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Frances bleues, Frances roses

{Billet initialement publié sur le blog Bequelune le 31 mars 2015.} Faire une cartographie des résultats électoraux des cantonales 2015 révèlent plusieurs Frances. Les Bleues et les Roses s’affrontent sur des territoires géographiques bien marqués, et stables depuis l’avènement de la 5e République. Grâce aux apports de l’histoire et de  l’anthropologie, on peut expliquer ce phénomène avec les types d’habitats ruraux…

Cartes électorales en 2015

Quand on regarde la carte des résultats du 1er tour aux élections cantonales de 2015, les différences géographiques sont frappantes. La « vague bleue » semble avoir épargné le Sud-Ouest. Les partis « de gauche » sont aussi plus présents en Provence continentale, et en Bretagne. Pour l’implantation du FN, on a également un ancrage géographique fort : très présent dans le quart Nord-Est, le parti d’extrême-droite réalise aussi des bons scores sur les cotes provençales (Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var). (La carte à l’issu du second tour donne des résultats similaires, avec pour différence une disparition du FN et une résistance du Parti Communiste.)

Carte des résultats à l'issu du premier tour des cantonales 2015 © Europe 1 ; Source Ministère de l'Interieur

Carte des résultats à l’issu du premier tour des cantonales 2015 © Europe 1 ; Source Ministère de l’Interieur

Ces différentes géographiques, aussi marquantes soient-elles, n’étonneront pas les habitués de la cartographie électorale. Depuis l’avènement de la 5e République, il existe cette coupure entre une Occitanie socialiste et un Nord-Est marqué à droite. La Bretagne, dans certains de ses territoires, est généralement rose ou rouge. Le FN est un parti plus récent, mais son apparition suit là aussi des logiques géographiques : implantation forte dans le Nord-Est et dans certains départements méditerranéens.

Pour le dire plus simplement, la distribution des résultats électoraux ne semble pas être du au hasard mais bien obéir à des logiques régionales qui se reproduisent d’élection en élection depuis plus d’un demi-siècle.

Les déterminants anthropologiques du vote

D’aucuns y verront un « effet soleil » : le nord de la France vote bleu quand les sudistes se tournent plutôt vers la gauche. Mais comment expliquer alors l’ancrage local ancien du rose en Bretagne ? Et comment comprendre la place de l’extrême-droite sur les départements côtiers provençaux ?

Une réponse facile serait de dire : en Provence, on vote à droite parce qu’il y a beaucoup de vieux. Certes, la Provence est une des régions françaises dont la population est la plus âgée. Mais le Languedoc et le Midi-Pyrénées sont aussi des régions vieillissantes. Et elles votent à gauche. A l’inverse, le Nord-Pas-de-Calais est une région « jeune »… et un terrain fertile aux droites.

Ni le soleil ni l’âge des électeurs ne peuvent donc être identifiés comme des déterminants pertinents du vote.

Ce qui est par contre remarquable, c’est que cette carte électorale de 2015 (mais en fait, toutes les cartes électorales françaises) se superpose à peu près parfaitement à la carte des types d’habitats ruraux.

Qu’es aquo ? Il existe deux grands types d’habitat en milieu rural.

L’habitat est qualifié de dispersé quand la majeure partie de la population d’une zone donnée habite soit dans des hameaux soit dans des fermes isolées. Au contraire, dans l’autre type d’habitat rural – l’habitat groupé – la population s’implante préférentiellement autour d’un bourg principal. (Source)

Ainsi on a une Occitanie et une Bretagne de type « dispersé » qui s’opposent au Nord-Est et une façade méditerranéenne (de Perpignan à Nice) de type « groupé ». Les fermes et hameaux éparpillés du Sud-Ouest prennent le contrepied des bourgs importants de Lorraine. La « campagne », selon les régions françaises, n’a pas du tout le même aspect ; ce qu’on entend par « village » également : bourgs de plus de 1000 habitants en Moselle, hameaux de 200 personnes dans le Gers.

Cette partition serait très ancienne. L’historien Marc Bloch la disait antérieure « aux peuples historiquement attestés : Celtes, Romains, Germains, Slaves », issue donc des « populations anonymes de la préhistoire, créatrices de nos terroirs » (Source).

Évidemment, ces modes d’habitats supposent des régimes sociaux différents : une grande cohésion sociale et une mentalité plutôt communautaire sont nécessaires dans le Nord-Est, alors qu’en Occitanie et en Bretagne la possibilité et le goût de s’extraire de la communauté sont beaucoup plus courants.

L’influence du type d’habitat sur le vote

Tout l’intérêt de ce genre d’analyse historique est de montrer comment la modernité la plus récente ne peut pas s’extraire des structures anthropologiques déjà en place et bien plus anciennes qu’elle. Mais alors, comment un découpage du territoire vieux de plusieurs millénaires peut-il encore influencer les votes des électeurs du 21e siècle ? Emmanuel Todd et Hervé Le Bras le résument comment cela :

À partir des années 1975, le paysage social français a été bouleversé par le déserrement puis par l’étalement urbain, qui ont eu, selon le lieu, des conséquences très différentes. Partout, les ménages français se sont motorisés et ont changé de mode de vie. Ils ont délaissé le petit commerce du coin de la rue et ont pris l’habitude de consommer dans les centres commerciaux. Ils travaillent et prennent leurs loisirs, désormais, de plus en plus loin de leur domicile.

Conséquences ?

En pays d’habitat groupé, la vie sociale a été vidée de son contenu ; la vie sociale et les rapports de voisinage ont été dévasté. En pays d’habitat dispersé, en revanche, la rencontre des autres, jusque là difficile, a été facilitée par la mutation du mode de vie ; l’automobile et les grandes surfaces y permettent une sociabilité nouvelle. (Source)

Le FN construit sa toile sur le désastre de cette vie sociale en pays d’habitat groupé. Il est d’ailleurs remarquable que le parti d’extrême-droite fait ses meilleurs scores dans les zones périurbaines les plus éloignées des centres-villes. C’est-à-dire là où les commerces de proximité sont inexistants, tout comme les transports en commun et la vie de quartier.

Certains trouveront sans doute cette explication un peu rapide ; elle est en tout cas originale et assez éloigné des analyses de politologues qu’on entend habituellement dans les médias. Cette hypothèse des deux démographes a au moins un mérite : elle fonctionne et se vérifie parfaitement. Frances bleues, Frances roses se superposent parfaitement à la distribution des types d’habitat.

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Classé dans Régions : histoire & sociologie

« Légalisons le harcèlement sexuel ! »

Imaginez-vous. Vous êtes un homme, la soixantaine bien tassée et, il y a deux ans de cela, vous vous êtes fait condamner pour harcèlement sexuel sur trois de vos employées. La pilule passe mal. Ok, vous êtes un dragueur des plus lourdeaux, mais enfin… quelques remarques un peu scabreuses, quelques mains aux fesses répétées, tout cela ne fait pas de vous un vrai méchant ! Il faut bien savoir s’amuser, enfin. Vous décidez de vous venger, et vous avez des atouts : vous êtes un ancien élu UMP, et vous êtes en prime un ancien Secrétaire d’État au Tourisme.

Votre arme ce sera la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC), un mécanisme permettant à n’importe quel justiciable d’interroger, dans le cadre d’un procès, le Conseil constitutionnel sur la conformité ou non d’une loi. Vous vous en servez pour demander l’abrogation du délit de harcèlement sexuel.

À ce délit, vous lui avez trouvé un point faible : la définition qu’il donne du harcèlement sexuel. « Harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle », il est vrai que c’est un peu flou. Vous attaquez, argumentez : les féministes sont des terroristes du vivre-ensemble, à cause d’elles on ne peut plus faire la différence entre une tentative de séduction un brin maladroite et du véritable harcèlement sexuel ; elles veulent que toute drague soit criminelle, voyez-vous !

Un peu paradoxalement, l’Association européenne de lutte contre les violences faites aux femmes (AVFT) – des féministes terroristes, sans aucun doute – rejoins votre position sur le danger de ce flou de définition. Sauf que ce n’est pas du tout pour les mêmes raisons. Ce que dénonce l’asso ce n’est pas la criminalisation de la séduction, non, c’est plutôt l’impunité des harceleurs. En effet, puisque la définition n’est pas très claire, les magistrats ont tendance à rendre leur jugement en fonction de leur représentation personnelle du harcèlement sexuel. Et des fois, c’est un peu surprenant. Une femme se plaignait de subir des insultes répétées ? Ce ne sont que des « signaux sociaux conventionnels de séduction », dit le juge. Les mains aux fesses ? C’est seulement pour « créer du lien ».

Le résultat c’est que, chaque année en France, il y a moins de cent harceleurs qui sont condamnés. Pourtant, selon un sondage de 1991 (un peu vieux, certes, mais c’est la seule enquête française disponible sur ce sujet) 19% des femmes se déclarent victimes de harcèlement sexuel au travail. Et une étude du Bureau international du travail (BIT) de 1999 dit que la France est un des pays au monde où l’on trouve le plus de violences sexistes et sexuelles sur le lieu de travail.

Ça nous fait donc des dizaines de milliers de femmes qui ont à se plaindre, mais moins de cent harceleurs condamnés. Peut-être que ces harceleurs sont ultra « performants », qu’à eux seuls ils sont responsables de ces dizaines de milliers de harcèlements, mais ça reste peu probable.

Imaginez-vous. Vous êtes un homme, un peu vieux mais la libido toujours alerte. Responsable politique, on vous a condamné parce que trois de vos employées avaient à se plaindre de vos pratiques douteuses en matière de « séduction ». Qu’importe que les tribunaux ne condamnent quasiment pas ce genre de pratiques, avec une mauvaise foi exemplaire (même pour un UMPiste) vous savez théoriser la criminalisation de la séduction et vous faîtes en sorte que le délit de harcèlement sexuel disparaisse. Depuis ce vendredi 4 mai 2012, c’est le cas. Suite à votre demande, le Conseil constitutionnel (composé à 82% d’hommes) vient de décider l’abrogation immédiate de la loi. Grâce à vous, le harcèlement sexuel est désormais légalisé en France.

Vous êtes, vous êtes ? … Gérard Ducray !

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Classé dans Sexes, genre, sexualités

Le Vote : quelques réflexions

démocratie mon cul

Voter. Pour un bonhomme comme moi qui a toujours erré à proximité des pensées anarchistes, la question du vote est assez problématique. En effet, pour nous autres libertaires peu amateurs de cette « démocratie » telle qu’elle s’exerce en 2012, il y a, en amont de cette sempiternelle prise de tête « pour qui ? », l’importance du « pourquoi ? ».

Sur les cartes d’électeur il est inscrit : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». En France, ce n’est un devoir qu’au sens moral, et personne ne risque de sanction pour ne pas avoir été voter (contrairement en Australie ou au Luxembourg, par exemple). Quand on parle de « droit », c’est pour rappeler que cette situation de pouvoir choisir entre plusieurs dirigeants n’a pas toujours été une évidence, qu’il a fallu plusieurs révolutions pour cela – et plusieurs massacres ! –, que pour les femmes c’est un droit encore plus récent (1944), et je ne parle même pas des moins de 21 ans (1974).

Les discours moralisateurs font toujours chier, et qu’on me dise qu’en ne votant pas j’insulte la mémoire de ceux qui ce sont battus pour ce droit est assez pitoyable. La « démocratie », j’aime bien le concept. Ça me plait bien « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » (comme disait Lincoln). Mais qu’on la mette en place ! Quand les Athéniens inventent le mot et expérimentent le régime politique au VIe av. J.-C., cela n’a pas grand chose à voir avec ce que l’on connait actuellement ! Eux c’était plutôt : démocratie directe et tirage au sort. L’idée c’est de rendre impossible la création d’une certaine élite politique – les partis par exemple –, que jamais la gestion de la cité ne devienne l’affaire de professionnels. Du coup, la démocratie ne peut avoir de sens qu’à échelle réduite. (À ce sujet, voir les conférences de Chouard.) Bien plus tard, Rousseau pensera dans la même logique : pour lui, dès qu’un peuple se dote de représentants, il cesse d’être démocratique.

Aujourd’hui non seulement on est dans un espèce de culte des représentants – y’a qu’à voir tout le blabla médiatique provoqué par la présidentielle –, si bien qu’on ne parle plus du politique mais de la politique –, mais en plus ces « représentants » ne représentent plus grand chose si ce n’est les intérêts des gros groupes financiers.

Et les choses empirent. On en était déjà là : en France les deux principaux partis ont grosso modo la même idéologie, défendent les mêmes logiques socio-économiques. Du coup il n’est pas étonnant de voir que, pour 2012, UMP comme PS choisissent comme points centraux de leurs programmes austérité et sécurité. Certes ! depuis quelques temps l’UMP se teinte aussi d’un discours anti-immigration piqué au FN, mais c’est une autre histoire. [Encore que je suis mauvaise langue parce qu’il y a eu des trucs intéressants (du point de vue d’un mec de gauche) à observer ces derniers mois. Le phénomène Montebourg aux primaires PS par exemple (enfin un socialiste au Parti Socialiste : événement ! On n’y croyait plus.). Ou le fait que Mélenchon grimpe dans les intentions de votes et arrive à réunir jusqu’à 9 000 personnes pour plusieurs de ses meetings. Mais aussi : que Sarkozy lui-même se mette à défendre une sorte de Taxe Tobin, jusqu’alors plutôt portée par des orgas altermondialistes ; qu’on parle de plus en plus du « revenu de base », inconditionnel et garanti à tous de la naissance à la mort (en France ce sont un peu étrangement Boutin et Villepin qui se sont retrouvés à défendre ça, mais en Allemagne le Parti Pirate – qui a un écho bien plus important que les droitiers précédemment cités – l’a adopté dans son programme).]

Bref, on en était là, un système qui permet certes de choisir mais qui propose entre quelques projets de sociétés très très proches. Aujourd’hui c’est pire parce que les dirigeants ne se cachent même plus pour bafouer les lois les plus élémentaires de la démocratie. Des exemples ? Sarkozy faisant adopter le Traité européen alors même que celui-ci avait été rejeté par référendum quelques mois plus tôt. Les technocrates placés à la tête de gouvernement, à la place des élus du peuple (#Grèce #Italie) ou le fait que le référendum voulue à la base par Papandréou soit qualifiée de « populiste » par les instances européennes et, devant les pressions, finalement annulé. Et donc le plan de super-austérité imposé de force.

Mais en fait ce n’est même pas tellement pour cela que je ne suis pas un fan du vote. Certes les élections sont un spectacle de clowns tristes. Mais il y a des clowns bien pires que d’autres.

Où se cache donc le politique ?

J’ai du mal à me convaincre qu’il résultera vraiment quelque chose de ces élections. D’une part, je doute beaucoup quand au fait qu’un gouvernement ou une assemblée puisse représenter réellement un peuple de plus de 60 millions d’habitants. Par exemple parce que : en juin 1968, juste après un des événements les plus furieusement libertaires qu’est connu notre vieille France, qui gagne les élections législatives ? La droite, qu’est plutôt du genre réactionnaire. Donc bon. Puis il y a autre chose : même en imaginant que le futur président et son gouvernement aient les intentions les plus louables pour les petites gens (on peut toujours rêver, hein), est-ce qu’un schéma autoritaire, où les décisions vont du haut vers le bas, peut produire quelque chose de bon ? (C’est une vrai question.)

Je crois en la démocratie directe. Aux gens qui s’organisent entre eux, à la base, pour recréer des liens entre eux, entre eux et le monde. Je crois en l’autogestion collective de nos vies. Se bricoler des rêves ensemble et tout faire pour les expérimenter dans le concret, dans le présent passionnément vécu. Bien sûr que ça fait des différences si Sarkozy ou Mélenchon est président. Le premier n’a pas peur de faire appel au GIGN pour déloger des grévistes, le deuxième essaye de populariser la « démocratie participative » – et c’est quand même pas la même vision de l’humain derrière tout ça. J’avoue que je me sentirais plus à l’aise avec le deuxième de ces gus aux commandes. Il n’empêche : je n’arrive vraiment pas à me figurer que glisser un petit bout de papier dans une urne soit un acte davantage politique que, par exemple, s’organiser en groupe pour pouvoir se passer des supermarchés – si je choisis celui là (d’exemple), c’est parce qu’avec les glandeurs de ma coloc-maison on développe un projet pour bouffer bio et local en se fournissant directement chez les paysans du coin.

Anarchistes dogmatiques

Tout cela, c’est bien beau. Je vous ai donc expliqué pourquoi j’avais du mal à trouver de l’intérêt, ou même de la pertinence finalement, dans le vote. Mais, pour ne pas voter, encore faudrait-il qu’il y ait davantage d’intérêt – et de pertinence – à ne pas voter !

Étant contre toute délégation de pouvoir, les anars ont des réponses toutes prêtes à ce genre de questions. « Voter, c’est abdiquer » par exemple. L’idée, assez bien résumée par Marcuse, est celle-ci : « Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. » C’est pas forcément con comme idée, ce n’est même pas con du tout. Ça appelle à un véritable dépassement de la démocratie représentative. Mais la dérive, largement partagée chez les libertaires, c’est de dire « Tu votes donc t’es un bouffon qu’a rien compris ». Façon dogme.

Si encore le vote blanc ou l’abstention était reconnue, et qu’ainsi une élection soit invalidée si aucun des candidats ne dépassait le taux d’abstention. Mais ce n’est pas du tout le cas. L’exemple le plus spectaculaire est celui des élections européennes de 2009. Plus de 40% d’abstention dans toute l’Europe. (Et encore, il faudrait prendre en compte que ce chiffre est artificiellement gonflé par les pays où le vote est obligatoire. Et qu’on compte également tous ceux qui, par choix ou par contrainte, ne sont pas inscrits sur les listes électorales alors qu’ils sont en âge de voter – soit 40 millions de personnes environ. Et qu’on compte aussi tous les votes blancs.) Rapportons tout ça en France. L’UMP, qui avait alors « gagné » les élections, n’avait fait que 10,8% selon les statistiques officielles. Un électeur sur dix, même pas si on veut compter de façon un peu honnête : on est très loin du compte. Ça n’a empêché aucun leader de fanfaronner.

Du coup, pour résumer : Je suis plus que sceptique quand à l’utilité et la pertinence de voter, mais je suis encore plus sceptique quand à la pertinence et l’utilité de ne pas voter. Donc : votons. Mais comment ? Vote utile ou vote sans concession ? Le tout est de réfléchir stratégies.

© Mathieu Colloghan

Stratégies, donc

La mode depuis quelques élections, c’est le « vote utile ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire voter pour un des deux partis qui se partagent déjà le pouvoir depuis l’instauration de la Ve République – PS et UMP.

Il faudrait déjà définir ce que l’on entend par utile. Utile pour qui ? pour quoi ? Si notre objectif est de virer Sarkozy et sa clique de l’Élysée, il faut réfléchir à qui a la meilleure chance de le battre. Hollande ? Ce n’est même plus sûr. Certes ! les sondages le donnent favori. Mais les sondages se trompent souvent. Ils sont de toute façon testés sur si peu de personnes (Ifop par exemple se sert de moins de 1000 sondés) qu’ils ne veulent pas dire grand chose. Quand on compare les résultats des sondages avec quelques autres faits, on constate des étrangetés. Par exemple le fait que Mélenchon arrive à remplir des salles de 9 000 personnes (c’est-à-dire quasiment autant que Hollande) alors qu’il est bien plus bas dans les sondages et qu’il ne bénéficie pas du tout de la même couverture médiatique. Ou que le FN, plutôt haut dans les sondages pour une grosse élection comme la présidentielle, n’arrive presque jamais à gagner de petites élections comme les municipales (zéro maire en ce moment je crois, chiffres durs à trouver…). Alors, sur quel « cheval » se baser ? Qui sera capable de jouer les héros contre Sarkozy ? Hollande, Mélenchon, Le Pen ou même Bayrou ? Bien hasardeux métier que celui de pronostiqueur politique !

Plutôt que de changer de président, on peut vouloir – plus fondamentalement – changer de politique socio-économique (soit : arrêter d’être dans une logique libérale). Hollande n’a dans ce cas pas grande chance de constituer un « vote utile », lui qui défend l’austérité, qui ne compte pas revenir sur les massives suppressions de poste dans l’Éducation nationale opérées sous Sarkozy ou qui n’est jamais très clair quand il s’agit de s’opposer aux mesures ultra-libérales prônées par le couple Sarko-Merkel (exemple actuel : le MES).

Une fois Hollande écarté, il reste :
– Bayrou, qu’on peut rayer aussi pour les mêmes raisons (le « centre » a de toute façon toujours été à droite) ;
– Le Pen, ni vraiment libéral ni vraiment socialiste mais plutôt de l’ordre du… grand n’importe quoi. Le programme économique du FN, on dirait un peu qu’il a été écrit par un gamin de quatre ans. Du genre : « -Vous proposez quoi ? -On veut sortir de la zone euro ! -Comment mettrez-vous cela en place ? -Heu, on a qu’à dire que 1 nouveau franc = 1 euro et puis voilà ! » (même le Medef s’était senti obligé de pondre un texte pour expliquer que le FN n’était pas libéral mais « anti-économique ») ;
– Joly, qui, avec son passé de juge d’instruction luttant contre la finance pourrie et ses discours mêlant écologie et antilibéralisme, m’est plutôt sympathique mais qui évolue au sein d’un parti étrange (parce que comptant à la fois des ultra-libéraux comme Cohn-Bendit et des altermondialistes comme Bové), spécialiste des coups dans le dos ;
– Poutou, ou Arthaud, qui ont des discours plutôt intéressants (surtout le premier des deux candidats) mais qui se retrouvent isolé du fait des conduites et des choix passés de leurs partis respectifs ;
– Mélenchon.

Lui, j’l’aime bien. Si je vais voter ça sera pour lui. Parce que « utile » je le conçois seulement comme utile à mes intérêts de classe, moi qui fais partie – comme tant d’autres – de ce nouveau prolétariat que constituent les « précaires ». Et puis : pour une fois qu’il y a un candidat vraiment socialiste, de gauche, qui a l’air sincère quand il parle de casser la logique libérale, de « replacer l’humain au centre des priorités » et qui, surtout, a des chances d’être élu… Profitons en !

(Mais n’oubliez pas : le politique, le changement, ça passe d’abord pas vous. Il n’y aura jamais de sauveur qui viendra des urnes.)

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