étaient fermées par des policiers portant des flashballs. C’est dans cette zone close que les CRS avaient lancé des grenades lacrymogènes, puis avaient chargé – en cela largement aidés par les gens de la Bac, de loin les plus gratuitement violents.

Pour Paris, la tactique est très similaire : surnombre de policiers, encerclement des manifestants, charge dans les manifestants qui ne peuvent pas s’enfuir. Exemple avec un témoignage initialement publié sur Facebook :

Vers midi nous nous sommes retrouvés place de la République dans une atmosphère bon enfant, les gens mangeaient, discutaient, chantaient et dansaient. Assez rapidement les CRS ont bloqué toutes les rues adjacentes à la place de la République, je dis bien toutes les rues avant de bloquer les entrées de métro. Nous avons décidé de faire une marche sur la place en tournant en rond en scandant des slogans, la manifestation interdite s’étant transformée en manifestation « obligatoire ».

Ou un autre sur la blogosphère Médiapart :

Arrivée vers 13h30, sur certains axes la Place est bouclée. Un NOMBRE (oui, majuscule) de CRS tellement impressionnant que cela en devient ridicule. J’entre sur la place par la rue Léon Jouhaux, des CRS sont présents mais on me sourit, tout va bien. Je fais le tour, 1er constat, il y a beaucoup plus de CRS que de manifestants. (…) Ce que je n’ai pas encore saisi, c’est que la Place est peu à peu claquemurée.

Mêmes violences et mêmes tentatives de résistance des manifestants

Les journaux ont beaucoup parlé de « violences », de « vandalistes » en pointant du doigt les manifestants. À Toulouse comme à Paris, le décalage était pourtant grand entre ces discours et ceux relayés par les participants directs des événements. À chaque fois, tous témoignent des charges de CRS sur des foules pacifistes (les clowns en première ligne) qui ne peuvent de toute façon pas s’enfuir. On cherche également en vain les « casseurs » qui ne semblent être que des manifestants ripostant à l’agression qu’avec les faibles moyens à disposition.

À Toulouse :

Les premiers rangs de manifestants finissent par s’asseoir dans cette attente absurde. Des confettis sont jetés. Quelques filles dansent avec des clowns. Ambiance bon enfant, même si un peu plus loin on entend le slogan, repris en cœur, « Flics, porcs, assassins ». (…)

Pourtant une sorte de résistance des manifestants se met en place. Certains partagent des tubes de sérum physiologique pour se protéger les yeux, d’autres proposent du citron à mettre dans les écharpes – ça aide à masquer l’effet des lacrymos. Et d’autres, qui ont pensé à prendre des gants, font le choix de renvoyer les grenades lacrymos en direction des CRS. Ceux-là sont abondamment photographiés par les quelques journalistes présents – on les présentera sans doute comme les diaboliques « casseurs » qui provoquent la violence.

Et à Paris, République :

En face des CRS il n’y a plus que des clowns et beaucoup, beaucoup de journalistes. Et le spectacle devient vraiment comique, mais vraiment. Contre qui charge les CRS, je ne sais pas, et pourtant je suis là, je fais des photos, mais qui chargent-ils ? Ça ne peut pas être les 4 clowns, si…Non… « Moi, mais garçon regarde-moi, je pèse moins que tes pompes » ! Ce cirque est de tout évidence pour les médias. (…)

Les CRS ont gazés ceux qui étaient devant deux fois ce pourquoi quelques manifestants ont balancé une barrière métallique. (…) Les CRS ont donc commencé à envoyer des grenades lacrymogène dans la foule ce qui a provoqué des envois de projectiles de la part des manifestants.

Cette tactique policière a permis, les deux fois, d’interpeler un grand nombre de manifestants. À Toulouse certains avaient écopé de lourdes peines. Je crains que ce soit la même chose injuste à Paris.

Même traitement partisan des médias : où est la violence ?

Tous les médias ne vont pas aussi loin dans l’ignominie. Mais les réactions des manifestants parisiens sont globalement les mêmes que celle que j’avais eu en rentrant chez moi en novembre 2014.

Un Parisien sur Facebook :

Je viens de rentrer de Paris, j’allume les infos et évidemment les journalistes ne disent absolument pas ce qui c’est véritablement passé cet après-midi.

Moi sur ce blog :

Le soir, quand je regarde sur le Net le traitement médiatique de cette après-midi, je suis scandalisé. (…) Les titres disent : « La manifestation dégénère à Toulouse », « Arrestations et dégradations dans la manifestation Anti-Sivens », « Incidents à la manifestation contre les violences policières ». Toujours, le ou la journaliste font comme si la violence avait été le fait des manifestants. Nous nous sommes pourtant fait gazés alors que nous chantions, assis, des slogans ! D’autres parlent de « face à face tendu ». Mais ce n’était pas un face à face, nous étions encerclés, bloqués et harcelés par différentes troupes de CRS. Pas étonnant que la situation soit tendue pour les manifestants dans un rapport de force aussi inégal. D’un coté, des hommes surentrainés, suréquipés, qui sont légitimes à taper dans le tas ; et de l’autre des manifestants qui se protègent du gaz avec une écharpe, et n’ont pour eux, au mieux, que de renvoyer les grenades reçues.

À Paris, ce qui me marque le plus, c’est que les médias nous ont d’abord présenté la « profanation » par les manifestants de l’espace en hommage aux victimes des attentats. « Profanation », le mot est fort – il ne s’applique normalement qu’à un lieu sacré ou un lieu de culte, pas à un bricolage de bougies improvisé. Mais les nombreux témoignages, confortés par les photos et les vidéos postés sur les réseaux sociaux, montrent que ces bougies ont été piétinés par les CRS !

Il s’était passé un peu la même chose à Toulouse où une voiture avait commencé à bruler (pneus cramés et carrosserie noircie). Les médias avaient tous d’abord parlé de véhicule incendié par les manifestants. Un seul (France 3) avait très timidement (en légende d’une photographie sur leur site Web) pointé du doigt que c’était une grenade des CRS qui avait déclenché le feu, et pas les manifestants.

Même discours des politiques : condamner les prétendues violences et ne jamais parler des raisons politiques de la manifestation

Condamner en long, en large et en travers la « violence » des manifestants, même si celle-ci est impossible à documenter, est une excellente manière d’évacuer la dimension politique initiale des manifestations. Les gens ne se réunissaient pas pour rien dans la rue, ni à Toulouse ni à Paris. Mais ne comptez pas sur les médias et les hommes politiques pour parler de sujets sérieux.

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