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Paris, place de la République : les mensonges se répètent

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Ce qui s’est passé à Paris, place de la République, ce weekend n’est pas sans rappeler les manifestations pour Sivens à Toulouse en fin d’année dernière. Même interdiction préalable de la manif au nom de la « sécurité ». Même tactique policière d’encerclement / immobilisation. Mêmes violences et mêmes tentatives de résistance des manifestants. Même traitement partisan des médias ne parlant que de la « violence » de prétendues « casseurs » – ça en devient si grotesque que c’est à se demander si un seul journaliste était vraiment sur place au moment des faits. Même discours des politiques qui vont condamner les prétendues « violences » en oubliant volontairement de parler du contenu politique des manifestations.

La différence cependant, c’est que la manif à République a rassemblé plus de gens qu’à Toulouse. Conséquences : les témoignages (textes, photos et vidéos) se multiplient sur le Net et le gouffre se creuse entre la version « officielle » des hommes politiques et des médias, et celles des gens comme vous et moi qui ont directement participé à l’événement.

Même interdiction préalable de la manif au nom de la « sécurité »

Avec Sivens, c’était au nom de la sécurité des Toulousains que le préfet avait interdit les manifestations. Pour cela, il jouait la corde déjà usée des dangereux-militants-écolos-qui-vont-tout-casser, les colorant au choix en « black block » ou en « terroristes verts ». Comme la fable n’était pas suffisante pour convaincre, tout avait été mis en place pour faire peur.

En arrivant en centre-ville, bien avant le lieu de rendez-vous de la manif, on croisait des policiers cagoulés et armés par dizaines. Le métro avait été fermé, des annonces par haut-parleur parlaient de la manifestation sans donner de précisions. Des groupes de CRS passaient chez les commerçants pour leur demander de fermer leur vitrine, pour éviter que les manifestants ne les brisent. Tout ça pour à peine 400 manifestants, dont un grand nombre déguisés en clowns arborant des slogans pacifistes, qui réussiront à faire à peine 500 mètres avant de se faire encerclés, gazés et frappés par la police. Mais qu’importe la réalité de cette petite manifestation pacifiste réprimée : les moyens et les méthodes déployés avaient réussis à faire croire au passant lambda que des hordes de gauchos-casseurs mettaient le centre-ville à feu et à sang.

Cette fois, le contexte se prête encore mieux à ce genre d’effet d’annonce jouant sur la peur. On est en plein « état d’urgence », ce qui tend à légitimer de fait tous les comportements policiers. Le gouvernement reprend des slogans fascistes que même la famille Le Pen avait arrêté d’utiliser : « La sécurité est la première des libertés ». Partout ça joue sur les sentiments, les émotions ; penser devient un exercice difficile et ceux qui s’y prêtent sont accusés de justifier les terroristes.

Aussi les interdictions se font à une toute autre échelle : c’est l’ensemble des marches pour le climat qui ont été interdites au niveau national. Certains y verront une mesure normale pour garantir la sécurité de tous. D’autres remarqueront que ces marches interdites étaient politisées, rassemblant une grande variété de personnes et d’idées ayant néanmoins en commun une lecture critique de la COP21 (marchés de Noël, stades sportifs et autres lieux de consommation restent eux ouverts). Parmi les cibles des quasi 2000 perquisitions qui ont eu lieu depuis les attentats du 13/11, il y a d’ailleurs eu de nombreux militants d’extrême-gauche, des écolos et même des maraîchers bio dont le seul tord étaient de s’être rendus à Notre-Dame-des-Landes. La « sécurité » peut cacher des motivations autrement politiques.

Même tactique policière d’encerclement / immobilisation

À Toulouse, les manifestants s’étaient rapidement trouvés bloqués par deux murs de CRS, l’un devant et l’autre derrière. Toutes les rues adjacentes étaient fermées par des policiers portant des flashballs. C’est dans cette zone close que les CRS avaient lancé des grenades lacrymogènes, puis avaient chargé – en cela largement aidés par les gens de la Bac, de loin les plus gratuitement violents.

Pour Paris, la tactique est très similaire : surnombre de policiers, encerclement des manifestants, charge dans les manifestants qui ne peuvent pas s’enfuir. Exemple avec un témoignage initialement publié sur Facebook :

Vers midi nous nous sommes retrouvés place de la République dans une atmosphère bon enfant, les gens mangeaient, discutaient, chantaient et dansaient. Assez rapidement les CRS ont bloqué toutes les rues adjacentes à la place de la République, je dis bien toutes les rues avant de bloquer les entrées de métro. Nous avons décidé de faire une marche sur la place en tournant en rond en scandant des slogans, la manifestation interdite s’étant transformée en manifestation « obligatoire ».

Ou un autre sur la blogosphère Médiapart :

Arrivée vers 13h30, sur certains axes la Place est bouclée. Un NOMBRE (oui, majuscule) de CRS tellement impressionnant que cela en devient ridicule. J’entre sur la place par la rue Léon Jouhaux, des CRS sont présents mais on me sourit, tout va bien. Je fais le tour, 1er constat, il y a beaucoup plus de CRS que de manifestants. (…) Ce que je n’ai pas encore saisi, c’est que la Place est peu à peu claquemurée.

Mêmes violences et mêmes tentatives de résistance des manifestants

Les journaux ont beaucoup parlé de « violences », de « vandalistes » en pointant du doigt les manifestants. À Toulouse comme à Paris, le décalage était pourtant grand entre ces discours et ceux relayés par les participants directs des événements. À chaque fois, tous témoignent des charges de CRS sur des foules pacifistes (les clowns en première ligne) qui ne peuvent de toute façon pas s’enfuir. On cherche également en vain les « casseurs » qui ne semblent être que des manifestants ripostant à l’agression qu’avec les faibles moyens à disposition.

À Toulouse :

Les premiers rangs de manifestants finissent par s’asseoir dans cette attente absurde. Des confettis sont jetés. Quelques filles dansent avec des clowns. Ambiance bon enfant, même si un peu plus loin on entend le slogan, repris en cœur, « Flics, porcs, assassins ». (…)

Pourtant une sorte de résistance des manifestants se met en place. Certains partagent des tubes de sérum physiologique pour se protéger les yeux, d’autres proposent du citron à mettre dans les écharpes – ça aide à masquer l’effet des lacrymos. Et d’autres, qui ont pensé à prendre des gants, font le choix de renvoyer les grenades lacrymos en direction des CRS. Ceux-là sont abondamment photographiés par les quelques journalistes présents – on les présentera sans doute comme les diaboliques « casseurs » qui provoquent la violence.

Et à Paris, République :

En face des CRS il n’y a plus que des clowns et beaucoup, beaucoup de journalistes. Et le spectacle devient vraiment comique, mais vraiment. Contre qui charge les CRS, je ne sais pas, et pourtant je suis là, je fais des photos, mais qui chargent-ils ? Ça ne peut pas être les 4 clowns, si…Non… « Moi, mais garçon regarde-moi, je pèse moins que tes pompes » ! Ce cirque est de tout évidence pour les médias. (…)

Les CRS ont gazés ceux qui étaient devant deux fois ce pourquoi quelques manifestants ont balancé une barrière métallique. (…) Les CRS ont donc commencé à envoyer des grenades lacrymogène dans la foule ce qui a provoqué des envois de projectiles de la part des manifestants.

Cette tactique policière a permis, les deux fois, d’interpeler un grand nombre de manifestants. À Toulouse certains avaient écopé de lourdes peines. Je crains que ce soit la même chose injuste à Paris.

Même traitement partisan des médias : où est la violence ?

Tous les médias ne vont pas aussi loin dans l’ignominie. Mais les réactions des manifestants parisiens sont globalement les mêmes que celle que j’avais eu en rentrant chez moi en novembre 2014.

Un Parisien sur Facebook :

Je viens de rentrer de Paris, j’allume les infos et évidemment les journalistes ne disent absolument pas ce qui c’est véritablement passé cet après-midi.

Moi sur ce blog :

Le soir, quand je regarde sur le Net le traitement médiatique de cette après-midi, je suis scandalisé. (…) Les titres disent : « La manifestation dégénère à Toulouse », « Arrestations et dégradations dans la manifestation Anti-Sivens », « Incidents à la manifestation contre les violences policières ». Toujours, le ou la journaliste font comme si la violence avait été le fait des manifestants. Nous nous sommes pourtant fait gazés alors que nous chantions, assis, des slogans ! D’autres parlent de « face à face tendu ». Mais ce n’était pas un face à face, nous étions encerclés, bloqués et harcelés par différentes troupes de CRS. Pas étonnant que la situation soit tendue pour les manifestants dans un rapport de force aussi inégal. D’un coté, des hommes surentrainés, suréquipés, qui sont légitimes à taper dans le tas ; et de l’autre des manifestants qui se protègent du gaz avec une écharpe, et n’ont pour eux, au mieux, que de renvoyer les grenades reçues.

À Paris, ce qui me marque le plus, c’est que les médias nous ont d’abord présenté la « profanation » par les manifestants de l’espace en hommage aux victimes des attentats. « Profanation », le mot est fort – il ne s’applique normalement qu’à un lieu sacré ou un lieu de culte, pas à un bricolage de bougies improvisé. Mais les nombreux témoignages, confortés par les photos et les vidéos postés sur les réseaux sociaux, montrent que ces bougies ont été piétinés par les CRS !

Il s’était passé un peu la même chose à Toulouse où une voiture avait commencé à bruler (pneus cramés et carrosserie noircie). Les médias avaient tous d’abord parlé de véhicule incendié par les manifestants. Un seul (France 3) avait très timidement (en légende d’une photographie sur leur site Web) pointé du doigt que c’était une grenade des CRS qui avait déclenché le feu, et pas les manifestants.

Même discours des politiques : condamner les prétendues violences et ne jamais parler des raisons politiques de la manifestation

Condamner en long, en large et en travers la « violence » des manifestants, même si celle-ci est impossible à documenter, est une excellente manière d’évacuer la dimension politique initiale des manifestations. Les gens ne se réunissaient pas pour rien dans la rue, ni à Toulouse ni à Paris. Mais ne comptez pas sur les médias et les hommes politiques pour parler de sujets sérieux.

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