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Les hommes battus ? Réfléchir à la violence au sein du couple

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{Billet initialement publié sur le blog Bequelune le 25 avril 2015.} Par « violences conjugales », le plus souvent on entend simplement « femmes victimes ». Et si le phénomène des « hommes battus » fait régulièrement parler de lui dans les médias, il reste difficile de trouver des chiffres ou des structures traitant de cette question. Les hommes battus, quelle réalité ? Quelles différences avec les femmes battues ? Comment analyser le phénomène ?

Les hommes battus existent-ils ?

Commençons par une anecdote. Ayant l’occasion d’assister à un exposé présenté par l’APIAF (asso toulousaine de lutte contre les violences dites « conjugales »), je posais cette question, un peu par provocation et beaucoup par réel intérêt :

On entend parfois parler des « hommes battus », qu’en est-il donc de la situation quand les hommes sont victimes ?

La réponse m’avait surprise. L’intervenante m’avait, dans un premier temps, affirmé que « la violence subie par des hommes est un phénomène extrêmement marginal, qui n’a rien de commun avec celle subie par des femmes ». Nous n’en parlerions donc pas dans cette séance. Puis elle avait ajouté : « En fait on ne dispose pas de chiffres clairs sur les hommes victimes car les principales études sur la question en France n’ont interrogé que des femmes ».

Comment cette intervenant pouvait-elle affirmer que c’est un phénomène marginal si aucune étude n’existe sur les hommes victimes ?! Sur le coup j’étais très déçu et énervé. Parce que cette femme, militante de longue date dans une association qui fait un travail incroyable et plus que nécessaire auprès des femmes victimes, répondait à ma question avec une mauvaise foi flagrante. Pourquoi ? Je n’arrivais pas à me convaincre que cette femme, par ailleurs géniale, pouvait n’avoir répondu qu’avec idéologie. J’ai donc réfléchi, et voici quelques pistes d’explications possibles…

Les hommes battus… utilisés contre le féminisme

Si cette femme n’a pas répondu à ma question, ou si mal, c’est peut-être parce qu’elle a craint que j’utilise un argument de symétrisation. Soit le fait, quand on est en train de parler d’inégalités ou de violences subies spécifiquement par les femmes, de dire : « Mais les hommes aussi sont victimes, donc ce que vous dites est faux, le patriarcat n’existe pas ». Ce qui est au mieux un raccourci malhonnête.

Cette femme, dans son intervention, est d’ailleurs largement revenu sur la définition des violences dont elle était en train de parler. Pour elle, il était réducteur, voire dépolitisant, de parler de violences « conjugales », car il s’agissait bien de violences exercées par des hommes sur des femmes. Des violences de genre, donc. Directement liées à l’organisation patriarcale/ sexiste de la société.

Dans cette optique, parler de violences subies par les hommes n’a pas de sens. Les hommes sont socialement dans une position de dominants, qui leur assure un certain nombre de privilèges. Donc même si des hommes peuvent subir des violences au sein de leur couple, cela ne s’inscrit dans un phénomène global de sexisme. Ce sont juste des histoires individuelles.

L’intervenante a sans doute eu peur d’un deuxième effet. Quand on parle de violences faites aux femmes, cela a tendance à saouler beaucoup de gens. L’accusation de « féminisme » revient vite (comme si c’était une insulte), et certains se détournent de la discussion. Par contre il suffit que l’on parle d’hommes battus et tout le monde s’accorde : « Les hommes aussi sont victimes, on n’en parle pas assez… ». On n’en parle pas assez ? Le moindre sujet sur les hommes victimes est pourtant largement médiatisé. Exemple en ce moment avec le procès d’une femme violente, compagne et bourreau d’un certain Maxime Gaget, qui fait l’objet de plusieurs articles. (Ici, là ou encore là par exemple.)

Je suis tout à fait d’accord avec ce cadre posé par l’intervenante. On ne peut pas analyser la violence subie par les hommes de la même façon que celle subie par les femmes. Et il faut prendre garde que parler des hommes battus ne vienne pas invisibiliser les femmes victimes. Je crois que si aujourd’hui il est un peu tabou de parler des hommes battus, c’est parce que trop de gens (de mecs surtout, mais pas que) se sont emparés de ce sujet dans l’unique but de cracher sur le féminisme, et non pas par réel intérêt. (Je dis bien « un peu » tabou, car on peut quand même largement parler de cette question dans les milieux féministes. La preuve, le célèbre blog Genre vient de relayer un article sur la question sur sa page Facebook.)

Mais pour moi, même si l’analyse « genre » ne permet pas telle quelle d’analyser le phénomène des hommes battus, ce n’est pas une raison pour conclure qu’il s’agit là de simples histoires individuelles, sans signification sociale.

Le couple, lieu de violence

Premier point : s’il est vrai que les principales études sur les violences dites « conjugales » (enquête Enveff) n’interrogent que les femmes, ce n’est pas pour cela que l’on ne dispose d’aucun chiffre les hommes victimes. Nous avons notamment à disposition l’enquête « Cadre de vie et sécurité » réalisée par l’INSEE depuis 2007. Ce que nous dit cette étude, c’est qu’en 2012 et 2013 on a 149 000 hommes qui se sont déclarés « victimes de violence ». À la même période, elles étaient 398 000 femmes. Donc :

Un rapide calcul des victimes de violences conjugales montre que les hommes représentent donc 27 % des cas de violence conjugales et 17 % des cas mortels. La formule – tristement consacrée – : « Tous les trois jours, une femme décède sous les coups de son conjoint » peut toutefois son équivalent pour l’autre sexe : « Tous les 14,5 jours, un homme décède sous les coups de sa conjointe ».

Deuxième point : il me semble que l’on ne réfléchit pas assez à ce que représente un couple. Pour moi c’est un lieu où les rapports de force sont permanents, et peuvent à tout moment basculer dans la violence verbale, morale, voire physique. Surtout quand le couple est exclusif, puisque chaque partenaire est légitime à contrôler en partie la vie de l’autre. (Il est interdit de tromper son/sa partenaire, mais sans que cette « tromperie » ne soit jamais bien définie ; en résulte une sorte de surveillance de l’autre qui est légitime tant qu’elle ne bascule pas en contrôle. Mais où placer le curseur entre les surveillance légitime et contrôle coupable ?)

Le couple exclusif, lieu de rapports de pouvoir et de contrôles permanents donc. À mon sens il ne faut pas s’étonner que cela dérive en véritables violences : elles ne sont que le prolongement caricatural du fonctionnement normal du couple. Il est d’ailleurs assez logique que les hommes soient plus souvent auteurs de violences que les femmes : disposant de davantage de ressources/ privilèges en société, ils sont plus à même d’utiliser à leur avantage les rapports de pouvoir qui naissent dans le cadre conjugal.

Ce que je veux dire, c’est que que j’ai l’intuition que penser les violences dans le cadre conjugal sans jamais remettre en cause les normes de conjugalité (l’exclusivité) est problématique. C’est en tout cas limitant : invoquer le patriarcat n’est pas suffisant et ne permet pas bien d’analyser le cas des 27% des personnes qui se disent victimes de violences tout en étant des hommes. Cela reste un premier pas dans la réflexion à ne surtout pas mettre de coté. — Réflexion à suivre… —

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Gender, Genre, GenreS : de quoi parle-t-on ?

"Girls Power", © Kristian Niemi (Kissen sur Flickr)

« Girls Power », © Kristian Niemi (Krissen sur Flickr)

La dite « Manif pour tous » a mis sur le devant de la scène médiatique un mot depuis longtemps utilisé dans le monde universitaire (principalement en sciences sociales, mais pas que). Mais elle l’a mis sous une forme bien particulière : la fameuse et fumeuse « théorie du djendeur ». Je ne reviendrai pas sur tous les présupposés erronés que porte cette expression ; d’autres l’ont fait bien mieux que moi (ici ou ). Mais il me semble que cette utilisation du mot « genre » vient compliquer encore une situation universitaire qui était déjà passablement difficile à saisir. En effet, en fonction des courants théoriques en sociologie, le mot « genre » ne renvoie pas du tout à la même définition. Tentative d’éclaircissement.

Le genre : origins

Longtemps, le terme de « genre » est resté cantonné au domaine de la grammaire. Le sexologue John Money, qui travaillait sur les opérations de changement de sexe, est le premier à l’utiliser dans un sens différent, en 1955, dans un article scientifique. Il parle de « rôle de genre », qu’il définit ainsi : « le terme de rôle de genre est utilisé pour désigner tout ce que dit ou fait un individu pour se dévoiler […] comme ayant, respectivement, le statut de garçon ou d’homme ou bien de fille ou de femme. Il inclut, sans y être limité, la sexualité au sens de l’érotisme ». Le « rôle de genre » est donc ce que l’on dit ou fait qui va donner aux gens une base pour déterminer si on est un homme ou une femme. À sa suite, Robert Stoller et Ralph Greenson, deux psychanalystes, introduiront le concept d’« identité de genre », soit la « conscience d’être un homme ou un mâle par distinction d’être une femme ou une femelle ».

Le genre comme « sexe social »

Il faut attendre 1972 pour que le terme « genre » entre dans la littérature des sciences sociales, sous la plume de la sociologue Ann Oakley. Ce faisant, elle s’écarte de la définition de Money, Stoller et Greenson. S’appuyant sur les travaux de Claude Levy-Strauss, elle tient à la distinction nature / culture. Elle parle donc du genre comme d’un « sexe social », une donnée culturelle qui vient s’appuyer sur une base naturelle, le sexe. Cette conception insiste sur le fait qu’il y a une différence entre être mâle et être masculin (ou être femelle et être féminin) ; et cette différence, cet apport de la culture, c’est le genre. La célèbre phrase de Simone de Beauvoir résume très bien cela : « on ne nait pas femme, on le devient. » (Remplacez « femme » par « homme », ça marche aussi.)

Ce qui explique que les valeurs et comportements placés derrière la masculinité et la féminité varient selon les pays, les époques, ou même, plus localement, selon les classes sociales auxquelles appartiennent les individus. On peut retenir par exemple l’exemple fort donné par l’anthropologue Margareth Mead : chez les Chambuli, une tribu de Nouvelle-Guinée, les femmes prennent en charge l’ensemble de la vie matérielle quand les hommes sont essentiellement préoccupés de danse et de coquetterie. Pour eux, être un homme, c’est savoir danser. On est très loin des normes occidentales.

Mais cette conception du genre est essentiellement nord-américaine. Même époque, en France, on parle plus volontiers de « rapports sociaux de sexe ». Et c’est d’ailleurs de la France (notamment) que l’acception du genre comme simple « sexe social » va trouver certains de ses plus ardents détracteurs.

La sociologue Christine Delphy affirmera que penser le sexe comme une donnée biologique est une impasse. En effet, la dichotomie genre / sexe ne tient que si l’on pense comparer du social à du naturel. Or, Delphy affirme que penser le sexe biologique en mode mâle / femelle relève aussi de la construction sociale. (Et de fait, les études en médecine viennent bousculer ce partage de l’humanité en seulement deux groupes de sexe. Pour ceux que ça intéresse, je vous invite à lire le dossier « Au delà de la dualité des sexes » que j’ai consacré à cette question : partie 1, partie 2 et partie 3.)

Le genre comme rapport social (de pouvoir)

Dès lors, une autre conception du genre est théorisée. On ne définit plus le genre comme un attribut personnel, mais comme un processus social de bicatégorisation et de hiérarchisation. Qu’est-ce que ça veut dire ? Eh bien que, d’une part, le genre n’est pas quelque chose qui vient se superposer au sexe – qui était préexistant dans cette première approche –, mais que le genre précède le sexe. C’est-à-dire qu’on adapte notre vision de la sexuation humaine en fonction de cette représentation en deux catégories (hommes et femmes), au mépris de la complexité biologique. C’est la bicatégorisation (ou différenciation).

Ça veut aussi dire que tout va être mis en œuvre dans l’espace social pour rappeler sans cesse, et ainsi perpétuellement ré-instituer, cette bicatégorisation. Par exemple les toilettes publiques, toujours non-mixtes, qui ne répondent pourtant à aucun besoin physique ou biologique. Ou la non-mixité également dans les sports, y compris quand un partage en catégories de poids rend inutile toute autre classification. Cette non-mixité, on la retrouve partout, et notamment dans la plupart des catégories professionnelles (en 2011, sur 87 familles professionnelles, seules 19 étaient mixtes. Ça n’a quasiment pas changé) et dans le partage des tâches ménagères (papa bricole et tond la pelouse, maman fait le ménage et s’occupe des enfants).

On institue partout et tout le temps la différences des sexes. Tant et si bien que non seulement on ne va plus la questionner, mais qu’on va en plus la légitimer, voire la valoriser (par exemple, avec l’idée de complémentarité).

L’autre point, c’est la hiérarchisation. C’est-à-dire qu’on va toujours considérer le masculin comme supérieur au féminin – d’où l’expression « domination masculine ». La langue française institue très bien cette inégalité : pour un groupe d’un seul homme et mille femmes, on doit quand même dire « ils » (ça n’a pas toujours été le cas). Mais la hiérarchisation, c’est aussi des exemples matériels. Par exemple dans le domaine professionnel. Les femmes sont moins bien payés, même à travail et diplôme égal, et sont majoritaires dans les emplois les plus précaires. Plus on monte dans la hiérarchie, moins on trouve de femmes (c’est vrai dans n’importe quel type d’entreprise).

Le genre comme logique sociale d’assujettissement des individus

Il existe une troisième conception du genre, qui a été développée par les mouvements queers. Ici on utilisera plus volontiers « gender » que « genre » pour ne pas confondre avec les deux conceptions précédentes, mais aussi pour rappeler le très fort ancrage nord-américain de cet usage du terme.

Dans la théorie queer, le genre désigne la logique sociale qui assujettit les individus en raison de leur sexe perçu, mais aussi de leurs pratiques sexuelles et de leur mise en scène du sexe. C’est donc quelque chose de plus global qu’un simple « sexe social » : c’est tout un ensemble de pratiques et de caractéristiques qui vont enfermer l’individu dans une identité socio-sexuelle, à laquelle il sera prié d’adhérer – et de reproduire de façon cohérence au quotidien par ce que Judith Butler appelle des « performances ». Il peut alors être question des genders pour désigner le genre. Mais cette fois le pluriel ne vient pas désigner une alternative duale (masculin ou féminin), mais plutôt une liste indéfinie de possibilités de jouer / performer le genre.

Conclusion

En quelque sorte, la première de ces conceptions (le genre comme « sexe social ») a été l’étape numéro 1 d’un travail de déconstruction des normes de sexe. Il fallait bien contester l’idée selon laquelle les rôles assignés aux hommes et aux femmes sont « naturels ». Mais elle a très vite trouvée ses limites : si le genre ne fait que se superposer au sexe, qui serait lui une vérité biologique, on continue de dire qu’il existe une différence ontologique entre les hommes et les femmes, différence sur laquelle on peut baser tout un système social inégalitaire.

D’où la deuxième conception (le genre comme rapport de pouvoir) qui va permettre d’insister sur la dimension structurelle des inégalités entre les hommes et les femmes, et ainsi permettre le développement de pensées féministes. Il ne faut pas oublier que le paradigme de genre a en général été mis en avant par des chercheurs militant-e-s pour une société plus égalitaire (même si Money, le premier a avoir utilisé le mot, n’était pas du tout progressiste à ce niveau). Car le genre, en pensant l’organisation de la société d’un point de vue inédit, permet de donner de nouveaux concepts et moyens d’actions aux luttes pour l’émancipation des femmes et des minorités sexuelles.

C’est aujourd’hui cette deuxième conception qui est assez largement utilisée en sciences sociales en France. On parle du genre – au singulier – pour désigner le processus qui conduit à une société basée sur la division entre deux groupes sociaux en tension – le groupe des hommes et le groupe des femmes – à la fois séparés et hiérarchisés. Pourtant, vous aurez souvent, sur les questionnaires et les sondages, à cocher une case « genre : masculin ou féminin ? ». On pourrait dire que c’est une mauvaise utilisation du mot genre, puisqu’en fait on est là en train de parler de sexe. Mais cette utilisation n’est pas sans rappeler la première conception du mot qui laisse à penser que le genre est un attribut personnel.

Enfin, chez les queers, le genre devient quelque chose de plus complexe encore, qui englobe de nouvelles dimensions, puisque ces mouvements universitaires et militants nord-américains cherchent à penser des dimensions que la sociologie française a un peu laissé de coté. La sexualité, par exemple.

Je vous ai présenté là les trois grandes manières de conceptualiser le genre. Dans la réalité, aucun auteur ne l’utilise exactement de la même façon ; il y a donc plus de variations que cela ; mais on peut dire que ces variations relèvent davantage du détail théorique pour les spécialistes. Vous l’aurez donc compris : ce n’est pas simple. Il est parfois difficile de s’y retrouver, même pour les sociologues. Alors, quand on fait preuve d’une mauvaise foi et d’un désintérêt manifeste – comme les gens de la Manif Pour Tous –, on en arrive à affirmer que malgré ces trois grandes conceptions, assez contradictoires entre elles, il existe une « théorie du djendeur » qui veut pervertir les enfants. N’importe quoi.

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Corps de garçons, corps de filles et sports de combat

Cours de bartitsu, © James Marwood (Flickr)

Cours de bartitsu, © James Marwood (Flickr)

Il existe donc des sports de combat mixtes. Vive le bartitsu et l’escrime médiévale !

Je n’ai jamais bien compris cette manie de séparer systématiquement les hommes et les femmes dans les pratiques sportives, et notamment dans les sports de combat. Dans ce genre de disciplines, il existe déjà, dans la plupart des cas, une organisation en classes de poids. Ce qui fait que, par exemple, les plus de 90 kg ne peuvent affronter que les plus de 90 kg. On comprends aisément l’intérêt d’un tel fonctionnement : face au crochet du droit d’un colosse de 110 kg, une personne de 45 kg se retrouverait vite mal… Ce qui est moins compréhensible, c’est d’ajouter à ce premier niveau d’organisation, une autre séparation : entre les hommes et les femmes.

Pourquoi cela ? Il faut qu’on m’explique. Qu’est-ce qui distingue vraiment un boxeur de 70 kg d’une boxeuse du même poids ? Ou deux judokas de même gabarit mais de sexe différent ? J’entends déjà les partisans de ladifférencedessexes – faut dire qu’ils sont nombreux, et bruyants – me dire : Oui mais les garçons, ils ont plus de musculature que les filles… blablabla… On n’y peut rien, c’est la nature… blabla…

Putain de nature.

Déjà, c’est faux. Dit comme cela en tout cas. Il existe des différences physiques de moyenne entre les hommes et les femmes. C’est-à-dire que si on prend 100 personnes de chaque sexe et qu’à tous on fait passer les mêmes tests, à la fin on constate qu’en moyenne les hommes sont plus grands que les femmes, plus lourds, qu’ils peuvent porter plus de poids, etc. Cela dit, ces différences de moyenne n’empêchent nullement que, individuellement, un grand nombre nombre de femmes soient plus grandes, ou plus lourdes, ou plus fortes (ou tout ça à la fois) que bien des hommes.

Et puis, est-ce qu’il faut vraiment s’étonner de ces différences de moyenne quand les différences de traitement des corps masculins et féminins sont aussi importantes. Un exemple : dans le club de handball de ma copine, les garçons ont droit à trois entraînements par semaine quand les filles n’en suivent que deux. Cet écart est vraie quel que soit l’âge des joueurs et joueuses. Dès lors, il me semble normal et logique que, les années passants, les écarts de niveaux entre les uns et les autres s’accroissent, qu’à force les résultats des garçons et des filles deviennent vraiment différents ! Et la « nature » n’a pas forcément grand chose à voir là dedans.

Je disais donc, il existe des sports de combats mixtes. Et c’est une bonne nouvelle. Car même si, parait-il, à entrainement égal les hommes développent un peu plus de musculature que les femmes (mais encore faudrait-il que les entrainements soient égaux), il existe un moyen simple d’atténuer ces différences de moyenne entre le physique des hommes et celui des femmes. Ce moyen, on y revient, c’est d’organiser les combattants par classe de poids. Alors évidemment qu’il y aura davantage d’hommes dans les catégories « lourdes », et des femmes dans les poids plus légers. Et alors ? Puisque, à poids égal, les différences de musculature sont minimes entre un boxeur de 60 kg et une boxeuse de 60 kg, je demande à ce qu’on les fasse combattre ensemble.

Pour le plaisir simple de voir quelques nanas flanquer des raclés à des hommes pourtant sportifs. Et, ainsi, casser les clichés.

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Fifty Shades of Grey (et les autres) : les romances érotiques au secours de la domination

Untitled, © mardruck (Flickr)

Untitled, © mardruck (Flickr)

Le roman Fifty Shades of Grey, en plus d’avoir été un best-seller dans de nombreux pays, a initié une véritable mode des récits érotiques teintés de BDSM. Citons, sans chercher à être exhaustif, Dévoile-moi de Sylvia Day, Beautiful Bastard de Christina Lauren, Dublin Street de Samantha Young, À lui… Corps et âme de Olivia Dean, Laisse-moi te posséder de Beth Kery… Autant d’ouvrages que vous trouverez positionnés de façon bien visible sur les présentoirs de la Fnac.

Ces « romances érotiques »1 ont plusieurs points en commun :
– une héroïne femme, jeune et jolie…
– qui rencontre un personnage homme, souvent plus vieux, toujours plus riche et occupant une position sociale supérieure à la sienne…
– et qui va l’initier à une relation dominant/dominée.

Ainsi, dans Fifty Shades of Grey, l’étudiante en littérature Annie rencontre le « richissime » (c’est le résumé éditeur qui le dit) chef d’entreprise Christian. Dans Dévoile-moi, la stagiaire Éva croise le businessman plein aux as Gideon. Dans Beautiful Bastard, Chloé l’employée couche avec son patron tyrannique Bennet. Dans la suite Beautiful Stranger, la jeune Sara tombe dans les bras du célèbre Max. Dans Dublin Street, Jocelyn rencontre le très riche Braden. Dans À lui… Corps et âme, Emma l’étudiante finit dans le lit de son propriétaire d’immeuble (qui est multimillionnaire). Dans Laisse-moi te posséder Francesca, étudiante elle aussi, tombe amoureuse de Ian, dirigeant de société « puissant et insaisissable ». Bref, vous avez compris le topo.

L’allusion au BDSM n’est pas toujours aussi explicite que dans Fifty Shades of Grey où on peut lire en intégralité le « contrat » que le mâle Christian propose à sa douce et naïve dulcinée, mais on la devine en toile de fond permanente. L’aspect contractuel est en effet un point assez central dans l’univers du BDSM. Par contrat, il faut entendre l’accord par lequel deux individus libres instaurent les termes d’une relation fondée sur les jeux de domination. Il s’agit pour les partenaires de déterminer, ensemble, ce qui est prêt à être accompli, subi, expérimenté et ce qui ne l’est pas. Dans Fifty Shades of Grey le contrat est écrit, long et laborieux. Dans la réalité des amours quotidiennes, c’est plus souvent une sorte de liste avec des cases à cocher2 pour renseigner l’autre sur ses envies personnelles, ses désirs, ses fantasmes mais aussi ses craintes et ses dégoûts. Cela peut aussi être une simple discussion.

Car, enfin, qu’est-ce que le BDSM ? Ces initiales porteuses de bien des fantasmes signifient Bondage, Domination, Sado-Masochisme. Une certaine opinion commune – naïve voire idiote – fait du BDSM (d’ailleurs souvent appelé SM tout court) un ensemble de pratiques violentes, voire dangereuses, où l’on glorifie la douleur et où le/la dominant-e a le droit de faire un peu tout ce qu’il veut au/à la dominé-e.

Cette vision est à coté de la plaque. S’il est vrai que le BDSM regroupe un ensemble assez incroyable de pratiques, qui elles-même se sous-divisent en une multitude de tendances, il y a entre toutes ces nuances un point commun important, une essence du BDSM que ces livres à succès n’ont pas saisi. Ce qui est central dans toutes les variantes du BDSM c’est que le/la dominé-e est la véritable figure-phare du jeu de domination qui s’instaure : le rôle du/de la dominant-e n’étant que d’aider le/la dominé-e à explorer son corps et sa sexualité.

D’où l’intérêt de définir a priori les envies, craintes et désirs : il ne s’agit pas de forcer son partenaire à faire quoi que ce soit. Même si le sigle BDSM comprend le mot « domination », la domination est ici librement consentie et le/la dominé-e tout à fait libre de partir à tout moment – ce n’est qu’un simulacre de domination. L’usage systématique d’un safe word, mot-clé respecté qui permet au/à la dominé-e d’arrêter le déroulement du jeu en cours de route s’il le souhaite, en est la meilleure preuve.

Or, dans Fifty Shades of Grey, Christian ne respecte pas le contrat que son amie et lui avaient signé. Il outrepasse ses droits, va beaucoup plus loin que ce qui était initialement prévu (même si le roman reste en mode soft guimauve). C’est grave. D’une part parce que ça contribue à véhiculer des clichés tout à fait faux sur le BDSM, mais surtout parce que c’est jouer dangereusement avec les limites du viol et de son apologie. Le Christian du roman se moque totalement du consentement d’Annie. Celle-ci, sans doute pour conforter l’idée selon laquelle « au fond, elles aiment bien ça », ne jouit que davantage quand Christian lui prouve son irrespect. Qu’on soit donc clair : Fifty Shades of Grey N’EST PAS du BDSM. Il s’en éloigne même tout à fait dans l’esprit. Il ne suffit pas d’érotiser des rapports de domination pour faire du BDSM.

Marie-Hélène Bourcier, sociologue à Lille, affirme que « le BDSM [est] si pratique pour dénaturaliser, pervertir, resignifier ou bien tout simplement réagir à des dynamiques de pouvoir opprimantes »3. On n’est pas obligé de lire un coté aussi subversif à ce qui n’est plus prosaïquement, pour une grande partie des gens le pratiquant, qu’un ensemble de pratiques sexuelles permettant de pimenter leur vie sensuelle. Quoi qu’il en soit, il reste que la réalité du BDSM tel qu’il est pratiqué est à mille lieux de la représentation développée dans les romans à succès cités plus haut.

Il semble en fait que l’auteure de Fifty Shades of Grey ignore la nature véritable, ou en tout cas le fondement éthique, des pratiques et relations BDSM. La question est donc : si ce livre (et les autres) ne parle pas véritablement de BDSM, alors de quoi parlent-ils ?

Revenons au listing des livres et de leur résumé effectué en début d’article. Vous conviendrez que l’histoire et les personnages développés dans cet ensemble de romans sont extrêmement stéréotypés ; c’est toujours la même chose d’un livre à l’autre.

Lisons ces bouquins avec les lunettes de la socio. Le scénario est quasiment identique à chaque fois : une jeune femme rencontre un homme plus riche et plus vieux qu’elle – c’est-à-dire un individu qui socialement est en haut de la pyramide, dans une position de dominant : masculin, blanc, classe sociale supérieure voire très supérieure, âge valorisé, etc. De cette rencontre va découler logiquement un rapport de domination : à cause de leur sexe et de leur position sociale, les deux personnages n’ont absolument pas le mêmes cartes en main.

Il semble que l’objet de ces romances érotiques soit de mettre en spectacle ce rapport de domination, de le rendre visible en prenant appui sur l’excuse du BDSM. Mais cela ne se fait absolument pas dans une perspective critique. Il ne s’agit pas ici de dénoncer le chantage (sexuel) d’un patron sur son employée, ou d’un homme riche sur une jolie étudiante. Au contraire : en recouvrant d’un vernis sexy les rapports de pouvoir, les auteures les neutralisent. Voire pire : elles les rendent désirables. L’érotisation de relations inégalitaires permet de rendre attirantes les micro-violences, les brimades et les humiliations du quotidien entre les hommes et les femmes, entre les dirigeants et les dirigés.

Si ces romances érotiques se vendent si bien c’est peut-être justement parce qu’elles caressent dans le sens du poil une société encore profondément inégalitaire du point de vue des rapports sociaux de sexe et de classe. En donnant une mise en spectacle littéraire et érotique de ces rapports de domination, elles permettent au lecteur ou à la lectrice de base de s’autoriser l’illusion de transgresser les règles des amours classiques sans jamais en avoir subverti le fonctionnement pourtant. On sait que le couple hétérosexuel est un « lieu » où la domination masculine se donne particulièrement à voir4 ; ces romans n’en sont que le prolongement commercial. La caution « BDSM » permet de se draper d’un air subversif, d’un parfum d’interdit : elle ne fait que masquer la profonde adéquation du contenu de ces romances avec l’air du temps, machiste et inégalitaire.


1. Comme Wikipedia les appelle.

2. Vous en trouverez de nombreux exemples sur le Web en tapant « check list bdsm » sur un moteur de recherche.

3. Bourcier M.-H., Queer Zones 3. Identités, cultures, politiques, Paris, Éditions Amsterdam, 2011

4. À ce sujet lire notamment l’article de LG Tin de 2008 « L’amour, l’opium des femmes (hétérosexuelles) » sur son blog.

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La « normalité » sexuelle à l’épreuve de l’histoire et de la science (Au-delà de la dualité des sexes 3)

(Épisodes précédents : 1. Intersexes, bisounours et charcutiers ; 2. Fixer la frontière)

Partie 3 : La « normalité » sexuelle à l’épreuve de l’histoire et de la science

Prenez 500 hommes considérés comme « normaux » qui se rendent à l’hôpital pour un examen bénin. On profite de leur venue pour réaliser une expérience : à ces hommes persuadés depuis toujours d’être de vrais mâles puisqu’ils ont été déclarés comme tel à la naissance et que jamais dans leur vie un événement ne soit venu perturber cette affirmation première, à ces hommes donc les médecins font passer la batterie de tests qu’on ne réserve habituellement qu’aux enfants nés clairement intersexes. Ces tests, on l’a vu dans l’épisode précédent, touchent quatre domaines : organes génitaux extérieurs, gonades, hormones et chromosomes.

Ça se passe en Allemagne en 1994 (consulter l’étude ici, en anglais) et le résultat est perturbant : 225 d’entre-eux, soit 45% de ces hommes, ne peuvent plus être considérés comme « normaux » selon les critères appliqués aux intersexes. Soit que leur rapport hormones/gonades est ambigu, soit qu’il témoignent d’une hypospadias par exemple.

Tiens, parlons de cette « hypospadias » : c’est un bon moyen de montrer l’absurde des protocoles médicaux. La théorie veut qu’une hypospadias soit une malformation du canal de l’urètre qui fait déboucher celui-ci, non pas au bout précis de la verge comme le veut la « normalité », mais plus ou moins sur la face intérieure du pénis. Pour les médecins, une hypospadias, c’est peu courant mais grave. Ça doit s’opérer. Je ne nie pas que dans certains cas c’est très problématique (problèmes pour uriner, etc.), mais on voit bien avec cette étude que l’idée de « normalité » ou de « nature » avancée par les médecins est à mille lieux de la réalité ! Dorlin le dit mieux que moi :

Les critères socialement définis par les protocoles de réassignement de sexe… sont à ce point drastiques et caricaturaux que, appliqués à l’ensemble de la population, ils jettent dans l’anormalité, non pas naturelle, mais bien sociale, près de la moitié de la population.

Faisons un petit détour par l’histoire des représentations des sexes. La Fabrique du sexe de Thomas Laqueur est ici un bouquin indispensable. L’historien étatsunien nous rappelle qu’avant le 18e siècle en Occident, le modèle de représentation prédominant est celui du sexe unique. On a une vision de l’humanité comme tenant dans un seul sexe, mais avec des différences de gradation : en gros les femmes sont des hommes, mais en moins parfait. Les médecins de la Renaissance insistait donc sur la correspondance entre sexe féminin et masculin, les deux sont pareils mais soit à l’intérieur soit à l’extérieur du corps.

C’est au 18e que ce modèle s’effrite devant les avancées de la rationnalisation médicale. Pour les intersexes, ce changement de paradigme modifie leur condition. Avant on les appelait « hermaphrodites » et on ne les considérait pas comme anormaux. Ils étaient simplement des « en retard ». Dans une optique qui fait du Mâle la même chose que le Femelle mais en plus développé, les hermaphrodites sont simplement des individus qui réalisent de leur vivant le développement de leurs organes sexuels. Certes ce développement aurait du se faire avant la naissance et non pas après, mais l’existence des hermaphrodites ne remet pas en cause le modèle du sexe unique ; au contraire, il tend plutôt à prouver qu’il n’y a pas de différences majeures entre Mâle et Femelle. À partir du 18e, tout change puisque les hermaphrodites/intersexes deviennent des sortes d’erreurs de la nature, des hérésies par rapport au modèle de la dualité des sexes, qu’il s’agit de faire rentrer dans le rang par des techniques chirurgicales appropriées.

Aujourd’hui le débat reste vif sur le modèle à adopter en ce qui concerne les sexes. D’un coté on peut choisir de ne voir qu’un seul sexe, avec des gradations sur un plan horizontal, en abandonnant cette fois l’idée de hiérarchie. De l’autre ont peut complexifier le schéma en essayant d’intégrer toutes les possibilités anatomiques, hormonales, chromosomiques. La biologiste Anne Fausto-Sterling, dans Corps en tous genres, propose par exemple un modèle à cinq sexes.

D’autres travaux, issus de disciplines diverses, viennent secouer le modèle des deux sexes clairement délimités. Commençons par les paléo-anthropologues avec Évelyne Peyre, Christian Picq et Alain Testart. Ces trois-là veulent contester l’idée d’une domination masculine héritée de la nuit des temps. Face au succès des docu-fictions L’Odyssée de l’espèce et Homo Sapiens, ils s’indignent. Pourquoi, dans ces films, voit-on que ce sont des hommes qui sont passés de 4 à 2 pattes, qui ont inventé le feu, qui ont découvert les outils ? Où sont les femmes, pourquoi restent-elles à la fois secondaires et passives ? Au niveau des connaissances scientifiques il n’y a rien, mais alors strictement rien, qui nous laisse penser que la division sexuelle des tâches existait déjà à l’époque préhistorique. Les hommes à la chasse, les femmes à la caverne préparant la tambouille ? Un mythe idéologique. En vrai, on n’en sait rien. En vrai, on n’arrive même pas à savoir si les squelettes que l’on trouve sont ceux d’hommes ou de femmes.

Déterminer le sexe d’un squelette – même contemporain – est un exercice très difficile ; pour identifier le sexe d’un squelette il faut de nombreux critères, rarement réunis dans les restes de nos ancêtres.

Laurence Waki récapitule pour la revue 7évident :

Les traits sexués (des os) présentent une forte variabilité selon les individus au sein d’une même population. Et en plus, le squelette change au cours de notre vie, nous nous masculinisons avec le temps. Même l’histoire de la largeur des hanches pour le squelette féminin est un mensonge : « la largeur des hanches est principalement déterminée par des facteurs culturels et non par des facteurs génétiques ».

Ah bon ? Oui, c’est ce qu’on appelle la plasticité des corps. Ils ne sont pas donnés une fois pour toutes, mais bougent, évoluent, s’adaptent, mutent au cours d’une vie, mais plus encore au cours de l’Histoire. C’est la thèse de Priscille Touraille : alimentation différenciée en fonction des sexes et division sexuelle du travail ont sculpté les corps, de génération en génération, jusqu’à produire aujourd’hui des corps masculins et féminins distincts et facilement reconnaissables. Elle rappelle que les différences de moyenne de taille ou de musculature entre hommes et femmes n’ont pas toujours existé, ou pas de façon si nette, si l’on en croit les études statistiques de taille/poids effectuées dans le passé. Son livre Hommes grands, femmes petites : une évolution couteuse, a le mérite de questionner le rapport nature/culture. Elle montre bien que des données que l’on pense spontanément comme naturelles – la taille des corps, par exemple – ne le sont sans doute pas tant que ça, que poser une frontière nature/culture est peu pertinent, que les interactions entre les deux pôles sont permanentes et que « les comportements genrés contribuent à créer des corps sexuellement différents, souvent à l’encontre des tendances naturelles ».

Impossible de parler de plasticité des corps sans évoquer Catherine Vidal. Cette neurobiologiste s’est posée une question simple : le cerveau a-t-il un sexe ? Après avoir effectué et analysé un grand nombre d’IRM, elle propose un principe fort : non seulement il n’y a pas de différence entre cerveau masculin et féminin, mais en plus il n’y a pas de cerveau « naturel » pur. À la naissance, seules 10% des connexions synaptiques dans le cerveau du bébé sont effectuées. Le reste va se construire peu à peu, et si on ignore jusqu’à quel point l’éducation reçue par l’enfant est déterminante dans cette organisation cérébrale, on sait qu’elle joue un rôle important, et qu’elle conditionne les schémas de pensées. En fait, l’organisation et le fonctionnement du cerveau dépendent de l’organisation et du fonctionnement de la société.

Et cette « plasticité cérébrale » est permanente. Nicolas Delesalle, journaliste à Télérama :

Le cerveau est en perpétuelle réorganisation… Des synapses, ces « boutons » de connexion entre les neurones, se créent, d’autres disparaissent. En fonction des apprentissages et des interactions avec le monde environnant, des parties du réseau sont abandonnées au profit de nouvelles. Cette plasticité synaptique que l’on croyait réservée aux jeunes cerveaux opère dans le cerveau adulte jusqu’à la mort. On a donc en permanence la capacité de réorganiser son réseau pour tracer un chemin privilégié de circulation de l’information. Cela n’a l’air de rien. C’est énorme, notamment parce-que cela invalide les thèses du déterminisme génétique, sexuel, cérébral (femme volubile, homme scientifique). Un trader décide de devenir menuisier ? Les connexions liées à la manipulation des chiffres seront peu à peu abandonnées, tandis que celles liées à la précision manuelle s’enrichiront de nouvelles connexions synaptiques.

En conclusion, posons plusieurs constats.
1) La sexuation humaine est un vaste bazar, assez rétif à tout système de classification. Plusieurs modèles ont pourtant existé en Occident dans l’Histoire, celui de la dualité des sexes n’étant que le plus récent.
2) Les scientifiques connaissent depuis longtemps tous les arguments contre la dualité des sexes. On peut même dire que plus la science se rend compte de la non-validité de la dualité des sexes, et plus la médecine dispose d’outils pour faire correspondre dans les corps cette dualité qui n’est d’abord qu’un point de vue idéologique sur le réel.
3) Il existe un fossé énorme entre connaissances scientifiques et pensée commune sur ces sujets, alors même que le modèle de la dualité des sexes est remis en question depuis de nombreuses décennies. On peut se demander : pourquoi ? À qui profite le crime ? Quand une étude vient conforter les clichés de genre, les médias s’empressent d’en faire un billet, sans vérifier la validité scientifique de ladite étude. Mais, de tels travaux pourtant révolutionnaires pour les consciences, les représentations, les médias ne parlent pas, ou peu, et toujours de façon assez caricaturale. Il y a une résistance forte à la diffusion de ce type de savoirs, pourtant très « objectif », très « scientifique » puisque issu des sciences dites « dures ». Parce qu’ils menacent de faire vaciller le système de domination qui fait primer le masculin sur le féminin ? Le débat est ouvert !

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Fixer la frontière (Au delà de la dualité des sexes 2)

(Suite de cet article.) Qu’est-ce qu’un sexe normal ? Comment différencier à coup sûr pathologie intersexuée et « vrai » sexe ? Quel est le point de séparation exact entre le Mâle et le Femelle pour les humains ?

Partie 2 : Fixer la frontière

Quand un bébé nait intersexe et qu’une opération de réassignation de sexe est envisagée, une commission de spécialistes se réunit qui va décider de quelle façon bricoler le sexe zarbi de l’enfant. Le but : en faire un sexe crédible et conforme. Ces « spécialistes » – chirurgiens, urologues, endocrinologues, psychologues et travailleurs sociaux – se basent sur 4 critères : l’apparence extérieure des organes génitaux, les gonades (ovaires ou testicules), les hormones, les chromosomes. En fonction de si l’enfant penche plutôt du coté garçon ou plutôt du coté fille, on l’opère. Mais la possibilité technique joue aussi un grand rôle : alors qu’il est possible de faire un vagin à partir de n’importe quel corps, un pénis est techniquement plus difficile à réaliser.

Genderfuckers, même tout nus

J’ai beau l’avoir vu mille fois, je trouve cette photo SUBLIME

Ça vous étonne peut-être qu’il faille multiplier les critères pour déterminer de quel sexe l’enfant est le plus proche… C’est que médecins et biologistes ont du mal à se mettre d’accord sur le marqueur qui signifierait le « vrai » sexe. Il faut dire que les choses ne sont pas simples…

À première vue il suffit de regarder l’apparence des organes génitaux. Mais, on l’a vu avec les intersexes, parfois cela ne suffit pas. Alors on se penche du coté des gonades. Mais on tombe sur le même problème : il n’y a pas toujours testicules OU ovaires mais parfois majoritairement de l’un et un peu de l’autre, ou alors les deux mais un seul est en état de marche, ou alors on a quelque chose entre les deux… Bref, les gonades ne forment pas plus un bon critère que le sexe génital. On se penche alors sur les hormones. Là, c’est encore pire. Non seulement il n’y a pas d’hormones typiquement mâle ou femelle (la testostérone par exemple est produite par tous les corps, même si les hommes en moyenne en produisent plus que les femmes), mais en plus c’est quasi mission impossible de fixer un seuil qui tranche coté mâle/coté femelle. La philosophe Beatriz Preciado s’est penché sur la question est parle de « chaos épistémologique » et de « vaste domaine de non-savoir » à propos des hormones :

Après avoir examiné plusieurs manuels d’endocrinologie clinique, nous pouvons affirmer que la quantité « normale » de testostérone produite par les biohommes et les biofemmes semble toute relative, ou du moins sujette à d’importantes variations d’interprétation. Par exemple, les valeurs moyennes de testostérone dans le sang des corps considérés comme politiquement mâles varient entre 437 et 707 nanogrammes par décilitre. Mais certains corps ne produisent que 125 nanogrammes par décilitre et leur assignation sexuelle est masculine. Selon un autre manuel d’endocrinologie clinique, la quantité « normale » de production de testostérone chez un biohomme adulte varie entre 260 et 1000 nanogrammes par décilitre de sang. Elle peut monter à 2000 nanogrammes pendant l’adolescence.

Il y a des différences de moyenne entre hommes et femmes qui n’empêchent pas une bonne partie des femmes de produire davantage de testostérone qu’une partie des hommes. Et c’est pareil pour les œstrogènes et les autres hormones sexuelles. Si vous ajoutez à cela que le niveau seul d’une hormone ne signifie pas grand chose puisque, à taux d’exposition égal, tous les corps n’ont pas les mêmes réactions face aux hormones… En fait, concrètement, on a encore du mal à comprendre les logiques d’actions des hormones… Preciado encore :

La testostérone augmente le désir de fumer, mais la consommation de cigarettes fait baisser la production de testostérone ; la testostérone augmente l’agressivité et la libido, alors que baiser et réagir avec agressivité augmentent les niveaux de testostérone. Le stress inhibe la production de testostérone… Finalement, nous sommes face à un vaste domaine de non-savoir.

On oublie donc les hormones pour trancher le débat homme/femme, ça ne marche pas. Il reste les chromosomes. À l’école on apprend que un homme = XY et une femme = XX. Dans la majorité des cas, c’est effectivement ce qu’il se passe. Pourtant, pourquoi fermer les yeux sur tous les cas non standards ? Surtout que ceux-ci sont nombreux. Citons cette fois Joëlle Wiels, généticienne :

À coté des formules « standard », qui sont évidemment les plus nombreuses, on trouve de très nombreuses autres formules… On ne peut qu’être frappé par le nombre non négligeable de personnes présentant des chromosomes sexuels « non-standards ». on peut par exemple estimer à 60 000 le nombre de Françaises ayant trois chromosomes X ou plus, et à 60 000 également les Français possédant deux X et un Y.

Voici les principales formules non-standards : XO, XXX, XXXX, XYY, XXY, XXYY, XXXY. En plus, il faut compter sur les formules standards qui n’aboutissent pas au résultat attendu. Ainsi on peut tout à fait avoir un XX et être mâle, ou XY et être femelle.

C’est compliqué n’est-ce pas ? Julien Picquart, journaliste, récapitule :

Ce débat autour du nombre de sexes ne pourrait avoir lieu s’il ne s’avérait extrêmement difficile de définir un sexe par rapport à l’autre (ou aux autres). A première vue, il devrait pourtant suffire de regarder les organes génitaux. C’est d’ailleurs ce que l’on fait encore aujourd’hui. Mais les variations du développement sexuel nous montrent que c’est parfois insuffisant. Il faut alors se baser sur d’autres critères. Au XIXe siècle, on se focalisait sur les gonades : testicules ou ovaires. C’est ainsi qu’on pouvait parler de « pseudo-hermaphrodite » masculin ou féminin. Avec la découverte des chromosomes, le milieu médical a trouvé ce raisonnement insuffisant. L’important, ce serait en réalité les chromosomes sexuels : XX ou XY. La technique est apparue ensuite tout aussi grossière que la précédente. Non, ce qui compte, ce sont les gènes ! Et puis les hormones ! […] Autrement dit, le milieu médical va toujours plus avant dans la recherche du « vrai sexe » […]. On finit quand même par se demander s’il ne court pas après un mirage. […] Car se passe-t-il en réalité ? On accumule les niveaux de sexe : sexe phénotypique (l’aspect extérieur), sexe chromosomique, sexe génétique, sexe hormonal, et la définition du sexe d’une personne en devient toujours plus complexe.

Un « mirage », voilà comment Picquart appelle la théorie de la dualité des sexes. Pour tester cette dernière, un groupe de médecins allemands a eu l’idée d’appliquer les tests que l’on ne réserve habituellement qu’aux enfants intersexes à des hommes « normaux ». Le résultat est surprenant…

Suite au prochain épisode.

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Intersexes, bisounours et charcutiers (Au delà de la dualité des sexes 1)

Tout commence pour moi en janvier 2010. Au hasard d’un rayon de la bibliothèque de Montauban, je tombe sur un bouquin qui accroche mon regard. Ce n’est pas grâce à la beauté de sa couverture – très sobre – mais plutôt par le fait de son titre, réveillant en moi quelques obscurs souvenirs et désirs : Sexe, genre et sexualités. C’est signé Elsa Dorlin, qu’à l’époque je ne connaissais pas encore, et qui s’avère être une enthousiasmante philosophe féministe contemporaine. De quoi ça parle ? De plein de choses, sur lesquelles il faudrait un jour que je prenne le temps de gratter un élogieux billet. Mais entre autres choses il y a ça : une déconstruction de la notion de sexe. Figurez-vous que notre bon vieux modèle de la dualité des sexes – Mâle/Femelle – ne repose sur aucun véritable fondement biologique, que cela relève davantage d’une construction idéologique et politique. Petite révolution dans ma tête et ouverture des possibles fantastique pour mon imagination érotico-politique qui n’en demandait pas tant. Depuis, j’ai creusé les pistes ouvertes par ce livre et le temps est venu de vous proposer un petit récapitulatif de tout ce que j’ai appris.

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Partie 1 : Intersexes, bisounours et charcutiers

Le sens commun pose comme une évidence l’existence de deux et seulement deux sexes. D’un coté, les hommes ; de l’autre, les femmes. C’est l’évidence après tout, il suffit d’ouvrir les yeux dans la rue pour se rendre compte que l’humanité se partage en deux groupes. Tout se complique déjà lorsque l’on intègre une place, au milieu des deux catégories précédemment citées, pour les intersexes (les anciennement appelés hermaphrodites). Qui c’est ceux-là ? Et bien tous ceux qui, à la naissance, ont un sexe tellement zarbi qu’on ne peut les ranger dans une des case « homme » ou « femme ». Des sortes d’erreurs de la nature, donc ? me dites-vous. Et bien non. Je cite Dorlin :

Le problème n’est pas que le corps n’a pas de sexe ou n’est pas sexué – il l’est ; le problème n’est pas que le processus physio-anatomique de sexuation n’a pas fonctionné – il l’a fait ; le problème, pour les médecins, est qu’il a mal fonctionné : il n’a pas donné lieu à une identité sexuelle identifiable comme « mâle » ou « femelle ».

Ces enfants sont donc nés avec un sexe qui, la plupart du temps, est tout à fait fonctionnel : ils peuvent avoir des relations sexuelles, du plaisir, et sont tout à fait fertiles. Mais, on le comprend bien, ce sexe n’est pas conforme à l’idée que les médecins – et malheureusement les parents, affolés, qui mal renseignés peuvent provoquer des catastrophes – se font d’un sexe normal. Dans un grand nombre de cas, ces bébés tout juste nés passent donc par la case Bloc Chirurgical pour subir opération sur opération, dans le but de leur bricoler, à partir de leur engin naturel mais non-conforme aux standards, un pénis ou un vagin artificiel mais conforme aux standards. Au besoin, on drogue le gamin aux hormones pour que son corps s’adapte mieux encore à son sexe d’adoption.

Il y a deux drames dans cette affaire. Le premier, c’est le mépris total vis-à-vis de l’enfant. Dans le meilleur des mondes, on le laisserait grandir avec son sexe zarbi et ça ne lui poserait aucun souci (mais on me fait signe à l’oreillette que Bisounours n’est pas de ce monde, pas plus que mon utopie). Avoir un sexe non-conforme à ce qui est habituellement attendu, ça peut effectivement poser des problèmes, mais rien de dramatique non plus dans les premières années du gamin. Il s’agirait donc d’attendre, de laisser l’enfant grandir, se choisir une identité. Si on lui fabrique artificiellement et précocement un vagin et que, les années passant, il se découvre attiré par les camions, la couleur bleue et le football (bouuuh les clichés… je sais, je sais), on fait quoi ? Ben rien, il est trop tard. On lui aura imposé une identité sexuelle alors que rien ne pressait, qu’on avait le temps de laisser l’enfant choisir.

L’autre drame, c’est qu’entre chirurgiens et charcutiers la frontière est mince. L’objectif d’une opération de réassignation de sexe (parce que c’est comme ça que ça s’appelle), c’est de faire un sexe qui fait naturel, capable d’uriner et de pénétrer ou d’être pénétré. La sensibilité, la capacité à éprouver du plaisir, on s’en fout un peu. Et c’est pas parce que techniquement c’est trop compliqué, non, puisque il paraît que la chirurgie d’autres pays y parvient très bien. Mais bon…

Certes, me dites-vous, mais ces intersexes, ça ne représente quand même qu’une infime minorité. Et bien… non, encore une fois. Officiellement, 2 enfants sur 100 naissent intersexes. Ce n’est pas énorme mais c’est quand même loin d’être négligeable. Des statistiques contestataires, par exemple celles produites par le RIFE (le Réseau des intersexué-e-s francophones d’Europe qui, logiquement, militent pour qu’on arrête de les charcuter) estiment que 5 à 15% de la population humaine présente un certain degré d’intersexualité.

Qu’en est-il réellement ? Où placer la frontière entre intersexualité et normalité ? Rendez-vous au prochain épisode !

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Masculinistes : deux tristes constatations

Basta! a interviewé Patrick Jean, le réalisateur du docu La Domination masculine. L’occasion de revenir une nouvelle fois sur le sujet des grues masculinistes qui ont fait parlé d’eux il y a quelques semaines.

Le cinéaste témoigne de son expérience au Québec où il avait pu s’entretenir de nombreuses et longues fois avec plusieurs membres de ces associations qui mènent une lutte ouvertement « anti-féministe ». Jean en profite pour faire une prédiction :

D’ici quelques semaines, on aura droit à d’autres sujets dans les médias, qui n’ont rien à voir. Le suicide des hommes par exemple, avec toutes sortes de chiffres très tendancieux, que les médias iront – je l’espère – cette fois vérifier. Après, ce sera l’échec scolaire des petits garçons, avec l’accusation d’un système scolaire pensé pour les petites filles et qui pénaliserait les petits garçons. Ils vont comme cela égrener les thématiques.

L’avenir lui donnera – malheureusement – raison, ou tort. En attendant, deux tristes constations suite à cet épisode.

1- Les journalistes ne font pas leur boulot.

En boucle, ce que l’on a pu entendre dans les médias c’est, en substance, « un père divorcé désespéré de ne pas voir ses enfants ». Aucune recherche sur ces messieurs qui pourtant – et il suffit de taper leur nom sur un moteur de recherche pour s’en rendre compte – ne sont pas n’importe qui : militants d’associations ouvertement misogynes et homophobes (SOS Papa et SVP Papa) et accusés voire condamnés pour des actes de violence.

Il a fallu que le premier de ces « grutiers » descende et participe très activement à la manifestation organisée par SVP Papa pour que les journalistes ressentent le malaise. Un mec qui garde en permanence trois téléphones portables pour répondre aux journalistes, qui grand-sourire fait le clown en tête du cortège, qui se prête volontiers aux micros des reporters en déblatérant un discours qu’on croirait appris par cœur, qui pose devant les flashs avec une forte mise en scène… Difficile de voir encore un mec « au bout du rouleau » comme cela a d’abord été dit. On voit surtout un mec très organisé pour faire parler de lui et, surtout, du « combat » de son asso. Et quand on voit la gueule du combat, on se dit qu’il n’est pas si noble que ça. Il y a bien eu aprés coup des articles pour condamner ces messieurs, mais c’était trop tard : la pub pour ces assos étaient déjà largement assurée.

Et quand SVP ou SOS Papa clament que « 80% des domiciliations sont remises aux mamans », les médias répètent également sans aucun recul critique. Oh les pauvres papas… Si les journalistes avaient fait leur boulot – c’est-à-dire vérifier leurs sources, comparer les données : ce que n’importe quel crétin doté d’une connexion Internet et d’un peu de temps peut faire – ils auraient vu que ce chiffre n’a absolument rien de scandaleux puisque EN ÉNORME MAJORITÉ les pères ne demandent pas la garde partagée de leurs enfants.

Encore une fois, les véritables infos sont venus des blogueurs, pas des journalistes qui ont mis trop de temps à réagir.

Ça, un père désespéré ? Un clown médiatique, oui. (© FRANK PERRY / AFP)

Ça, un père désespéré ? Un clown médiatique, oui. (photo © FRANK PERRY / AFP)

2- Le masculinisme est accepté sans vrai soucis par la société francaise

C’est peut-être cela le plus triste, finalement. Parce que bon : les journalistes sont des fainéants qui recopient les dépêches AFP sans même vérifier sur Google leurs propos, ça à la limite on le savait déjà. Mais que l’action de ces pères masculinistes ait autant d’écho, et si rapidement, ça fout les boules.

Je sais pas chez vous, mais autour de moi j’ai pu profiter de discours type « ah oui ces papas privés de leurs enfants c’est triste… le féminisme est allé trop loin… blablabla… » Mouais. Bof. Vraiment bof.

Comme le dit Patrick Jean, j’imagine mal la situation inverse : si une femme était montée sur une grue pour dénoncer les violences conjugales – bien réelles, cette fois – l’essor médiatique n’aurait pas été le même. Il n’y a guère que les Femen pour arriver à rendre visible les luttes féministes. (Et encore… Je mets de gros doutes à cette dernière affirmation tant on parle surtout des seins nus des militantes et peu du fond de leurs actions.)

Les grues masculinistes, une preuve de plus que la misogynie n’est pas seulement un point de vue mais plutôt un phénomène structural, implanté en profondeur dans la société française et les mentalités.

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